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Héros du film "Hôtel Rwanda", Paul Rusesabagina risque la prison à vie

Paul Rusesabagina est accusé de soutien au terrorisme par le pouvoir rwandais. [Muhizi Olivier - Keystone/AP]
Prison à vie requise contre Paul Rusesabagina, le héros du film "Hôtel Rwanda" / Le Journal horaire / 28 sec. / le 18 juin 2021
La prison à vie a été requise contre Paul Rusesabagina, héros du film "Hôtel Rwanda". Il est jugé depuis mi-février pour terrorisme à Kigali dans un procès qualifié de politique par la défense et la famille de cet opposant au président Paul Kagame.

Aujourd'hui âgé de 67 ans, Paul Rusesabagina a été rendu célèbre par ce film hollywoodien sorti en 2005 en Suisse. Il raconte comment l'ancien directeur de l'hôtel des Mille Collines à Kigali (joué par Don Cheadle), un Hutu modéré, a sauvé plus de 1000 personnes au cours du génocide de 1994 qui a fait 800'000 morts, principalement des Tutsi.

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Féroce critique du régime du président Paul Kagame, il est aujourd'hui visé par neuf chefs d'accusation, dont celui de terrorisme, pour son soutien présumé au Front de libération nationale (FLN), un groupe rebelle accusé d'avoir mené ces dernières années des attaques meurtrières au Rwanda.

Paul Rusesabagina a participé à la fondation en 2017 du Mouvement rwandais pour le changement démocratique (MRCD), dont le FLN est considéré comme le bras armé. Mais il a toujours nié son implication dans des attaques menées en 2018 et 2019, qui ont fait neuf morts. Il est jugé avec 20 autres co-accusés.

"Un soutien des combattants".

"Nous avons vu que chaque acte de Rusesabagina était de nature criminelle, avec l'intention de commettre des actes de terrorisme", a déclaré l'un des procureurs, Jean Pierre Habarurema, lors de l'audience jeudi. "En tant que dirigeant, soutien et partisan du MRCD/FLN, il a encouragé et permis aux combattants de commettre ces actes terroristes contre le Rwanda. Même s'il n'a pas participé activement à ces attentats, il est considéré comme ayant joué un rôle simplement en étant un soutien de ces combattants".

Un autre des procureurs, Bonaventure Ruberwa, a affirmé qu'il était "le président du MRCD/FLN lorsqu'ils ont attaqué et tué des gens à Nyaruguru en 2019, la personne qui a donné les ordres".

Témoignages contradictoires

Les quatre mois de procès ont donné lieu à des témoignages contradictoires sur les responsabilités de Paul Rusesabagina. Un de ses co-accusés a déclaré qu'il n'a "pas donné d'ordres aux combattants du FLN", tandis qu'un autre a lui affirmé que tous les ordres venaient de lui.

Ni ce dernier, ni ses avocats n'assistent aux audiences depuis le mois de mars. Ils jugent que ses droits à la défense ont été bafoués et qu'il est victime de mauvais traitements.

"Paul Kagame veut le faire taire"

"Le gouvernement rwandais n'a présenté aucune preuve" de son implication dans les attaques du FLN durant ce procès, qui a été une "farce du début à la fin", a réagi jeudi la porte-parole de la Fondation Hotel Rwanda Kitty Kurth dans un communiqué fustigeant "un spectacle mis en place par le gouvernement rwandais pour faire taire un critique et refroidir toute dissidence future".

"Mon père Paul Rusesabagina est un prisonnier politique. Il est visé par des accusations inventées et zéro preuve contre lui ont été présentées devant le tribunal", a affirmé sa fille Carine Kanimba sur Twitter: "Il a été kidnappé, torturé et privé de tous ses droits humains. Paul Kagame veut le faire taire - ça ne marchera pas".

Les soutiens de Paul Rusesabagina accusent le régime rwandais de l'avoir fait enlever. Alors qu'il vivait en exil depuis 1996 aux Etats-Unis et en Belgique, pays dont il a obtenu la nationalité, il a été arrêté fin août 2020 au Rwanda dans des circonstances troubles, à la descente d'un avion qu'il pensait être à destination du Burundi. Dans une interview à la chaîne Al-Jazeera fin février, le ministre rwandais de la Justice avait indiqué que le gouvernement avait financé l'opération.

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ats/vic

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Vaste soutien international

Ce procès a suscité de nombreuses réactions internationales. Les Etats-Unis, qui ont décerné à Paul Rusesabagina la médaille présidentielle de la liberté en 2005, ont notamment demandé un procès équitable et le Parlement européen a réclamé sa libération.

La ministre belge des Affaires étrangères Sophie Wilmès a appelé fin avril à "un procès juste, équitable et transparent" pour son ressortissant, faisant part de ses "inquiétudes quant au fait que Paul Rusesabagina n'ait manifestement pas été en mesure de préparer correctement sa défense".