Modifié le 12 avril 2012 à 22:01

Calme relatif en Syrie après le cessez-le-feu instauré jeudi matin

Ce militant montre les bâtiments de Homs détruits par le régime syrien.
Ce militant montre les bâtiments de Homs détruits par le régime syrien. [Shaam News Network - REUTERS]
Il régnait un calme relatif jeudi en Syrie après l'instauration d'un cessez-le-feu le matin. Trois Syriens auraient cependant été tués et des dizaines arrêtés, selon le Conseil National Syrien. Le régime évoque, lui, un attentat contre des militaires de la part des insurgés.

Le cessez-le-feu en Syrie "semble être respecté" quelques heures après son entrée en vigueur jeudi, selon l'émissaire international Kofi Annan, même si l'opposition et le régime s'accusent mutuellement de le mettre en péril après des violences meurtrières.


"Une chance à saisir"

Kofi Annan, envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie.
Kofi Annan, envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie. [Martial Trezzini - ]
S'exprimant devant le Conseil de sécurité, le médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe Kofi Annan a déclaré que techniquement, Damas n'avait pas respecté son plan mais que le fragile cessez-le-feu était "une chance à saisir", selon des diplomates.


Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, cinq personnes ont été tuées jeudi dans le pays, dont quatre civils tués par les forces de sécurité ou les milices pro-régime à Homs, dans la province de Hama et dans cette d'Idleb.


En outre, un officier de l'armée a péri et des dizaines de personnes ont été blessées dans l'explosion d'une bombe à Alep, la deuxième ville du pays, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) et l'agence officielle Sana, qui a évoqué une attaque "terroriste".


Ce bilan marque cependant une nette rupture avec la dernière semaine, au cours de laquelle l'OSDH a recensé plusieurs dizaines de morts chaque jours. Et depuis le début de la contestation en mars 2011, la répression et les violences ont fait plus de 10'000 morts, en majorité des civils, selon l'OSDH.


Un cessez-le-feu instauré tôt jeudi

Ce cessez-le-feu précaire est entré en vigueur à 03H00 GMT, conformément au plan Annan. Le régime avait annoncé cesser toutes ses opérations militaires, mais prévenu qu'il riposterait à toute attaque de "terroristes".


Les combattants de l'Armée syrienne libre (ASL), composée de militaires dissidents et d'opposants armés, se sont dits "engagés à 100%" à respecter le cessez-le-feu. "Nous ne répondrons pas" aux "provocations" du régime, a assuré le porte-parole de l'ASL, le colonel Kassem Saadeddine.


En revanche, les troupes restaient déployées en masse dans les hauts lieux de la contestation, dans la perspective de nouvelles manifestations vendredi, le quotidien Al-Watan, proche du régime, affirmant qu'elles seraient retirées "dès que la sécurité sera rétablie".


Des observateurs seront envoyés sur place

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, jugeant la situation sur le terrain "plus calme", a indiqué travailler "avec le Conseil de sécurité dans le but d'envoyer une équipe d'observateurs le plus rapidement possible" (lire ci-contre). Le général norvégien Robert Mood, à la tête d'une mission technique de l'ONU, sera à nouveau en Syrie vendredi pour préparer l'arrivée de ces observateurs.


La Russie, alliée de poids du régime Assad, a appelé, comme la France, à l'"envoi le plus vite possible" d'observateurs pour surveiller l'application du cessez-le-feu, face au scepticisme de la communauté internationale qui a accusé maintes fois le pouvoir syrien de ne pas tenir parole.


En raison des restrictions draconiennes imposées aux médias étrangers en Syrie, l'AFP n'était pas en mesure de vérifier sur le terrain le respect du cessez-le-feu. L'arrivée d'observateurs "nous permettra d'agir rapidement pour initier un dialogue politique sérieux", a déclaré Kofi Annan dans son communiqué. Le succès du plan Annan dépend désormais de l'application de ce volet politique, mais le fossé entre régime et opposition rend tout dialogue réel très improbable.


Après l'annonce de l'arrêt des opérations militaires, le ministère syrien de l'Intérieur a appelé au retour des dizaines de milliers de Syriens qui se sont réfugiés dans les pays voisins (Jordanie, Turquie et Liban), et a promis une amnistie pour les hommes armés n'ayant pas "sang sur les mains".


Alors que la Chine, qui soutient le régime Assad, a estimé que le cessez-le-feu représentait "une étape importante vers une solution politique", les Etats-Unis ont prévenu qu'ils jugeraient Damas sur ses actes.


afp/pbug/hof


Publié le 12 avril 2012 à 06:58 - Modifié le 12 avril 2012 à 22:01

Mission d'observation réclamée

Les grandes puissances réunies lors d'un sommet du G8 à Washington ont réclamé jeudi l'envoi d'une mission d'observation en Syrie pour contrôler la mise en oeuvre du cessez-le-feu, qualifié de "premier pas fragile" vers la paix après plus d'un an de violences.

Présent à Washington, le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a annoncé qu'un projet de résolution sur le déploiement d'une mission d'observateurs serait déposé jeudi après-midi au Conseil de sécurité de l'ONU.

Le projet prévoit l'envoi d'une "équipe avancée de quelques dizaines d'observateurs dans les jours qui viennent et dans la foulée d'une force qui pourrait être de plusieurs centaines" d'observateurs, a dit Alain Juppé. "Les observateurs devront "pouvoir se déplacer librement", sans dépendre du bon vouloir de Damas, a estimé le représentant de Paris.

A New York, l'ambassadeur de Russie auprès de l'ONU, Vitali Tchourkine, avait déclaré auparavant que le Conseil de sécurité pourrait adopter vendredi une résolution autorisant l'envoi en Syrie d'observateurs internationaux.

Vitali Tchourkine, dont le pays a opposé par deux fois son veto à de précédentes résolutions condamnant les violences en Syrie, a déclaré à des journalistes que Moscou soutiendrait une telle résolution et espérait voir des observateurs en Syrie dès la semaine prochaine. Il a précisé qu'il s'agirait dans un premier temps d'un groupe de 20 à 30 personnes.

La secrétaire d'Etat Hillary Clinton, a également proposé d'envoyer une équipe "immédiatement", "pour commencer le travail".

Appels à manifester vendredi

Les opposants ont appelé à de nouvelles manifestations vendredi sous le slogan "la révolution pour tous les Syriens", sur leur page Facebook "Syrian revolution 2011". Le chef du CNS, Burhan Ghalioun, a également appelé à manifester car "s'exprimer est un droit absolu. Les manifestations sont un point essentiel du plan" en six points de Kofi Annan.

"Le vrai test sera vendredi, jour (habituel) de manifestations, pour voir si les forces du régime vont tirer sur la foule", a déclaré Moaz, un militant des Comités locaux de coordinations (LCC), qui animent la contestation sur le terrain.

Le ministère de l'Intérieur, reconnaissant que "manifester pacifiquement est un droit", a rappelé jeudi que les Syriens souhaitant manifester devaient obtenir au préalable une autorisation, conformément à un décret publié en avril 2011 lors de l'abolition de l'état d'urgence.