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Des milliers de religieux jurent fidélité aux talibans en Afghanistan

Des porte-paroles des talibans échangent avec des journalistes dans le cadre d'une grande rassemblement d'érudits religieux afghans à Kaboul. [Stringer / EPA - KEYSTONE]
Des milliers de religieux jurent fidélité aux talibans en Afghanistan / Le Journal horaire / 29 sec. / le 2 juillet 2022
Des milliers de dignitaires religieux afghans ont juré fidélité samedi aux autorités talibanes, au dernier jour d'un rassemblement à Kaboul. Ils n'ont en revanche pas fait de recommandations aux dirigeants islamistes sur leur façon de gouverner le pays en crise.

Cette assemblée, qui avait débuté jeudi, avait été convoquée par les talibans afin de consolider leur régime. Des responsables avaient assuré que les participants seraient autorisés à critiquer le régime et que des sujets épineux seraient au programme, comme l'éducation des filles. Mais la déclaration finale prononcée samedi n'a fait que répéter la doctrine des talibans.

Le texte appelle à faire allégeance au chef suprême des talibans, Hibatullah Akhundzada, à la loyauté envers le mouvement islamiste et à l'acceptation complète de la charia comme principe de base du pouvoir.

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Un "devoir national et religieux"

"Par la grâce de Dieu, le système islamique est venu régner en Afghanistan", affirme la déclaration. "Non seulement nous le soutenons fermement, mais nous le défendrons également. Nous considérons que c'est le devoir national et religieux de toute la nation", ajoute-t-elle.

Le texte ne fait aucune mention de la scolarisation des filles, mais appelle le gouvernement à accorder "une attention particulière" à l'éducation moderne, à la justice et aux droits des minorités, le tout "à la lumière de la loi islamique".

Depuis leur retour au pouvoir, les talibans sont largement revenus à l'interprétation ultra-rigoriste de l'islam qui avait marqué leur premier passage au pouvoir, de 1996 à 2001, restreignant très fortement les droits des femmes. Ils les ont presque complètement exclues des emplois publics, ont limité leur droit à se déplacer et ont interdit l'accès des filles aux écoles secondaires. Les femmes se sont vu imposer le port du voile intégral, couvrant le visage, pour toute sortie en public.

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Les talibans ont également interdit la musique non religieuse, la représentation de visages humains sur des publicités, la diffusion à la télévision de films ou de séries montrant des femmes non voilées et ont demandé aux hommes de porter le vêtement traditionnel et de se laisser pousser la barbe.

Appel à la levée des sanctions

Selon le texte, le nouveau gouvernement a éradiqué la corruption et apporté la sécurité dans tout le pays. Le groupe djihadiste Etat islamique (EI) a pourtant revendiqué une attaque jeudi contre le rassemblement des religieux, par deux hommes armés qui ont été abattus.

La déclaration exhorte également "les pays de la région et du monde [...] à reconnaître l'Emirat islamique comme un système légitime". Et d'appeler: "Levez toutes les sanctions contre l'Afghanistan, débloquez les fonds gelés du peuple afghan et soutenez notre nation."

Depuis le retour des talibans, le pays est plongé dans une profonde crise économique et humanitaire, la communauté internationale ayant fermé les vannes de l'aide financière.

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Les talibans ont poursuivi cette semaine des discussions avec les Etats-Unis à Doha sur le déblocage d'aide après un tremblement de terre qui a fait plus d'un millier de morts dans l'est de l'Afghanistan. Washington veut s'assurer que ces fonds soient utilisés à des fins humanitaires.

ats/iar

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L'ONU dénonce une "oppression systémique" des femmes

Vendredi à Genève, la Haute-Commissaire de l'ONU chargée des droits humains Michelle Bachelet a dénoncé "l'oppression systémique" exercée par le régime taliban sur les femmes et les filles afghanes.

"Depuis la prise du pouvoir par les talibans, les femmes et les filles connaissent le recul le plus important et le plus rapide de la jouissance de leurs droits depuis des décennies", a-t-elle déclaré lors d'un débat urgent au Conseil des droits de l'homme sur cette question.

Elle a "encouragé vivement" les talibans à "nouer le dialogue avec les pays à prédominance musulmane ayant une expérience en matière de promotion des droits des femmes et des filles, tels qu'ils sont garantis par le droit international".

Des militantes afghanes ont estimé dimanche que les talibans restaient des dirigeants "illégitimes", en dépit de l'approbation de leur régime islamiste fondamentaliste par des milliers de chefs religieux.

Interrogés sur l'absence de femmes lors des réunions, les talibans avaient expliqué que leur présence n'était pas nécessaire, car elles seraient représentées par des parents masculins.

"Les déclarations publiées, ou prêtant allégeance aux talibans, lors d'un rassemblement ou d'un événement sans la présence de la moitié de la population du pays - les femmes -, ne sont pas acceptables", a déclaré Hoda Khamosh, une militante des droits de l'homme en exil en Norvège.

"Ce rassemblement (...) n'a pas de légitimité, pas de valeur, n'a pas reçu l'approbation du peuple", a-t-elle ajouté.

"Pas représentatifs"

A Kaboul aussi, un collectif de groupes de femmes a contesté le représentativité des dignitaires religieux. "Les chefs religieux ne représentent qu'une partie de la société, ils ne sont pas toute la société", a commenté Ainoor Uzbik, membre de ce collectif.

"Les décisions qu'ils ont prises ne servent que leurs propres intérêts, ce n'était pas dans l'intérêt du pays et de son peuple. Il n'y avait rien pour les femmes dans le programme, ni dans le communiqué (final)", a-t-elle ajouté, après avoir tenu une conférence de presse.

Dans un communiqué, le collectif a déclaré que des hommes comme les talibans ont détenu le pouvoir absolu auparavant dans l'histoire, mais seulement pendant une courte période, avant d'être rejetés. Pour Ainoor Uzbik, "la seule chose que les Afghans puissent faire est d'élever la voix et d'exiger que la communauté internationale fasse pression sur les talibans".