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Avec ou sans spectateur, les Jeux olympiques de Tokyo seront au rendez-vous

La situation demeure compliquée autour de l'organisation des JO de Tokyo. [Issei Kato - Keystone]
Etat des forces et des pressions pour les Jeux olympiques de Tokyo en 2021 / Tout un monde / 10 min. / le 10 juin 2021
Après une année de report, Tokyo accueillera les Jeux olympiques du 23 juillet au 8 août. En dépit des risques sanitaires liés au Covid-19 et des réticences de nombreux Japonais, les officiels sur place et au siège du Comité international olympique, à Lausanne, se disent prêts à relever le défi.

"Sur la vaccination, nous avons entrepris de grands efforts depuis quelques mois pour s'assurer que tous les pays, les 206 comités nationaux olympiques, puissent avoir accès à la vaccination. (…) Le résultat est que 80% des athlètes qualifiés ou qui vont se qualifier dans les semaines à venir seront vaccinés, explique le directeur exécutif des Jeux olympiques au Comité international olympique (CIO), le Suisse Christophe Dubi, jeudi dans l'émission de la RTS Tout un monde.

Ce chiffre est aussi valable pour les équipes d'encadrement et les médias. "Le danger principal n'est pas les athlètes ou leur entourage, puisqu'une grande majorité d'entre eux seront vaccinés, et qu'ils seront régulièrement testés et contrôlés, estime Valérie Niquet, responsable du département Asie à la Fondation pour la recherche stratégique. Le danger se situe plutôt avec les regroupements de Japonais. Car les tests sont moins nombreux au Japon, même s'il y a très peu de cas. Et 7% de la population a reçu une première dose de vaccin (environ 3,5% de la population est entièrement vaccinée, n.d.l.r.). Ce qui est très peu."

Le danger se situe avec les regroupements de Japonais. Car les tests sont moins nombreux au Japon, même s'il y a très peu de cas. Et 7% de la population a reçu une première dose. Ce qui est très peu

Valérie Niquet. [YouTube]
Valérie Niquet, responsable du département Asie à la Fondation pour la recherche stratégique

Stades possiblement vides

Quant au public dans les stades, l'incertitude règne. S'il n'y aura pas de spectateurs étrangers, interdits d'entrer sur le territoire, la présence des Japonais n'est pas encore assurée.

Les organisateurs des JO de Tokyo doivent prendre une décision à la fin du mois de juin sur le nombre de spectateurs autorisés, après avoir déjà renoncé en mars à accueillir du public venant de l'étranger à cause de la pandémie de Covid-19. [SHINJUKU WARD - THE YOMIURI SHIMBUN VIA AFP]Les organisateurs des JO de Tokyo doivent prendre une décision à la fin du mois de juin sur le nombre de spectateurs autorisés, après avoir déjà renoncé en mars à accueillir du public venant de l'étranger à cause de la pandémie de Covid-19. [SHINJUKU WARD - THE YOMIURI SHIMBUN VIA AFP]"La décision sera prise fin juin. Car après ce n'est plus possible, relève Christophe Dubi. Faire tourner des sites avec ou sans spectateur, ce n'est pas du tout la même chose en termes opérationnels. De bons signes proviennent du Japon. Les chiffres descendent tous les jours."

Et à Tokyo, les responsables des JO sont aussi optimistes et rassurés par un récent sondage. "Il y a une semaine, un sondage nous montrait que 49% des habitants de Tokyo étaient favorables, souligne la directrice de la communication pour Tokyo 2020 Maki Kobayashi. Et nous espérons qu'avec une baisse de l'inquiétude autour de la santé et de la sécurité, ainsi qu'avec une hausse de la vaccination, le soutien aux Jeux va augmenter."

Et d'ajouter: "Les JO vont tous nous réunir. Nous pouvons en faire quelque chose de plaisant et démontrer que nous nous adaptons à cette nouvelle normalité avec une certaine joie de vivre. Cela va nous donner une confiance sur le fait que nous pouvons surmonter les plus grands défis."

Craintes de 50% des Japonais

Toutefois, cette vision n'est pas partagée par tous les Japonais. "La situation sanitaire s'améliore, mais les Japonais restent très anxieux, explique la correspondante de la RTS dans le pays Karyn Nishimura. Le public redoute que les JO favorisent la propagation de nouveaux variants. Nombre d'experts tendent à leur donner raison. Les promesses d'encadrer strictement les volontaires et les médias étrangers suscitent plus ou moins l'adhésion, puisque les mesures annoncées semblent difficilement applicables. Ce que la presse souligne régulièrement."

Plus de 11'000 athlètes sont attendus aux JO de Tokyo 2020.  [ISSEI KATO - KEYSTONE]Plus de 11'000 athlètes sont attendus aux JO de Tokyo 2020. [ISSEI KATO - KEYSTONE]Le gouvernement a promis que les 36 millions de personnes âgées seront vaccinées avant la fin du mois de juillet. "Les autres générations ne sont pas concernées, poursuit Karyn Nishimura. Ce sont pourtant elles qui circulent le plus. La population s'interroge aussi sur le sens de ces JO, si personne ne peut en profiter réellement."

