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Le Parlement belge interdit le voile intégral

Le voile islamique intégral ne sera plus toléré dans les parcs de Bruxelles. [Keystone]
Le voile islamique intégral ne sera plus toléré dans les parcs de Bruxelles. [Keystone]
La chambre basse du Parlement belge a décidé jeudi d'interdire le port du voile islamique intégral dans tout l'espace public, avant la France qui prévoit de présenter un texte en mai.

Pour une fois unanimes, quelle que soit leur couleur politique
ou leur appartenance linguistique, les députés belges ont voté par
136 voix sur 138 députés présents un texte interdisant le port du
voile, non seulement dans tous les services publics, mais aussi
dans l'intégralité de l'espace public y compris la rue. Il y a eu
deux abstentions.

"L'image de notre pays à l'étranger est de plus en plus
incompréhensible mais, au moins, par rapport à l'unanimité qui va
s'exprimer au sein de ce Parlement sur ce vote interdisant
la burqa et le niqab dans notre
pays, il y a un élément de fierté à être Belge", s'était félicité
avant le vote le député libéral Denis Ducarme.

Faire sauter le verrou

"Nous sommes le premier pays à faire sauter le verrou qui a mis
bon nombre de femmes en esclavage et nous espérons être suivis par
la France, la Suisse, l'Italie, les Pays-Bas, les pays qui
réfléchissent", a-t-il ajouté. "Qu'un pays, un tout petit pays, un
peu difficile à gérer, ait pris une initiative comme celle-là, les
aidera peut-être à aller plus loin", a-t-il dit.

Seule une toute petite partie de la communauté musulmane est
concernée, le port du voile intégral étant un phénomène marginal en
Belgique. Le texte ne parle pas explicitement de burqa ou de niqab;
il prévoit que les personnes qui "se présenteront dans l'espace
public le visage masqué ou dissimulé, en tout ou en partie, par un
vêtement de manière telle qu'ils ne soient plus identifiables"
seront punis d'une amende et/ou d'une peine de prison de un à sept
jours.

Tous les espaces publics

L'espace public désigne l'ensemble des rues, chemins, jardins
publics, terrains de sports ou "bâtiments destinés à l'usage du
public où des services peuvent lui être rendus". Des exceptions
sont toutefois prévues pour les événements festifs comme les
carnavals, s'ils ont été autorisés par décision municipale.

La chambre haute du Parlement belge, le Sénat, devra également se
prononcer sur le texte. Ce qui, compte tenu de la crise politique,
pourrait prendre du temps. En France, le gouvernement va aussi
présenter à l'assemblée nationale début juillet un projet de loi
visant à l'interdiction générale du port du voile islamique
intégral dans tout l'espace public.

afp/cab

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Utilité mise en cause

Certains experts ont émis des doutes sur l'utilité de cette loi. Ils ont fait remarquer que des règlements de police interdisant de cacher son visage sont déjà en vigueur dans la plupart des communes belges concernées.

Depuis un an et demi, des femmes portant un voile intégral sont régulièrement verbalisées. En 2009, 29 procès-verbaux ont été dressés par la police sur l'ensemble de la région de Bruxelles-Capitale pour port de la burqa dans un lieu public.

Selon les députés, les textes jusqu'à présent en vigueur, remontaient à l'entre-deux-guerres; ils visaient à l'origine à lutter contre les gangs pratiquant des braquages et n'étaient plus adaptés à la situation.

Deux arguments principaux ont été avancés par les législateurs: la question de la sécurité - il faut que chacun soit identifiable en tous lieux - et celle de la "dignité de la femme" et du respect des "principes démocratiques fondamentaux".

Le voile intégral est "une prison mobile" relevant d'une "pratique moyenâgeuse", a estimé le libéral flamand Bart Somers. "C'est la manifestation la plus visible d'autres atteintes aux droits humains", a renchéri son collègue démocrate-chrétien Georges Dallemagne.

Amnesty condamne

L'organisation Amnesty International a condamné jeudi la décision des députés belges, considérant qu'elle constitue selon elle "un dangereux précédent".

"Une interdiction totale de se couvrir le visage violerait les droits à la liberté d'expression et de religion des femmes qui portent la burqa ou le niqab", a déclaré John Dalhuisen, l'expert de l'organisation de défense des droits de l'homme sur la discrimination en Europe.

Amnesty a appelé la chambre haute de Belgique, le Sénat, qui doit à présent se prononcer, à revenir sur cette décision.