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Le Qatar et la FIFA sont les grands vainqueurs du bilan non sportif de la Coupe du monde

Le Qatar et la FIFA sont les grands vainqueurs du bilan non sportif de la Coupe du monde. [Martin Meissne - AP Photo/KEYSTONE]
Et à la fin, c’est le Qatar et la FIFA qui gagnent: interview de Carole Gomez / Tout un monde / 8 min. / le 19 décembre 2022
Après une finale haletante, le résultat est clair, l'Argentine est championne du monde. Mais le football, c'est beaucoup plus que du sport: les vrais vainqueurs de l'événement sont sans doute à chercher du côté du Qatar et de la FIFA.

Avant la compétition, les polémiques ont fait la une des journaux. Corruption, droits des travailleurs ou encore discriminations à l'égard de la communauté LGBT ont défrayé la chronique. Mais une fois la compétition démarrée, le sport a repris ses droits.

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Carole Gomez, assistante diplômée à l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne, n'est pas surprise par ce constat, explique-t-elle dans l'émission Tout un monde lundi. Même si elle estime qu'il est encore trop tôt pour tirer un bilan définitif: "Pour avoir le recul nécessaire, il faudra attendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois."

"C'est quelque chose que l'on retrouve dans toutes les organisations d'événements sportifs. En amont, il peut y avoir une politisation intense. Mais à partir du moment où la compétition commence, qu'il y a des matchs en jeu, du suspense et des rebondissements, même si la politisation est encore présente, elle passe au second plan," analyse Carole Gomez.

Le Qatar associe son image à celle de Lionel Messi

D'un point de vue organisationnel, c'est une réussite et en termes de rayonnement, le Qatar a gagné son pari. Il a réussi à associer son image à celle du grand vainqueur Lionel Messi. En lui remettant, à la fois la Coupe du monde et une robe traditionnelle, le Qatar s'est mis en scène, il s'est inscrit dans la légende de l'un des plus grands footballeurs de tous les temps.

Le prince Jassim bin Hamad bin Khalifa Al Thari avec Lionel Messi lors de la cérémonie de remise des prix de la Coupe du monde 2022. [Friedemann Vogel - EPA/KEYSTONE]Le prince Jassim bin Hamad bin Khalifa Al Thari avec Lionel Messi lors de la cérémonie de remise des prix de la Coupe du monde 2022. [Friedemann Vogel - EPA/KEYSTONE]

"Lors de la remise de la coupe, Lionel Messi a porté ce costume. Cette image a été reprise dans tous les médias et elle restera dans l'histoire. Cela montre à quel point le Qatar a eu la volonté de s'associer et de se mettre en scène dans cette réussite,"explique Carole Gomez.

Le Qatar va poursuivre sur cette voie, qualifiée de diplomatie sportive. Quelques semaines avant le début de la compétition, l'émirat du Moyen-Orient a annoncé qu'en été 2023, il accueillerait la Coupe d'Asie masculine de football.

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Mais dans ce domaine, la concurrence est forte. Depuis 2015, l'Arabie saoudite a développé d'immenses efforts pour, elle aussi, rayonner et concurrencer un certain nombre de nations dans l'organisation d'événements sportifs. En 2029, elle accueillera les jeux asiatiques d'hiver. L'Arabie saoudite a par ailleurs monté une candidature avec l'Egypte et la Grèce pour accueillir la Coupe du monde en 2030.

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Gianni Infantino est l'autre grand vainqueur

Après ce championnat du monde, la Fédération international de football association (FIFA) et son patron tout-puissant Gianni Infantino en sortent également renforcés. Malgré la polémique et la critique, ils n'ont pas été ébranlés.

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Carole Gomez, pour qualifier la mise en scène de Gianni Infantino, évoque une "incarnation absolument totale" du président de la FIFA, qui se félicitait il y a deux jours des très bons résultats finaux de cette coupe, en annonçant dans la foulée une hausse des revenus pour 2023 à 2026.

En 2026, la Coupe du monde va se révolutionner: la compétition se déroulera aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique, soit à l'échelle d'un continent. Mais surtout, l'événement sera encore plus planétaire, passant de 32 équipes à 48, "ce qui en termes d'audience, d'organisation, de retombées économiques, va être absolument dément," conclut Carole Gomez.

Propos recueillis: Eric Guevara-Frey

Adaptation web: Miroslav Mares

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Une ferveur un peu trop politique?

Au terme d’un match de légende, Emmanuel Macron, debout dans les vestiaires, n’a pas tari d’éloges sur l’équipe des Bleus, pourtant perdante: "Vous avez fait rêver des millions de Français" et "je suis fier de vous", a déclaré le président français devant des joueurs à la mine visiblement déconfite.

Sur la pelouse encore, le chef d'Etat était venu réconforter Kylian Mbappé en le serrant dans ses bras. A voir cette effusion d’amour, certains internautes expriment leur "gêne" face à un Emmanuel Macron qui semble profiter de l’occasion pour tenter de redorer son blason.

Dans son billet du jour, le quotidien de gauche Libération estime "que le chef d’Etat a gâché un moment de sport qui ne méritait aucune récupération politique". Il rappelle par ailleurs qu’Emmanuel Macron, qui s’exprimait en novembre sur sa possible venue au Qatar, avait assuré qu'"il ne faut pas politiser le sport".

De son côté, le président français a confirmé qu'il recevrait l'équipe à l'Elysée, mais sans préciser de date.