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Un impressionnant rejet de la politique par les 18-24 ans en France

Des jeunes lors d'une manifestation à Paris. [afp - Edouard Monfrais / Hans Lucas]
Un impressionnant rejet de la politique par les 18-24 ans en France / La Matinale / 2 min. / le 4 février 2022
A un mois de la présidentielle, le désintérêt des jeunes Français pour la politique traditionnelle est massif. Selon une étude publiée par l'Institut Montaigne, près de la moitié d’entre eux ne se reconnaissent dans aucune tendance politique.

Alors que les partis politiques traditionnels eux-mêmes ont perdu de leur puissance, à l'image du Parti socialiste qui a éclaté avec l'apparition de la République en Marche d'Emmanuel Macron, les jeunes se sont massivement éloignés de toute préoccupation politique, indique cette analyse menée auprès de 8000 jeunes âgés de 18 à 24 ans.

L'étude révèle que 43% des jeunes interrogés disent ne pas avoir d’idées assez précises pour se positionner sur l’échelle gauche-droite et 55 % d'entre eux ne revendiquent aucune affiliation partisane.

Cette désaffiliation politique est liée à une forte défiance à l’égard du système politique partisan: 61% des jeunes se déclarent mal représentés par les députés, 69% pensent que les responsables politiques sont corrompus et seulement 51% se sentent très attachés à la démocratie.

Centrés sur leur vie privée

Ces proportions sont bien plus importantes que chez les citoyennes et citoyens plus âgés, note vendredi dans La Matinale Olivier Galland, co-auteur de cette étude.

Le politologue constate qu'une partie des jeunes "ne s'intéressent pas du tout à la chose publique, sont centrés sur leur vie privée, leur localité, leur vie quotidienne, mais que les questions d'intérêt général ne semblent pas les concerner beaucoup." Il relève toutefois que l'intérêt demeure plus vif chez les jeunes qui viennent de familles à fort capital culturel, où l'on parle davantage de politique.

Et rejet de la politique ne signifie par pour autant rejet citoyen, ajoute l'étude de l'Institut Montaigne, puisque 66% des 18-24 ans pensent qu'il est utile de voter et que les élections peuvent faire avancer les choses.

En outre, 25% des sondés se disent même "tout à fait prêts" à participer à une manifestation. De plus, 49% d'entre eux trouvent "compréhensible" d’affronter des élus pour protester et la tolérance pour les comportements de dégradation sur l'espace public est acceptable pour un jeune sur cinq.

Le rôle de l'école

A quelques semaines du 1er tour de l’élection présidentielle, Olivier Galland ne pense pas que les candidats pourront remobiliser la jeunesse. Pour lui, la question se pose plutôt à moyen terme.

Et le politologue d'ajouter: "Je pense que l'école devrait jouer un rôle, comme cela se passe dans certains pays du nord de l'Europe, où l'école ne fait pas que délivrer des compétences, mais cherche aussi à former des citoyens. Il faudrait redonner aux jeunes, par différents moyens, le goût du débat et l'apprentissage de l'esprit critique."

Les dernières élections régionales avaient révélé une abstention forte au sein de la population générale, mais avec une pointe à 87% chez les 18-24 ans.

Sujet radio: Alexandre Habay

Adaptation web: Frédéric Boillat

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