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Athènes inaugure son premier camp "fermé" pour demandeurs d'asile

Une vue du nouveau centre d'accueil et d'identification des migrants sur l'île de Samos, en Grèce, le 18 septembre 2021. [AP Photo/Michael Svarnias - Keystone]
La Grèce inaugure son premier camp pour migrants dit "fermé et à accès contrôlé" sur l'île de Samos / Le Journal horaire / 25 sec. / le 18 septembre 2021
La Grèce inaugure samedi le premier camp pour migrants dit "fermé et à accès contrôlé", une expression qui inquiète les défenseurs des droits humains. Il est installé sur l'île de Samos, face à la Turquie.

Sanners à rayons X et portes magnétiques à l'entrée, barbelé, centre de rétention intégré, ce nouveau camp ne sera accessible que par les demandeurs d'asile munis de badges dotés de puces électroniques. La nuit, les va-et-vient seront totalement interdits.

La Commission européenne s'est engagée à financer à hauteur de 276 millions d'euros cinq nouveaux camps sur les îles de la mer Égée qui reçoivent la plupart des migrants arrivant des côtes turques voisines.

"Le modèle des structures contrôlées sera progressivement adopté dans toutes les îles et en Grèce continentale", a expliqué cet été le ministre grec des Migrations Notis Mitarachi.

Un camp de ce type devrait être terminé le mois prochain à Léros. A Lesbos, où le camp de Moria a été réduit en cendres l'an dernier, les travaux n'ont pas encore commencé.

Normes européennes respectées, assure Athènes

Le gouvernement grec assure que ces centres répondront aux normes européennes, avec des hébergements de meilleure qualité, de l'eau courante, des toilettes, des zones séparées pour les familles, et plus de sécurité.

La Grèce a souvent été décriée pour les conditions de vie déplorables de ses camps des îles égéennes.

A Samos, le bidonville de Vathy, qui doit être totalement vidé d'ici fin septembre, avait abrité près de 7000 demandeurs d'asile entre 2015 et 2016, pour une capacité initiale de 680 personnes.

Des réfugiés et des migrants protestent à l'extérieur d'un camp surpeuplé sur l'île grecque de Samos, le 18 octobre 2019. [Michael Svarnias - Keystone/AP Photo]Des réfugiés et des migrants protestent à l'extérieur d'un camp surpeuplé sur l'île grecque de Samos, le 18 octobre 2019. [Michael Svarnias - Keystone/AP Photo]

L'invasion de rats, les baraquements en bois improvisés sans chauffage, le manque de toilettes et de douches continuent de ponctuer le quotidien des quelque 600 résidents actuels.

Ceux-ci doivent être transférés progressivement à partir de lundi et jusqu'à la fin du mois, dans la nouvelle structure à quelque 5 km de distance.

Colère des insulaires

L'armée démantèlera alors le camp de Vathy, retirera les conteneurs et décontaminera la zone, qui sera ensuite rendue à la municipalité.

"Il s'agit d'une promesse faite à la communauté locale", a noté le ministre grec des Migrations Notis Mitarachi, qui entend répondre ainsi à la colère des insulaires qui, depuis des années, observaient le camp s'étendre aux portes de Vathy, la principale ville de l'île.

Mais les locaux ne veulent pas non plus du nouveau camp, bien que plus isolé, et exigent que les migrants soient tous transférés sur le continent.

>> Revoir le reportage de Temps Présent dans l'ancien camp de Samos en avril 2021

Le camp de la honte aux portes de l’Europe [RTS]
Le camp de la honte aux portes de l’Europe / Temps présent / 28 min. / le 8 avril 2021

afp/nr

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Défenseurs des droits humains inquiets

Les défenseurs des droits humains s'inquiètent de l'enfermement des demandeurs d'asile dans le nouveau camp.

Ces nouveaux centres "vont empêcher d'identifier de manière efficace les personnes vulnérables", "limiter l'accès des demandeurs d'asile aux services" et "amplifier l'effet néfaste du confinement sur la santé mentale des personnes", ont fustigé une cinquantaine d'ONG, dont Amnesty International.

"Le mot +fermé+ revient souvent et c'est inquiétant", admet Mireille Girard, la représentante en Grèce du Haut-Commissariat aux Réfugiés de l'ONU (HCR) et qui sera présente à Samos lors des transferts pour s'assurer que les migrants sont bien informés de la situation.

"La position du HCR est que le demandeur d'asile a besoin de protection, ce n'est pas un criminel ni quelqu'un qui représente un risque pour la communauté, c'est une personne qui a besoin d'aide. Pour nous, les camps doivent être ouverts, le gouvernement nous a assuré qu'ils le seraient", a-t-elle déclaré à l'AFP.