Le CIO n'a pas mené de campagne spécifique au Japon pour convaincre. "Je comprends qu'il puisse y avoir des réticences, surtout parce qu'il y a une crainte au niveau sanitaire. Notre rôle n'est pas de les convaincre que ce sera génial, mais c'est d'expliquer que tout ce qui peut être entrepris pour limiter les risques nous l'avons fait (lire encadrés), assure Christophe Dubi. Et que les meilleurs experts du monde ont été engagés pour nous aider à élaborer les règles du jeu."

Nouveau report demandé par les sponsors

Si le CIO s'engage à la transparence et à des règles très strictes, ce n'est pas sûr que cela suffise à convaincre les sponsors japonais, qui assument une part importante de l'addition. Ils ont déboursé 3 milliards de dollars (2,7 milliards de francs), selon le Financial Time.

Selon le quotidien, ils souhaiteraient voir les JO repoussés à l'automne afin d'avoir davantage de public sur les sites de compétition. "Maintenant, c'est trop tard, juge Valérie Niquet. C'est quelque chose qui avait été évoqué, mais le CIO n'y était pas favorable. (…) Le CIO n'est pas toujours ouvert aux attentes et aux demandes des pays hôtes et il est davantage focalisé sur ses propres intérêts, notamment de retransmission vers les Etats-Unis, que sur la situation réelle."

Ce qui était possible pour un report d'une année n'est en tout cas pas envisageable pour quelques semaines. En plus, on a aucune garantie que la situation soit meilleure qu'au mois de juillet

Christophe Dubi, directeur exécutif des Jeux olympiques au Comite international olympique. [JEAN-CHRISTOPHE BOTT - KEYSTONE]
Christophe Dubi, directeur exécutif des Jeux olympiques au CIO

Christophe Dubi insiste sur l'engagement des entreprises, rappelant que Tokyo 2020 est "le plus grand" programme de sponsoring pour des JO. "La demande de report de la part des sponsors n'est jamais officiellement parvenue au Comité d'organisation. Déplacer de quelques jours, c'est faire bouger un puzzle avec quelques millions de pièces. Ce qui était possible pour un report d'une année n'est en tout cas pas envisageable pour quelques semaines. En plus, on a aucune garantie que la situation soit meilleure qu'au mois de juillet."

Au-delà des contrats, de la volonté du CIO, de l'attente des athlètes qui se sont entraînés pendant des années, il y a une autre raison de maintenir les Jeux, selon Valérie Niquet: "Que les JO se tiennent en dépit des critiques, j'y vois le message d'un choix de regarder à nouveau vers l'avenir et de ne pas rester bloquer sur cette terrible pandémie. Il est aussi important que ce soit un pays démocratique qui organise ces premiers JO post-pandémie pour qu'ils ne soient pas monopolisés par des Etats plus autoritaires qui s'en servent comme d'un flambeau idéologique."

Sujet radio: Patrick Chaboudez

Adaptation web: Valentin Jordil/ats

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Les journalistes de l'étranger seront surveillés par GPS

Les journalistes venant de l'étranger qui couvriront les Jeux olympiques de Tokyo cet été seront constamment géolocalisés par GPS et risqueront de perdre leur accréditation s'ils enfreignent les règles, a déclaré mardi la présidente du comité d'organisation.

En raison de la persistance de la pandémie, les quelque 6000 représentants des médias attendus de l'étranger pour les JO doivent fournir une liste détaillée des endroits où ils prévoient de se rendre lors de leurs deux premières semaines au Japon, comme les sites olympiques et leurs hôtels.

Les journalistes de l'étranger seront priés de rester dans des hôtels pré-sélectionnés par les organisateurs au lieu d'opter pour des hébergements privés. Et le nombre d'hôtels attitrés va être réduit à environ 150 contre 350 initialement, afin de mieux permettre aux organisateurs de vérifier le respect des règles.

La vaccination pour 18'000 membres de l'organisation

Environ 18'000 membres de l'organisation des Jeux olympiques de Tokyo, dont des arbitres et des bénévoles, vont être vaccinés à partir de la semaine prochaine, ont annoncé les organisateurs vendredi, afin de renforcer la confiance à l'approche de la compétition.

A six semaines du début des JO de Tokyo, la vaccination concernera ceux qui "sont en interaction proche et fréquente avec les athlètes" a déclaré la présidente du comité d'organisation.

Seront vaccinés : les arbitres, le personnel du village olympique, les employés et contractuels, ceux de l'aéroport, les personnes en charge des tests anti-dopage et les membres des Comités nationaux olympique et paralympique.

Une partie des 70'000 bénévoles feront également partie de cette campagne qui débutera le 18 juin avec des deuxièmes doses prévues avant le début de la compétition, s'ils sont censés être en contact rapproché avec les athlètes.