Modifié

Pékin lance sa contre-offensive sur le Xinjiang au Conseil des droits de l'Homme

Un camp de détention dans le Xinjiang en Chine. [Mark Schiefelbein - AP Photo/Keystone]
Pékin lance sa contre-offensive concernant le Xinjiang au Conseil des droits de l'Homme / Tout un monde / 4 min. / vendredi à 08:14
La Chine a dépêché à Genève des responsables du Xinjiang pour raconter sa "vérité" et expliquer ce qui se passe dans cette province où Pékin est accusé de crimes contre l'humanité, selon le dernier rapport de l'ONU.

Le rapport de l'ONU sur la province chinoise du Xinjiang, où vivent les Ouïghours, avait été publié fin août quelques heures seulement avant la fin du mandat de la Haute-commissaire Michelle Bachelet.

>> Lire aussi: Le rapport de l'ONU sur le Xinjiang évoque des crimes contre l'humanité

Ce rapport qui évoque de possibles "crimes contre l'humanité" et fait état de "preuves crédibles" de tortures et de violences sexuelles sur la minorité ouïghoure est rejeté en bloc par la Chine, qui organise sa contre-offensive politique, diplomatique et médiatique.

Celle-ci se concentre à Genève, au Conseil des droits de l'homme, qui tient sa session. Une délégation d'officiels venus directement du Xinjiang a donné jeudi une conférence de presse à l'ONU.

Un exposé de deux heures pour contrer le rapport de l'ONU

Parmi ces représentants dépêchés par Pékin se trouvaient Xu Guixiang, porte-parole du gouvernement de la province autonome du Xinjiang, mais aussi un imam local ou encore la vice-présidente d'une université de la province. En tout, six personnes envoyées depuis le Xinjiang pour contrer presque ligne par ligne le rapport de l'ONU.

Xu Guixiang, directeur d'information de la province du Xinjiang. [AP Photo/Jamey Keaten - Keystone]Xu Guixiang, directeur d'information de la province du Xinjiang. [AP Photo/Jamey Keaten - Keystone]

Pendant ces monologues de près de deux heures avec des propos très virulents et généraux, parfois extrêmement techniques et précis, seules deux questions de journalistes ont pu être posées.

Pour ces officiels chinois présents à Genève, le rapport de l'ONU, que Pékin préfère nommer évaluation, n'est qu'un tissu de mensonges.

Selon les responsables de l'information de la province, les autorités du Xinjiang ne font que lutter contre des groupes musulmans ultra-radicaux qui déstabilisent le territoire: "Cette évaluation déforme vicieusement les lois et les politiques de la Chine, discrédite la nature nécessaire, légitime et juste des efforts de contre-terrorisme et de déradicalisation au Xinjiang et ne tient pas compte des réalisations importantes en matière de développement des droits de l'Homme au Xinjiang."

"Cette évaluation n'est qu'une farce mise en scène par les Etats-Unis et certains pays occidentaux. Il s'agit d'un document politisé qui déforme les faits", a encore déclaré l'officiel chinois.

Des écoles pour déradicaliser

Selon lui, le Xinjiang est un endroit où il fait bon vivre et où la situation des droits de l'Homme est en train de s'améliorer. Les autorités font de leur mieux pour déradicaliser une certaine frange de la population. Les camps de détention dénoncés par les ONG et l'ONU sont, selon le responsable de l'information de la province, des écoles où l'on éduque et où l'on oriente, pour déradicaliser. Et tout cela en accord avec la loi. Le combat des autorités de la province contre le terrorisme est juste et nécessaire, affirme encore ce responsable.

Le combat des autorités de la province contre le terrorisme est juste et nécessaire

Xu Guixiang, directeur d'information de la province du Xinjiang. [AP Photo/Jamey Keaten - Keystone]
Xu Guixiang, porte-parole du gouvernement de la province autonome du Xinjiang

Les médias, comme la BBC, qui ont été régulièrement accueillis, ne relatent pas la vérité en parlant de camps de concentration. Ils sont invités, tout comme les officiels de l'ONU, à revenir quand ils le souhaitent mais pas s'ils viennent avec leur regard "biaisé" car dans ce cas, ils ne sont plus les bienvenus.

Vers un projet de résolution?

Pékin craint que des pays lancent lors de l'actuelle session du Conseil des droits de l'Homme un projet de résolution pour enquêter sur les allégations de violations au Xinjiang.

"Nous n'avons pas peur", a déclaré Xu Guixian. "Nous sommes prêts à nous battre", a-t-il assuré, avant d'appeler les organisations internationales, y compris les organes des Nations unies chargés des droits de l'Homme, "d'enquêter sur les catastrophes du passé et les nombreux crimes commis par les Etats-Unis et d'autres pays occidentaux".

Benjamin Luis/lan

Publié Modifié