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Le président tunisien Kais Saied nomme un conseiller au ministère de l'intérieur

Le président tunisien Kais Saied a nommé jeudi un conseiller de sécurité en charge du ministère de l'intérieur. Il s'agit de la première nomination quatre jours après qu'il s'est emparé de l'ensemble du pouvoir exécutif et qu'il a suspendu l'activité du Parlement. [TUNISIAN PRESIDENCY - ANADOLU AGENCY VIA AFP]
Le président tunisien demande des comptes à 460 hommes d'affaires / Le Journal horaire / 23 sec. / le 29 juillet 2021
Le président tunisien Kais Saied a nommé jeudi un conseiller de sécurité en charge du ministère de l'intérieur. Il s'agit de la première nomination quatre jours après qu'il s'est emparé de l'ensemble du pouvoir exécutif et qu'il a suspendu l'activité du Parlement.

"Le président de la République a pris un décret présidentiel chargeant Ridha Gharsallaoui de gérer le ministère de l'intérieur", a indiqué la présidence jeudi soir. Ridha Gharsalloui, qui a prêté serment, est un commissaire de police devenu conseiller à la sécurité nationale auprès du président, selon des médias locaux.

Cette nomination intervient après que plusieurs organisations de la société civile, ainsi que des pays étrangers, ont appelé Kais Saied à désigner sans tarder un nouveau gouvernement, comme il s'était engagé à le faire.

Campagne anti-corruption

Mercredi soir, Kais Saied a également lancé une offensive anti-corruption. Il a réclamé des comptes à des hommes d'affaires accusés de détournement de fonds sous le régime du dictateur Zine El Abidine Ben Ali au pouvoir de 1987 à 2011.

Ils sont "460" à devoir "13,5 milliards" de dinars (4,43 milliards de francs) à l'Etat, a-t-il rappelé, en citant un ancien rapport d'une commission d'enquête sur la corruption et les malversations sous l'ancien régime.

"Cet argent doit revenir au peuple tunisien", a martelé le président. Pour cela, il compte proposer à ces hommes d'affaires un abandon des poursuites, en échange d'un versement des sommes détournées au profit des régions marginalisées de Tunisie.

Partis sous enquête

Quelques heures avant cette prise de parole présidentielle, le parquet, placé sous l'autorité de Kais Saied dans le cadre des nouvelles mesures d'urgence, a publiquement annoncé l'ouverture d'une enquête contre plusieurs partis, soupçonnés de financement étranger de leur campagne électorale en 2019.

Ouverte le 14 juillet, avant le coup de force du président, elle vise la formation d'inspiration islamiste Ennahdha, qui a participé à toutes les coalitions gouvernementales depuis la révolution de 2011 contre le régime Ben Ali, ainsi que son allié Qalb Tounes et le parti Aïch Tounsi.

agences/nr/vajo

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Popularité et inquiétude

Après des mois de crise politique, et un pic épidémique meurtrier, le président Kais Saied, dont les prérogatives se limitent normalement à la diplomatie et à la sécurité, a évoqué un "péril imminent" pour justifier dimanche dernier sa prise de pouvoir par la Constitution. Une décision dénoncée comme un "coup d'Etat" par Ennahdha.

Le président jouit pour l'instant d'une "popularité durable", observe Riccardo Fabiani, spécialiste de la Tunisie pour l'International Crisis Group. Sa prise de pouvoir a été saluée par de nombreux Tunisiens exaspérés par les blocages institutionnels, l'économie en crise et la mauvaise gestion de la pandémie. Le coup de force présidentiel suscite toutefois de l'inquiétude, dans le pays comme à l'étranger.

Selon un sondage publié par un cabinet de conseil, près de 87% de la population soutient sa décision de limoger le chef du gouvernement et de geler le travail de l’assemblée pendant 30 jours. Et moins de la moitié des Tunisiens sondés se disent inquiets quand à l’avenir du pays.

>> Les précisions de Lilia Blaise dans La Matinale:

Moins de la moitié des Tunisiens sondés se disent inquiets quand à l’avenir du pays. [Mohamed Messara - EPA/Keystone]Mohamed Messara - EPA/Keystone
Près de 87% de soutien au limogeage du gouvernement en Tunisie / La Matinale / 1 min. / le 30 juillet 2021