Modifié

Décès à 90 ans de Desmond Tutu, icône de la lutte anti-apartheid

Desmond Tutu, figure du mouvement anti-apartheid et prix Nobel de la paix en 1984, est mort à l'âge de 90 ans. [RTS]
Desmond Tutu, figure du mouvement anti-apartheid et prix Nobel de la paix en 1984, est mort à l'âge de 90 ans. / 19h30 / 2 min. / le 26 décembre 2021
L'archevêque anglican sud-africain Desmond Tutu, icône de la lutte contre l'apartheid et prix Nobel de la Paix, est décédé dimanche à l'âge de 90 ans, a annoncé le président Cyril Ramaphosa.

Jusqu'à son dernier souffle, le prix Nobel de la paix a imposé sa petite silhouette ronde et son franc-parler légendaire pour dénoncer les injustices et écorner tous les pouvoirs, quels qu'ils soient.

Le président Cyril Ramaphosa a exprimé "au nom de tous les Sud-Africains sa profonde tristesse suite au décès" de ce "patriote sans égal", figure essentielle de l'histoire sud-africaine, en annonçant la nouvelle dans la matinée.

L'une des dernières appartitions publiques de Desmond Tutu, en octobre 2021. [EPA/Nic Bothma - Keystone]L'une des dernières appartitions publiques de Desmond Tutu, en octobre 2021. [EPA/Nic Bothma - Keystone]

Sa mort "est un nouveau chapitre de deuil dans l'adieu de notre nation à une génération de Sud-Africains exceptionnels qui nous ont légué une Afrique du Sud libérée", a ajouté le président.

"Un homme d'une intelligence extraordinaire, intègre et invincible contre les forces de l'apartheid, il était aussi tendre et vulnérable dans sa compassion pour ceux qui avaient souffert de l'oppression, de l'injustice et de la violence sous l'apartheid, et pour les opprimés et pour les oppresseurs du monde entier", a rappelé Cyril Ramaphosa.

Vérité et réconciliation

Après l'avènement de la démocratie en 1994, et l'élection de son ami Nelson Mandela à la tête du pays, Tutu, qui a donné à l'Afrique du Sud le surnom de "Nation arc-en-ciel", avait présidé la Commission vérité et réconciliation (TRC) qui, espérait-il, devait permettre de tourner la page de la haine raciale.

The Arch, comme il était surnommé affectueusement par les Sud-Africains, était affaibli depuis plusieurs mois. Il ne parlait plus en public mais saluait les caméras présentes à chacun de ses déplacements, sourire ou regard malicieux, lors de sa vaccination contre le Covid dans un hôpital ou récemment, en octobre, lors de l'office religieux au Cap pour célébrer ses 90 ans.

>> Interview de Didier Péclard, professeur associé au Global Studies Institute (UNIGE) dans Forum:

Décès à 90 ans de Desmond Tutu, icône de la lutte anti-apartheid: interview de Didier Péclard [RTS]
Décès à 90 ans de Desmond Tutu, icône de la lutte anti-apartheid: interview de Didier Péclard / Forum / 7 min. / le 26 décembre 2021

Perte "incommensurable"

La fondation Mandela a réagi rapidement, qualifiant sa perte d'"incommensurable": "Il était plus grand que nature, et pour tant de personnes en Afrique du Sud et dans le monde, sa vie a été une bénédiction (...) C'était un être humain extraordinaire. Un penseur. Un leader. Un berger".

Desmond Tutu avait acquis sa notoriété aux pires heures du régime raciste de l'apartheid. Alors prêtre, il organise des marches pacifiques contre la ségrégation et plaide pour des sanctions internationales contre le régime blanc de Pretoria.

Prix Nobel de la paix

A la différence de nombreux autres combattants, seule sa robe lui épargne la prison. Son combat non violent avait été couronné du prix Nobel de la paix en 1984.

