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Risques terroristes venant de l'ultra-droite en France

Des personnes se revendiquant de Génération Identitaire brandissent des fumigènes. Paris, le 20 février 2021. [Antoine Kremer - Hans Lucas via AFP]
En France, les arrestations se sont multipliées ces dernières semaines dans les milieux de l'ultra-droite / La Matinale / 1 min. / le 6 décembre 2021
En France, les arrestations se sont multipliées ces dernières semaines dans les milieux de l'ultra-droite. Ces groupuscules prêts à passer à l'action terroriste inquiètent les services de renseignement. La fantasme de cette mouvance étant d'accélérer une guerre civile.

En septembre, un admirateur français du terroriste norvégien Anders Breivik était condamné à neuf ans de prison: il envisageait de s'en prendre à des personnes noires ou arabes et à des personnalités politiques.

Durant l'automne, deux cellules ont été démantelées par la police. Ces activistes de l'ultra-droite (lire encadré), prêts à passer à l'action violente, défendent un concept nommé l'accélérationnisme.

Cela consiste à accélérer une prétendue guerre civile qui aurait déjà commencé. Une tactique décrite par Erwan Lecœur, sociologue spécialiste de l'extrême-droite: "Cette guerre raciale, qui serait enclenchée à travers les attentats islamistes notamment, nécessite de la part des Blancs, des autochtones, des Français, des Européens, une réaction rapide et, pour le moment, les Européens ne voient pas cette guerre raciale comme un danger", explique-t-il au micro de La Matinale. "Et, donc, il faut accélérer le processus pour pouvoir éventuellement ne pas se faire dépasser par les événements".

Un risque terroriste longtemps ignoré

Le risque terroriste d'ultra-droite, longtemps ignoré, inquiète de plus en plus les services de renseignements français. Dans les années 1980, ces personnes étaient canalisées par le Front national qui a depuis écarté les éléments les plus extrémistes: "Et notamment au service d'ordre du Front national où il y avait des gens extrêmement violents, extrêmement dangereux et armés", précise le chercheur.

"On retrouve ces gens-là aujourd'hui, hors de toute attache partisane et, donc, d'organisation un tout petit peu responsable. Parce que le Front national avait eu comme objectif, aussi, de calmer ces gens-là pour sembler plus 'convenable' pour le grand public".

En France, selon un rapport parlementaire, cette mouvance rassemblerait 3000 personnes dont un noyau dur de 500 activistes.

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Alexandre Habay/sjaq

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"Extrême-droite" et "ultra-droite" sont-ils des synonymes?

Selon la rubrique CheckNews de Libération, "ultra-droite" est un syntagme décrivant avant tout une réalité très française. Le quotidien a interviewé l’historien Nicolas Lebourg, spécialiste des mouvements d’extrême-droite, qui explique que le terme désigne "tous les groupuscules situés à la droite d’un RN que Marine Le Pen, depuis 2011, veut 'dédiaboliser', processus qui mécontente les éléments radicaux au sein de son propre mouvement comme au-dehors".

Il précise encore que c'est "un vaste fourre-tout qui incorpore des groupes violents et d’autres qui ne le sont pas, ainsi que des catégories idéologiques très différentes: identitaires; néofascistes; néonazis; catholiques intégristes non-violents mais théocrates (Civitas)".

Et l'alt-right dans tout ça?

Dans un article datant de janvier 2019, la RTBF explique la différence entre l'alt-right et l'extrême-droite, via les propos de Jérôme Jamin, spécialiste liégois de l'extrême-droite: "L'alt-right est un phénomène propre aux Etats-Unis en raison du fait qu’il n’y a que deux grands partis au pouvoir. Tous ceux qui estiment que le parti conservateur n’est pas assez dur sur l’immigration et l’islam se retrouvent dans l’alt-right. Celle-ci est une mouvance idéologique, une mouvance d’opinions, elle n’est pas un parti, mais elle essaie d’influencer des membres du parti conservateur".

L’ultra-droite et l’alt-right ont un point commun malgré tout selon les explications de la RTBF: avec la "droite radicale", "populiste", "identitaire", "extrême", "dure", "xénophobe", etc., elles font partie de ce que les chercheurs appellent une "zone grise": "Ces nouveaux mots permettent de montrer qu'il y a danger et qu'il y a de la haine, mais que l'on n'est pas forcément face à un mouvement ou parti d'extrême droite", décrypte Jérôme Jamin.

Pour le politologue français Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des Radicalités Politiques à la Fondation Jean Jaurès: "Ce sont des conservateurs de droite qui empruntent un certain nombre de schèmes idéologiques plus à droite qu'eux. Il y a aussi ceux qui viennent de l'extrême-droite et qui utilisent une stratégie d'entrisme".

"Autrement dit", résume la RTBF, "des membres de l'extrême droite qui maquillent suffisamment leurs propos pour faire illusion et se ranger dans ce qui est devenu 'acceptable', avec le temps".

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Stéphanie Jaquet