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Le Tchad entre espoir et scepticisme face à un prochain "dialogue national"

Mahamat Idriss Deby en compagnie des autorités du Qatar, le 06.08.2022 à Doha. [Amiri Diwan of the State of Qatar - Anadolu Agency/AFP]
Le Tchad entre espoir et scepticisme face à un prochain "dialogue national" / Le Journal horaire / 17 sec. / le 8 août 2022
Le chef de la junte au Tchad a signé lundi au Qatar un accord avec une quarantaine de factions rebelles en vue de l'ouverture d'un dialogue national. Certains y voient un "moment clé pour le peuple tchadien" alors que d'autres estiment que l'accord "ne résout pas la question de l'opposition armée".

L'accord signé par Mahamat Idriss Déby Itno et les rebelles, auquel ses deux principaux rivaux ont refusé de prendre part, prévoit l'ouverture d'un dialogue national pour la paix le 20 août à N'Djamena (lire encadré).

L'arrangement, censé ouvrir la voie au retour à un pouvoir civil, a été qualifié de "moment clé pour le peuple tchadien" par le secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres, qui s'est exprimé dans une vidéo diffusée lors de la cérémonie officielle à Doha.

Le chef de l'ONU a néanmoins insisté sur la nécessité d'un dialogue "inclusif" pour que celui-ci puisse réussir.

Des décennies d'instabilité chronique

Après des négociations qu'il a jugées "ardues", le président de la Commission de l'Union africaine, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, a vanté de son côté des discussions pour "transcender des divisions devenues anachroniques".

Depuis cinq mois, différents acteurs tchadiens négocient sous l'égide de l'émirat du Golfe pour mettre fin à des décennies de troubles et d'instabilité dans ce pays de 16 millions d'habitants qui a connu plusieurs coups d'Etat.

Dialogue promis à la mort d'Idriss Déby Itno

Le président Idriss Déby Itno, qui dirigeait d'une main de fer le Tchad depuis 30 ans, avait été tué au front contre des rebelles en avril 2021. Son fils, le jeune général Mahamat Idriss Déby Itno, avait alors été proclamé président à la tête d'un Conseil militaire de transition de 15 généraux.

>> Lire: Le président tchadien Idriss Déby est mort durant des combats

Il avait aussitôt promis des élections libres et démocratiques dans un délai de 18 mois, après un "dialogue national inclusif" avec l'opposition politique et les innombrables mouvements rebelles.

Un des principaux chefs rebelles absent

Les négociations de Doha, avec une quarantaine de groupes armés, étaient un préalable au futur dialogue national de N'Djamena. Mais Mahamat Mahdi Ali, chef du Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT) est resté dans le désert libyen.

Son mouvement est l'un des principaux groupes rebelles à l'origine de l'attaque ayant conduit au décès d'Idriss Déby Itno. Ce "rejet est concomitant à la non prise en compte de nos revendications", comme la libération des prisonniers, a-t-il écrit dans un communiqué expliquant les raisons de son refus de l'accord. Le FACT a cependant assuré qu'il restait "disponible au dialogue partout et toujours".

Le Conseil de commandement militaire pour le salut de la République (CCMSR), autre important groupe rebelle, a également annoncé qu'il refusait de signer l'accord. Les "principes pour lesquels nous nous battons ne nous permettent pas de faire partie d'un dialogue dont nous ne connaissons pas les objectifs", a-t-il déclaré.

Un scénario écrit à l'avance

"C'est un accord qui ne résout pas la question de l'opposition armée, puisque certains des principaux groupes n'ont pas signé", estime Jérôme Tubiana, chercheur français spécialiste du Tchad et de ses groupes rebelles. "Mais ce scénario était écrit d'avance, puisque que le gouvernement avait fait le choix de diluer le poids des quatre ou cinq principaux groupes au milieu d'une représentation beaucoup plus large".

L'absence de la signature du FACT laisse le dialogue national "dans une situation d'incertitude", a analysé de son côté Kelma Manatouma, chercheur tchadien en sciences politiques, tout en reconnaissant que c'est une "étape importante dans le processus d'apaisement".

afp/oang

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Dialogue ouvert à de larges sphères tchadiennes

Quelque 42 des 47 groupes représentés à Doha ont apposé leur signature lundi, aux côtés du pouvoir.

Ils s'engagent ainsi à participer au dialogue national prévu à N'Djamena le 20 août en présence, selon les autorités, de plus de 1300 représentants rebelles, issus de la société civile, des syndicats, de l'opposition et du pouvoir.

Aux chefs rebelles qui iront à N'Djamena le 20 août, le pouvoir propose un cessez-le-feu et des garanties de sécurité. Ensemble lors de ce dialogue, ils devront décider de l'organisation de l'élection présidentielle prévue en octobre.

Le Tchad, membre du G5 Sahel, est considéré comme un partenaire clé dans la lutte antijihadiste des Occidentaux, à commencer par la France, en Afrique centrale et de l'Ouest.