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Le scrutin pour les élections législatives libanaises de dimanche s'est ouvert

Zoom - Enjeux des élections au Liban [RTS]
Zoom - Enjeux des élections au Liban / La Matinale / 2 min. / le 12 mai 2022
Le scrutin pour les élections législatives libanaises de ce dimanche 15 mai 2022 a débuté avec le vote des Libanais et des Libanaises de l'étranger, des élections qui renouvelleront les 128 députés du Parlement du pays.

Les Libanais se rendront aux urnes le 15 mai pour renouveler les 128 députés du Parlement sur fond de crises multiples et aigües. Les Libanais de l'étranger, eux, ont commencé à voter ce jeudi.

Ces élections sont les premières après un soulèvement populaire massif déclenché en octobre 2019 pour exiger le départ d'une classe politique accusée de corruption et d'incompétence.

Une campagne plutôt morne

Selon Laure Stephan, journaliste et correspondante sur place à Beyrouth, la campagne a été plutôt atone : peu de meetings et peu de passion malgré une soif de refondation.

Du côté des candidats, ceux qui se réclament du changement ne manquent pas. Ce camp des "nouveaux" et des "dégagistes" est très divisé dans ses idées, par exemple entre gauche et libéraux, alors que des batailles d'ego entre candidats "anti-système" perdurent.

En conséquence, ces nouveaux venus ne se présentent pas sur des listes unies, ce qui diminue leurs chances de percer. En face d'eux, ils retrouvent des formations bien rodées au jeu électoral et quasi sûres de se maintenir malgré leur responsabilité dans l'effondrement actuel.

>> Ecouter aussi l'interview de Daniel Meier dans Tout un monde:

Un panneau d'affichage de la campagne des élections législatives pour le candidat libanais Michel Mouawad s'affiche devant le port de Beyrouth, à Beyrouth, au Liban, le 11 mai 2022. [Wael Hamzeh - Keystone/EPA]Wael Hamzeh - Keystone/EPA
Les enjeux des élections libanaises: interview de Daniel Meier / Tout un monde / 11 min. / le 12 mai 2022

Une abstention attendue

L'un des principaux enjeux pour les coalitions de partis, c'est d'emporter la majorité au Parlement. L'autre but vaut pour la classe politique traditionnelle dans son ensemble: "Les élections reproduiront le pouvoir en lui donnant une légitimité interne et internationale", explique Rima Majed, professeur en sociologie à l'Université américaine de Beyrouth (AUB). Ces impératifs ne promettent que de maigres changements.

Pour beaucoup de ceux qui n'y croient plus, l'abstention devient une solution de dernier recours. Dans une enquête de l'ONG Oxfam en avril sur la participation électorale, 43,55% d'un échantillon de 4670 personnes ont dit qu'elles s'abstiendraient. Plus de la moitié d'entre elles a justifié leur décision par l'absence "de candidats prometteurs".

En réaction à ce profond désarroi,  le quotidien de Beyrouth "L'Orient, le Jour" écrit dans un éditorial cette injonction: "votez, même en vous bouchant le nez".

Votez, même en vous bouchant le nez !

Journal "L'Orient, le Jour"

Une situation de crise inédite

Le pays est englué depuis 2019 dans une crise économique classée par la Banque mondiale comme la pire au monde depuis 1850. Sur le terrain, cela signifie un pays en pleine paupérisation, un panier alimentaire de plus en plus réduit à cause de l'inflation, des routes qui ne sont plus entretenues et des pénuries d'électricité.

L'explosion dévastatrice au port de Beyrouth en 2020, la guerre en Ukraine et la pandémie de coronavirus a encore aggravé la situation.

La monnaie locale a perdu près de 90% de sa valeur et le salaire minimum mensuel, de 675'000 livres libanaises, ne vaut guère plus de 25 dollars sur le marché noir. Près de 80% de la population vit désormais en dessous du seuil de pauvreté de l'ONU et les épargnants subissent des restrictions bancaires étouffantes.

>> Voir aussi l'éclairage du 19h30 sur les nombreux jeunes Libanais qui rêvent de s'expatrier:

Frappés de plein fouet par la crise économique, trois quarts des jeunes Libanais veulent quitter le pays. Reportage [RTS]
Frappés de plein fouet par la crise économique, trois quarts des jeunes Libanais veulent quitter le pays. Reportage / 19h30 / 2 min. / le 13 mai 2022

Propos recueillis par Valérie Hauert et Eric Guevara-Frey

Adaptation web : Julien Furrer avec ats/afp

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Un clientélisme communautaire

Profitant de l'absence de l'Etat, désormais incapable de fournir les services de base tels que l'électricité, les médicaments ou le carburant, la classe politique a activé ses réseaux de clientélisme communautaire traditionnel.

"Plutôt qu'une évaluation de la performance des politiciens, ce scrutin sera un exercice de loyauté envers ceux qui fournissent (à la population) un minimum de services", souligne ainsi Rima Majed.

Daniel Meier, chercheur et enseignant à Sciences-Po Grenoble, explique au micro de l'émission Tout un monde que cette crise favorise les partis en place, et que des candidats « achètent » des votes en offrant des aides financières.

>> Pour plus de détails, voir l'interview complète de Daniel Meier dans Tout un monde:

Un panneau d'affichage de la campagne des élections législatives pour le candidat libanais Michel Mouawad s'affiche devant le port de Beyrouth, à Beyrouth, au Liban, le 11 mai 2022. [Wael Hamzeh - Keystone/EPA]Wael Hamzeh - Keystone/EPA
Les enjeux des élections libanaises: interview de Daniel Meier / Tout un monde / 11 min. / le 12 mai 2022