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"Le choix du F-35? Comme un bras d'honneur", selon un député européen

En choisissant un avion américain, le Conseil fédéral prend le risque de fâcher ses voisins européens. [RTS]
En choisissant un avion américain, le Conseil fédéral prend le risque de fâcher ses voisins européens. / 19h30 / 1 min. / le 1 juillet 2021
Mercredi, le Conseil fédéral a annoncé avoir retenu l'avion de combat F-35A du constructeur américain Lockheed Martin pour équiper ses forces aériennes. Un choix qui s'est fait au détriment des trois autres candidats, dont deux avions européens.

Sur le plan technique, le F-35 a largement dépassé les trois autres avions de chasse en lice - le Rafale du français Dassault, l'Eurofighter de l'européen Airbus et le Super Hornet de l'américain Boeing - lors de l'évaluation effectuée au printemps 2019.

Il présente le meilleur rapport qualité-prix et est le mieux adapté pour protéger la population suisse, estime le gouvernement.

>> Relire aussi: L'avion de combat américain F-35 a été choisi par le Conseil fédéral

Du côté des constructeurs, l'européen Airbus, qui était en lice avec l'Eurofighter, a indiqué avoir "pris note" de la décision du Conseil fédéral. Le groupe a précisé avoir "fait à la Suisse une offre sur mesure. Avec un avion parfaitement adapté au service de police aérienne et une offre économique crédible qui est la seule à prévoir l'assemblage final complet de l'avion en Suisse".

Dans un communiqué, l'ambassade d'Allemagne à Berne, parlant également au nom des autres pays offrant l'Eurofighter, à savoir la Grande-Bretagne, l'Italie et l'Espagne, prend acte de la décision du gouvernement suisse. Ces pays regrettent que seuls des aspects militaires aient été retenus dans l'évaluation et pas l'offre de partenariat de politique sécuritaire commune.

Regrets européens

Les conséquences de cette décision dépassent donc le seul domaine militaire. Diplomatiquement, cet achat vient jeter de l'huile sur le feu des relations déjà tendues avec l'Union européenne après le retrait de l'accord-cadre.

Le secrétaire d'Etat français aux affaires européennes a réagi mercredi, estimant que la Suisse avait fait le choix de tourner le dos à l'Europe.

Invité jeudi dans Forum, le député européen et membre de la délégation pour les relations avec la Suisse Christophe Grudler se dit déçu de la décision helvétique.

"Nous qui sommes impliqués pour la promotion de la Suisse au sein du Parlement européen, notamment en vue du programme Horizon Europe, avons l'impression qu'avec ce genre de décision, on nous coupe les jambes. Cela crée beaucoup de ressentiment contre la Suisse, surtout après le rejet de l'accord-cadre", affirme-t-il

>> Voir l'interview de Christophe Grudler dans Forum:

La Suisse plébiscite le F-35 américain plutôt que les avions de combat européens : interview de Christophe Grudler et Eric Chaubert [RTS]
La Suisse plébiscite le F-35 américain plutôt que les avions de combat européens : interview de Christophe Grudler et Eric Chaubert / Forum / 10 min. / le 1 juillet 2021

"L'impression d'un bras d'honneur"

Pour Christophe Grudler, choisir un avion européen aurait permis de donner un signal positif à l'Europe: "Je pense qu'il était temps de donner un message politique pour dire 'amis européens, on veut continuer à travailler ensemble'. Aujourd'hui, nous avons plutôt une impression de bras d'honneur et c'est un crève-coeur parce que nous nous investissons pour la Suisse."

Quelles conséquences un tel choix pourrait donc avoir sur les relations avec l'Europe? "Je crains de l'indifférence, que l'ensemble de nos collègues parlementaires européens disent: 'bon écoutez, on a autre chose à faire'. A un moment, la Suisse devra dire ce qu'elle veut, un rapprochement avec l'Europe ou s'en éloigner", explique l'eurodéputé.

A un moment, la Suisse devra dire ce qu'elle veut

Christophe Grudler, candidat aux élections européennes sur la liste LREM. [Régions Démocrates 2010 - Wikimedia Commons]
Christophe Grudler, député européen

Dans son discours, Christophe Grudler s'interroge aussi sur ce qu'il considère comme des ambiguïtés. "La Suisse s'est retirée de l'accord-cadre en raison de l'atteinte 'grave' à sa souveraineté. Mais dans le même temps, elle choisit des avions de chasses américains et des fournisseurs de stockage de données américains et chinois. On peut faire mieux."

>> L'interview dans le 19h30 de Fabien Fivaz (Verts/NE) sur les oppositions en Suisse à cet achat:

Une initiative s'oppose à l'achat des avions F-35A. Les précisions du conseiller national vert Fabien Fivaz. [RTS]
Une initiative s'oppose à l'achat des avions F-35A. Les précisions du conseiller national vert Fabien Fivaz. / 19h30 / 2 min. / le 1 juillet 2021

Adaptation web: Jérémie Favre

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