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Première grande épidémie de choléra depuis des années en Syrie

Une épidémie de choléra frappe la Syrie. [Aaref Watad - AFP]
Une épidémie de choléra frappe la Syrie / La Matinale / 1 min. / le 5 octobre 2022
La première grande épidémie de choléra en Syrie depuis plus de dix ans a tué une quarantaine personnes en moins d'un mois, dans un contexte de pénurie d'eau et de dommages causés par le conflit aux infrastructures de traitement de l'eau.

En moins d'un mois, la Syrie dénombre une quarantaine de morts et près de 10'000 cas suspects, selon les chiffres du Ministère de la santé. Pour les ONG sur le terrain, ces chiffres sont largement sous-évalués car, dans les zones ravagées par les combats et dans les camps de réfugiés, il est impossible pour la population de se faire diagnostiquer ou d'avoir accès à l’eau.

Interrogé par la RTS, Ahmad Moussa, un fermier qui vit à Tal Abiad au nord de la Syrie, témoigne de la difficulté de se faire soigner dans cette région ravagée par la guerre.

Touché par la maladie, il explique que les hôpitaux manquent de place pour mettre les personnes infectées en quarantaine et les traitements disponibles en pharmacie sont hors de prix pour la population. Ahmad Moussa a pu être guéri grâce à l’aide d’une association qui lui a fourni un traitement. Mais autour de lui, les cas se multiplient.

"Danger immense pour la région"

"Le choléra représente un danger immense pour la région. Il se transmet par les contacts, les légumes qu'on mange, l'eau", raconte Hammadi, qui travaille pour l’ONG MedGlobal en Syrie. "Avec l'augmentation du nombre de cas à travers le pays, l'épidémie risque de devenir hors de contrôle. De plus, personne ne veut dire qu'il est malade de peur d’être placé en quarantaine", précise-t-il à la RTS. En effet, un malade est une source de revenu en moins pour une famille. Or, dans ce pays broyé par onze années de conflit, neuf Syriens sur dix vivent avec moins de deux euros par jour.

"Après des années de déclin, nous constatons une recrudescence inquiétante des épidémies de choléra dans le monde entier au cours de l'année écoulée", s'était inquiété le chef d'équipe de l'OMS pour le choléra et les maladies diarrhéiques épidémiques, Philippe Barboza, lors d'un point de presse à Genève le 30 septembre. "Non seulement il y a un plus grand nombre d'épidémies, mais les épidémies elles-mêmes sont plus importantes et plus meurtrières", a-t-il relevé.

Taux de létalité trois fois plus élevé

Selon l'OMS, le taux moyen de létalité lié au choléra enregistré en 2021 est presque trois fois plus élevé qu'au cours des cinq précédentes années. En Syrie, la propagation est extrêmement rapide.

Mais l'Organisation ne dispose pas de données sur le nombre de décès liés au choléra faute de statistiques disponibles dans les pays touchés, parmi lesquels la Syrie, l'Irak, l'Iran, l'Inde, le Bengladesh, le Pakistan, le Népal, l'Afghanistan et la zone de la Corne de l'Afrique.

Manque de vaccins

En l'absence de traitement, on peut mourir en quelques heures. Mais la plupart des personnes infectées n'auront aucun symptôme ou que des symptômes bénins et peuvent être traitées avec succès avec des sels de réhydratation orale. Il existe des vaccins mais en nombre insuffisant car la demande dépasse l'offre.

Le choléra, une infection diarrhéique aiguë provoquant une déshydratation parfois mortelle, se contracte par l'absorption d'eau ou de produits alimentaires contaminés par la bactérie vibrio cholerae. Il se développe dans des zones souvent peuplées, avec des accès limités à l'eau potable ou dépourvues de réseaux d'assainissement adaptés.

Reportage Hussam Hammoud et Noé Pignède/aps

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