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L'Islande s'apprête à forer jusqu'au cœur d'un volcan

L'Islande s'apprête à forer pour atteindre le coeur du volcan Krafla. [Olivier Digoit - afp]
Forage jusqu'au magma d'un volcan en Islande / La Matinale / 1 min. / le 29 novembre 2021
Trente-huit instituts de recherche et entreprises de onze pays s'apprêtent à forer à plus de deux kilomètres de profondeur pour atteindre le cœur d'un volcan. Le projet vise à la fois à des progrès en science fondamentale, dans l'exploitation de l'énergie géothermique dite "super chaude" ainsi que la prédiction d'éruptions volcaniques et ses risques.

Avec son cratère rempli d'une eau bleue turquoise, ses fumerolles d'où jaillissent vapeur, soufre et eau boueuse bouillante dans une odeur d'œuf pourri, le volcan Krafla est une des merveilles naturelles de l'Islande.

C'est là qu'une alliance internationale s'apprête à forer à plus de deux kilomètres de profondeur, directement dans le volcan, afin d'y créer le premier observatoire de magma souterrain au monde, un projet à la Jules Verne qui a aussi des visées énergétiques.

Lancé en 2014 et avec un premier forage prévu en 2024, ce grand plan estimé à 100 millions de dollars est porté par des scientifiques et des ingénieurs de 38 instituts de recherche et entreprises de onze pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni et la France.

Terre inconnue

Baptisé "Krafla Magma Testbed", il vise à atteindre une poche remplie de magma. Car contrairement à la lave de surface, la roche en fusion à des kilomètres de profondeur reste encore terre inconnue.

Le projet permettra à la fois de mieux prédire les éruptions volcaniques et ses risques en sachant mieux ce qu'il se passe au cœur d'un volcan, mais visera aussi et surtout à des progrès en science fondamentale. Un tel forage permettra en effet d'atteindre des roches dont les températures sont si extrêmes qu'on parle de fluides "supercritiques", c'est-à-dire entre l'état liquide et gazeux.

Ainsi, en termes de géothermie, avec des températures qui atteignent quelque 450 degrés, l'énergie produite y est cinq à dix fois plus importante que celle produite avec les installations actuelles. Deux puits "supercritiques" permettraient de produire autant d'énergie que soixante éoliennes et d'alimenter en électricité entre 60'000 et 90'000 foyers. Et tout ça, sans un gramme de CO2

"Grâce au projet, nous voulons développer une nouvelle technologie pour pouvoir forer plus profondément et exploiter cette énergie qui ne l'a encore jamais été", ambitionne Vordís Eiríksdóttir, directrice exécutive de l'exploitation géothermique à Landsvirkjun, la compagnie nationale d'électricité qui exploite le site.

Défi technique

Forer dans un environnement si extrême est un défi technique: les matériaux doivent être adaptés pour résister à la corrosion engendrée par la vapeur super chaude. La possibilité que l'opération déclenche une éruption volcanique est une "inquiétude naturelle" selon John Eichelberger, professeur émérite de géologie et de géophysique à l'Université d'Alaska, mais elle équivaut selon lui à "piquer un éléphant avec une aiguille".

"Une douzaine de trous ont touché du magma à trois endroits différents (dans le monde, ndlr) et rien de grave ne s'est produit", plaide-t-il.

ats/fgn

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Idée inspirée d'un accident

C'est à la suite d'un accident que l'idée est née. En 2009, pour développer les capacités de la centrale géothermique installée sur Krafla depuis 1977, un forage perfore une poche de magma à 900°C à une profondeur de 2,1 kilomètres.

De la fumée sort à la surface, de la lave remonte de quelques mètres dans le conduit, le matériel de forage est endommagé. Personne n'est heureusement blessé, et les vulcanologues ont désormais à portée de foreuse une poche de magma estimée à 500 millions de mètres cubes.

"Cette découverte a le potentiel d'être un énorme progrès dans notre capacité à comprendre beaucoup de choses différentes", estime Paolo Papale, vulcanologue à l'Institut national italien de géophysique et vulcanologie et associé au projet, citant notamment l'origine des continents, la dynamique des volcans et les systèmes géothermiques.

L'accident se révèle aussi plein de promesses pour Landsvirkjun, la compagnie nationale d'électricité qui exploite le site.