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"Peu de chance que des choses ambitieuses ressortent de la semaine diplomatique de Joe Biden en Europe"

L'invité de La Matinale (vidéo) - Cyrille Bret, spécialiste des relations Europe-Etats-Unis [RTS]
L'invité de La Matinale (vidéo) - Cyrille Bret, spécialiste des relations Europe-Etats-Unis / La Matinale / 11 min. / le 10 juin 2021
Invités dans La Matinale jeudi, Cyrille Bret et Martin Quencez, tous deux spécialistes des relations entre l'Europe et les Etats-Unis, analysent la venue de Joe Biden sur le Vieux Continent et la rencontre, à Genève, avec Vladimir Poutine. Ils n'attendent pas d'avancées majeures.

L'EUROPE - "Peu probable qu'on en ressorte enthousiaste"

Près de cinq mois après son arrivée au pouvoir, Joe Biden a posé le pied mercredi soir en Europe. Avant son face-à-face très attendu avec Vladimir Poutine le 16 juin à Genève, le président américain est en visite au Royaume-Uni.

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"Il va y avoir un certain nombre de communiqués, de gestes qui vont être faits pour que les Européens sentent qu'on entre dans une nouvelle ère, que la parenthèse Trump se referme. (...) Mais sur les nouvelles idées, sur des propositions concrètes, il faut rester très mesuré. Il y a très peu de chance que des choses ambitieuses ressortent de cette semaine diplomatique. Peu probable qu'on en ressorte enthousiaste", explique Martin Quencez, directeur adjoint du think tank German Marshall Fund.

Il va y avoir un certain nombre de communiqués, de gestes qui font être faits pour que les Européens sentent qu'on entre dans une nouvelle ère, que la parenthèse Trump se referme

Martin Quencez, directeur adjoint du think tank German Marshall Fund

Dans les initiatives concrètes, Martin Quencez cite une coopération sur les nouvelles technologies ou la création d'un conseil Etats-Unis­ - Europe: "Ce ne sont pas des choses très flamboyantes, mais elles pourraient ensuite amener à des progrès concrets."

La Chine et les sanctions économiques

Sur la position à adopter avec la Chine, le directeur adjoint du German Marshall Fund estime que Joe Biden devra clarifier sa vision. "Aux Etats-Unis, il y a cette idée que la Chine est pour les années, les décennies à venir, le grand défi de la géopolitique. A contrario, en Europe, il y a plutôt la volonté de trouver un équilibre entre compétition et coopération."

Et d'ajouter: "Il y a donc énormément d'attente des Européens pour que Joe Biden explique ce qu'il attend de ses alliés dans une compétition où il va falloir faire des choix."

Sur le plan économique, les sanctions commerciales américaines, notamment sur l'acier et l'aluminium européen - imposées il y a trois ans par l'administration Trump - sont toujours en vigueur. "Il y a des frustrations du côté européen de voir que l'administration Biden prend beaucoup de temps pour lever l'ensemble des sanctions. (...) On a l'impression qu'elle utilise ces questions pour tirer d'autres concessions des Européens."

LA RUSSIE - "Il y aura deux pas en avant, mais trois pas en arrière"

Poignée de main entre Vladimir Poutine et Joe Biden, alors que ce dernier n'était encore "que" vice-président des Etats-Unis, le 10 mars 2011 à Moscou. [ALEXEY DRUZHININ  - AFP]Poignée de main entre Vladimir Poutine et Joe Biden, alors que ce dernier n'était encore "que" vice-président des Etats-Unis, le 10 mars 2011 à Moscou. [ALEXEY DRUZHININ - AFP]"Vladimir Poutine a des positions bien ancrées. Ses objectifs sont bien connus en Europe et face aux Etats-Unis. Maintenant, c'est à Joe Biden de tester sa relation personnelle, de chef d'Etat à chef d'Etat. Ils se sont déjà rencontrés, mais Joe Biden avait un rang protocolaire bien inférieur à Vladimir Poutine."

Cyrille Bret, chercheur associé à l'Institut Jacques Delors à Paris, spécialiste des liens entre la Russie et l'UE ainsi qu'entre la Russie et les Etats-Unis explique que Vladimir Poutine vient montrer le 16 juin à Genève "qu'il est l'interlocuteur privilégié sur le continent européen de la superpuissance américaine".

Et d'ajouter: "Et montrer à l'intérieur de son propre pays qu'il est bien ce que ses électeurs attendent de lui, soit le chef d'une puissance capable de parler d'égal à égal avec la superpuissance américaine."

Le statut de grand méchant que les Européens et les Américains adorent détester, cela donne à Vladimir Poutine un levier d'action bien supérieur à tous les armements ou toutes les sanctions économiques

Cyrille Bret, chercheur associé à l'Institut Jacques Delors à Paris

Selon Cyrille Bret, il n'y aura aucune avancée sur l'affaire de l'opposant russe Alexeï Navalny: "Il est indispensable pour le nouveau président américain, ainsi que pour les chefs d'Etat et de gouvernement européens, de rappeler les principes, la démocratie à laquelle les Russes ont droit, bien évidemment. Mais pour Vladimir Poutine et son administration, c'est une affaire interne."

>> Relire: La Russie bâillonne le mouvement d'Alexeï Navalny avant les législatives

Le chercheur relève que le président russe va entretenir son image de méchant, d'homme qui fait peur. "C'est une façon pour lui de peser, d'exercer une pression constante sur les opinions publiques occidentales. (...) Son statut de grand méchant que les Européens et les Américains adorent détester, cela lui donne un levier d'action bien supérieur à tous les armements ou toutes les sanctions économiques."

Propos recueillis: Romaine Morard et Valérie Hauert

Adaptation web: Valentin Jordil

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