Après la fin de l'apartheid, fidèle à ses engagements, il était devenu le pourfendeur des dérives du gouvernement de l'ANC, critiquant les errements de l'ancien président Thabo Mbeki dans la lutte contre le sida mais aussi la corruption.

En 2013, il avait même promis de ne plus jamais voter pour le parti qui a triomphé de l'apartheid. "Je n'ai pas combattu pour chasser des gens qui se prenaient pour des dieux de pacotille et les remplacer par d'autres qui pensent en être aussi", avait-il déploré.

Avant son décès, la dernière fois que le pays a eu de ses nouvelles, c'était le 1er novembre. Loin des regards, il avait voté, aux dernières élections locales.

>> Ecouter aussi le sujet du 12h30

Desmond Tutu en 2013. [AP Photo/Matt Dunham - Keystone]AP Photo/Matt Dunham - Keystone
Décès à 90 ans de Desmond Tutu, icône de la lutte anti-apartheid / Le 12h30 / 1 min. / le 26 décembre 2021

ats/vkiss

Publié Modifié

Un homme de mots et d'humour

L'archevêque anglican Desmond Tutu, décédé dimanche, était un homme de foi et de convictions, mais aussi de mots. Il maniait aussi bien l'humour que la colère pour faire passer ses valeurs et ses indignations. Voici quelques-unes de ses citations les plus connues:

- "Soyez gentils avec les Blancs, ils ont besoin de vous pour redécouvrir leur humanité".

(Octobre 1984, aux pires heures de l'apartheid)

- "C'est l'histoire d'un Zambien et d'un Sud-Africain qui discutent. Le Zambien vante son ministre de la Marine. Le Sud-Africain demande: "mais, vous n'avez pas de marine, pas d'accès à la mer, comment pouvez-vous avoir un ministère de la Marine? Et le Zambien de rétorquer: "et vous, en Afrique du Sud, vous avez bien un ministère de la Justice, non?"

(Discours d'attribution du prix Nobel, 11 décembre 1984)

- "Pour l'amour de Dieu, est-ce qu'ils vont entendre, est-ce que les Blancs vont entendre ce que nous essayons de dire? S'il vous plaît, la seule chose que nous vous demandons, c'est de reconnaître que nous sommes humains, nous aussi. Quand vous nous écorchez, nous saignons, quand vous nous chatouillez, nous rions".

(Discours demandant des sanctions contre l'Afrique du Sud, janvier 1985)

- "Je remercie profondément Dieu d'avoir créé le Dalaï Lama. Pensez-vous sérieusement, comme certains l'ont dit, que Dieu se dit: 'd'accord, ce gars, le Dalaï Lama, il n'est pas mal. Quel dommage qu'il ne soit pas chrétien'? Je ne crois pas que ce soit le cas, parce que, vous savez, Dieu n'est pas chrétien".

(Juin 2006 à Bruxelles)

- "Un jour à San Francisco, j'étais bien tranquille dans mon coin, une femme fait irruption devant moi. Visiblement émue, elle me salue d'un 'bonjour, archevêque Mandela!' Deux hommes pour le prix d'un".

(Conférence - octobre 2008)

- "Je ne vénérerai pas un Dieu homophobe (...) Je refuserai d'aller dans un paradis homophobe. Non, je dirais désolé, je préfère de loin aller de l'autre côté. Je suis aussi impliqué dans cette campagne que je l'étais contre l'apartheid. Pour moi, c'est du même niveau".

(Discours - juillet 2013)

- "Avait-il des faiblesses? Bien sûr. Et parmi elles, cette loyauté inébranlable envers cette organisation (l'ANC) et certains collègues qui ont fini par le décevoir. Il a gardé dans son gouvernement des ministres incapables, franchement incompétents. Mais je crois qu'il était saint, parce qu'il a puissamment inspiré les autres".

(Au lendemain de la mort de Nelson Mandela, le 6 décembre 2013)

- "Les gens mourants ont le contrôle de leur vie, alors pourquoi devrait-on leur refuser le contrôle de leur mort?"

(Tribune - octobre 2016)