Modifié le 04 avril 2011

Gaza: revirement de l'auteur du rapport Goldstone

Le rapport du juge Goldstone accuse l'armée israélienne de "crimes de guerre".
Le rapport du juge Goldstone accusait l'armée israélienne de "crimes de guerre". [Reuters]
Le juge sud-africain Richard Goldstone, auteur d'un rapport sur l'opération israélienne "Plomb durci" dans la bande de Gaza fin 2008-début 2009, estime que son rapport serait "différent" aujourd'hui. Israël a demandé à l'ONU l'annulation de ce document.

"On en sait bien davantage aujourd'hui sur ce qu'il s'est passé pendant la guerre de Gaza", qu'à l'époque de l'enquête, a écrit samedi Richard Goldstone dans le Washington Post. Selon lui, si Israël avait coopéré avec lui, il aurait pu montrer que sa politique n'avait pas consisté à cibler délibérément les civils.


Le magistrat relève que l'Etat hébreu "ne nie pas la perte tragique de vies civiles". Mais il "regrette" que la commission d'enquête "n'ait pas eu accès aux preuves sur les circonstances dans lesquelles nous estimons que des civils ont été visés à Gaza. Cela aurait probablement modifié nos conclusions sur l'intentionalité des crimes et l'existence de crimes de guerre", écrit-il.


Israël réclame l'annulation du rapport

Dans un communiqué publié samedi, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu demande à l'ONU de procéder à l'annulation de ce rapport et à le "jeter aux poubelles de l'histoire". "Aujourd'hui, Goldstone a confirmé ce qui ne savions depuis toujours: Israël a dit la vérité. Nous n'avons jamais attaqué délibérément des civils et nos instances de contrôle sont au niveau des critères internationaux les plus élevés alors que le Hamas n'a rien vérifié tout en tirant (des roquettes) pour tuer des civils", a assuré Benjamin Netanyahu.


Le rapport Goldstone, publié en 2009, avait estimé qu'il y avait eu possibilité de crimes de guerre commis à la fois par l'Etat hébreu et par le Hamas. Un comité créé par le Conseil des droits de l'homme a reconnu qu'Israël avait consacré d'"importantes ressources pour enquêter sur plus de 400 allégations de mauvaises conduites opérationnelles à Gaza".


En revanche, écrit le juge, le Hamas "n'a pas mené d'enquête sur le lancement d'attaques de roquettes et de mortiers contre Israël" qui avaient été à l'origine de "Plomb durci".


L'offensive israélienne de décembre 2008 a fait officiellement 1400 morts du côté palestinien et 13 du côté israélien. Selon Richard Goldstone, les crimes commis par le Hamas étaient intentionnels parce que les roquettes "visaient sans ambiguïté des cibles civiles". "Les allégations d'intentionalité" du côté d'Israël sont basées sur le décès et les blessures de civils dans des situations que la commission d'enquête de l'ONU n'a pas été en mesure de déterminer", ajoute-t-il.


En Une de tous les journaux israéliens

Tous les journaux israéliens consacraient dimanche leur première page aux "regrets" exprimés par le juge Richard Goldstone après son rapport accusant l'armée israélienne de "crimes de guerre" pendant son offensive contre Gaza à l'hiver 2008/2009.


"Goldstone voit enfin clair (...). Ses accusations ont causé un tort peut-être irréversible à Israël, mais avec deux ans et demi de retard, il se rend compte qu'il est allé trop loin", écrit Yédiot Aharonot. "Ses regrets, même tardifs, méritent le respect", estime Nahoum Barnéa, éditorialiste de ce grand quotidien populaire.


"Après tous les dommages que vous nous avez causés, vous vous réveillez. Bien le bonjour! Mais, c'est trop tard! ", a en revanche affirmé Yaron Dekel, expert des affaires politiques de la radio publique. Pour l'éditorialiste du journal Maariv, le juge sud-africain "ne mérite pas le pardon". "Il a agi d'une façon misérable et honteuse, contraire aux normes les plus fondamentales de la morale, de la justice et du bon sens".


Pour Haaretz, la rétractation du juge Goldstone est "une formidable victoire médiatique d'Israël". "Richard Goldstone avait fini par incarner plus que tout autre les efforts visant la légitimité d'Israël en tant qu'Etat civilisé obéissant au droit", poursuit le quotidien de gauche. Le Jerusalem Post (droite) déplore que "la volte-face de Goldstone" ait été aussi tardive. "Il a mis nos vies en danger en nous présentant comme immoraux. Les excuses de cet homme sont insuffisantes", écrit-il.


agences/hof


Publié le 03 avril 2011 - Modifié le 04 avril 2011

Vives tensions israélo-palestiniennes

Sur le terrain, la tension est remontée d'un cran ce week-end avec la mort de trois membres de l'aile militaire du Hamas à la suite d'un tir israélien.

L'ensemble des branches armées des mouvements palestiniens de la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas, a menacé dimanche Israël de représailles pour ses "crimes", après ce raid.

"Ce crime odieux ne restera pas impuni et l'ennemi devra en supporter les conséquences", ont affirmé des porte-parole des groupes armés palestiniens, lisant un communiqué conjoint lors d'une conférence de presse à Gaza.

"Les dirigeants débiles de l'occupation vont regretter la minute où ils ont eu l'idée de commettre ces stupidités et l'avenir prouvera la véracité de nos dires", ont-ils ajouté, en référence au raid lancé dans la nuit de vendredi à samedi.

"Les factions de la résistance étudient la réplique à ce crime et disposent de plusieurs options pour dissuader l'occupant et la résistance se mettra d'accord là-dessus en fonction de son appréciation de situation sur le terrain", selon le texte, laissant entendre que la riposte ne serait pas immédiate.

Il y a une semaine, la branche armée du Jihad islamique, les Brigades al-Qods, avait déjà déclaré qu'elle "répondrait au moment et à l'endroit appropriés" à un raid aérien israélien qui avait coûté la vie à deux de ses membres à Gaza.

Ce raid intervenait après que le Hamas eut obtenu des groupes armés à Gaza une reconduction de la trêve de facto afin d'éviter une nouvelle épreuve de force, après la dévastatrice opération "Plomb durci" à l'hiver 2008/2009, destinée à faire cesser les tirs de roquettes.