Modifié le 17 décembre 2010 à 10:00

Trafic d'organes au Kosovo: enquêtes réclamées

Dick Marty a qualifié la décision de la commission de "premier pas important".
Dick Marty a qualifié la décision de la commission de "premier pas important". [Philippe Wojazer - ]
La Commission des questions juridiques de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe a demandé une série d'enquêtes nationales et internationales sur le trafic d'organes présumé au Kosovo. Un projet de résolution a été approuvé à l'unanimité jeudi après le rapport du Tessinois Dick Marty.

La commission parle de "nombreuses indications concrètes et convergentes" de détention secrète de prisonniers serbes et kosovars albanais soumis dans le nord de l'Albanie par l'armée de libération du Kosovo (UCK) à des "traitements inhumains et dégradants", précise l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) dans un communiqué.

"De nombreux indices semblent confirmer que, dans la période immédiatement après la fin du conflit armé, des organes auraient été prélevés sur des prisonniers dans la Maison Jaune - une clinique en territoire albanais près de Fushë-Krujë - pour les transporter ensuite à l'étranger à des fins de transplantation", ajoute-t-elle.

Débat le 25 janvier prochain

La commission a appelé la mission de l'UE au Kosovo (EULEX) à poursuivre ses investigations et l'UE et d'autres Etats contributeurs à lui donner les "ressources et le soutien politique nécessaires". Elle demande aux autorités serbes, albanaises et kosovares de "coopérer pleinement" avec cette procédure.

L'APCE débattra le 25 janvier prochain en séance plénière du rapport du conseiller aux Etats Dick Marty (PLR/TI). ce dernier met en cause notamment le Premier ministre kosovar Hashim Thaçi et accuse un groupe de responsables de l'UCK, le "Groupe de Drenica", d'être responsable du trafic d'organes présumé à la fin des années 1990.

Dick Marty satisfait

Dick Marty, lors d'une conférence de presse jeudi à Paris, a qualifié la décision de la commission de "premier pas important", dans l’attente du débat autour de cette résolution le 25 janvier prochain.

Selon le Tessinois, "il y a des faits plus que troublants et concordants sur des crimes restés impunis. On ne peut pas bâtir l’avenir d’un pays si on continue à faire semblant de ne pas savoir et sans qu'il y ait un travail de mémoire. Il faut mettre un terme à cette hypocrisie".

"Nous avons livré suffisamment de matériel pour qu'il y ait une enquête approfondie, indépendante, sérieuse et qui permette aux témoins de parler sans peur", a-t-il ajouté. L'ex-magistrat a enfin précisé que les grandes puissances connaissaient l'existence d'un trafic d'organes au Kosovo impliquant l'actuel Premier ministre Hashim Thaçi, mais elles ont fermé les yeux par opportunisme.

ats/jzim

Publié le 16 décembre 2010 à 16:47 - Modifié le 17 décembre 2010 à 10:00

Hashim Thaçi va riposter juridiquement

Le Premier ministre du Kosovo Hashim Thaçi a annoncé qu'il allait entreprendre des démarches juridiques contre le conseiller aux Etats Dick Marty.

Hashim Thaçi a déjà pris contact avec des avocats, selon l'entourage du Premier ministre, vainqueur des élections législatives de dimanche dernier.

Il envisage aussi la possibilité d'attaquer le quotidien britannique "The Guardian", premier média à avoir publié le rapport.

Del Ponte réclame une enquête criminelle en bonne et due forme

L'ancienne procureure du TPI Carla Del Ponte a exprimé jeudi sa reconnaissance au Conseil de l'Europe et à Dick Marty après le rapport de ce dernier sur un trafic d'organe au Kosovo.

Elle a réclamé une enquête criminelle "en bonne et due forme" pour établir la vérité. Mais il faut une institution qui soit à même de le faire", a ajouté l'ex-procureure du Tribunal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). "Nous, on nous a bloqués à l'époque. L'Albanie, par exemple, ne nous a pas autorisés à rechercher les fosses où auraient été enterrés des victimes du trafic d'organe, selon des témoignages".

Le rapport du sénateur suisse Dick Marty pour le Conseil de l'Europe "confirme ce que j'avais décrit dans mon livre et va même au-delà. C'est très grave", a encore déclaré Carla Del Ponte, jointe par téléphone à Buenos Aires où elle occupe le poste d'ambassadrice de Suisse.