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Après le braconnage, les cultures d'avocat menacent les éléphants du Kenya

Des éléphants du parc national Amboseli, au Kenya. [DAI KUROKAWA - keystone]
Les cultures d'avocats menacent les éléphants au Kenya / Tout un monde / 5 min. / lundi à 08:17
Après l'ère du braconnage, les éléphants du Kenya font face à une nouvelle menace: l'assiette des Occidentaux. En effet, avec l'explosion de la demande pour l'avocat, fruit star des régimes végétariens, les plantations émergent aux quatre coins du Kenya.

La réserve kényane de Kimana, qui est située au pied du Kilimandjaro, au coeur de l'écosystème d'Amboseli, est l'une des plus riches en biodiversité d'Afrique. Mais les dizaines d'éléphants qui y vivent sont menacés.

"Ces animaux sont tellement importants. C'est grâce à eux que nous avons du travail. Nous dépendons donc l'un de l'autre. Ce que nous avons en commun, c'est cette terre", témoigne le ranger Daniel Kutata lundi dans l'émission Tout un monde.

Mais cette terre sauvage est de plus en plus prisée par les sociétés agricoles. Il y a quelques mois, les éléphants ont vu émerger sur leur territoire une plantation d'avocats de 73 hectares clôturés et électrifiés, la ferme KiliAvo.

Un millier d'éléphants en dehors du parc

Sur le territoire de l'Amboseli, au pied du Kilimanjaro au Kenya, on compte 2000 éléphants. [BEN CURTIS - KEYSTONE]Sur le territoire de l'Amboseli, au pied du Kilimanjaro au Kenya, on compte 2000 éléphants. [BEN CURTIS - KEYSTONE]"KiliAvo est juste là, pile au milieu du corridor pour les animaux. Dans cette région, nous avons plus de 2000 éléphants, mais le parc d'Amboseli ne peut nourrir qu'une centaine d'entre eux", décrit Daniel Ole Sambu, employé de la Fondation Big Life, qui lutte pour la préservation de l'écosystème d'Amboseli. "Plus d'un millier d'éléphants restent donc en dehors du parc sur les terres des communautés où ils trouvent de quoi manger en quantité. S'ils perdent cet espace, ils perdront leur source de nourriture et d'eau et ils mourront."

Autre signe que cette ferme gêne leur passage, les éléphants ont enfoncé à trois reprises la clôture de la plantation. La faune, mais aussi la vie des Massaïs, tribu pastorale qui vit de l’élevage depuis des siècles, est menacée.

Si on fait de l'agriculture ici, cela pourrait nous anéantir, nous, les Massaïs

Samuel Kaanki président de l'association regroupant les propriétaires Massaïs de la réserve d'Amboseli

"Après le partage du territoire massaï, certains ont commencé à vendre leurs parcelles de terre. Et des gens de Nairobi les ont achetées pour y développer de l'agriculture de masse. KiliAvo bloque le passage des éléphants mais aussi de nos troupeaux. C'est une zone de pâturage pour nos chèvres, nos moutons. Si on fait de l'agriculture ici, cela pourrait nous anéantir, nous, les Massaïs", témoigne Samuel Kaanki, qui préside l'ALOCA, une association qui regroupe les propriétaires massaïs de la réserve d'Amboseli.

Pour des millions de francs d'exportations d'avocats

A la ferme KiliAvo, Jeremiah Shuaka Saalash, l'un des propriétaires qui partage ce terrain avec trois autres Kényans, des investisseurs habitant la capitale, explique qu'il s'agit d'un terrain privé. "Nous, les propriétaires, avons développé ce terrain, car il était en friche depuis longtemps. Nous avons démarré les opérations l'an dernier. Nous avons mis en terre environ 2000 plants d’avocatiers. Tout le monde cherche à faire de l'argent. Nous, nous sommes novices sur le marché de l'avocat, donc on tente notre chance."

Nous, les propriétaires, avons développé ce terrain, car il était en friche depuis longtemps

Jeremiah Shuaka Saalash, l'un des propriétaires

Les avocats sont devenus très rentables depuis l'explosion de la demande mondiale. En 2020, leurs exportations ont rapporté plus de 127 millions de dollars (115,9 millions de francs) au Kenya. Si la production est rentable, elle est dévastatrice dans un environnement aride comme celui-ci. En effet, mille litres d'eau sont nécessaires pour produire un seul kilo d'avocats. Et dans la réserve, l'eau est pompée dans la nappe phréatique.

"Nous utilisons de l'eau souterraine. Nous avons deux forages. Les réservoirs nous permettent d'arroser la plantation. Depuis que je suis né, il y a toujours eu de l'eau ici. Les gens disent que si nous continuons les forages dans la région, il n'y aura plus d'eau, mais c'est un mensonge", souligne Jeremiah Shuaka Saalash.

Emplois touristiques en jeu

Le président de l'ALOCA Samuel Kaanki dénonce une vision à court terme. "Si nous les laissons continuer, nous perdrons le contrôle. D'autres vont venir monter des fermes agricoles et nous perdrons notre bétail et notre mode de vie de Massaï. Ici, l'agriculture n'est pas durable. La région étant semi-aride, elle ne peut être utilisée que pour la faune et l'élevage."

En outre, si les Massaïs vivent principalement de l'élevage, le tourisme est une seconde source de revenus essentielle pour la communauté. Il emploie 1300 personnes, faisant vivre des milliers de foyers.

Les Masais vivent principalement de l'élevage.  [DANIEL IRUNGU - KEYSTONE]Les Masais vivent principalement de l'élevage. [DANIEL IRUNGU - KEYSTONE]Dans le Bush Camp d'Amboseli, un campement touristique, le guide massaï Dickson Parmuya Timoye a revêtu sa shuka traditionnelle à carreaux rouges et noirs. "J'y travaille depuis 2013", raconte-t-il. "Je suis guide pour des touristes étrangers. La plupart des membres de ma famille sont serveurs, s'occupent des chambres ou ils sont rangers. On est nombreux à travailler dans les hôtels. Et cela, c'est grâce aux animaux."

Une première victoire judiciaire

Il le sait, sans ces paysages et cette faune sauvage, les touristes ne reviendront pas. "Les touristes viennent de l'étranger pour expérimenter la vie de brousse et voir les animaux. Ils ne viennent pas pour voir des fermes. C'est pourquoi il faut que le gouvernement fasse cesser cette agriculture. Nous avons tellement besoin des animaux."

Les touristes viennent de l'étranger pour expérimenter la vie de brousse et voir les animaux. Ils ne viennent pas pour voir des fermes

Dickson Parmuya Timoye, guide Masai

Les Massaïs viennent de remporter une première bataille judiciaire face aux avocats. La justice a en effet levé la licence de la ferme KiliAvo. La plantation doit donc cesser ses opérations. Mais la bataille judiciaire se poursuivra sans doute en appel. En attendant, les éléphants se demandent s'ils pourront encore longtemps gambader sereinement à l'ombre du Kilimandjaro.

Reportage radio: Charlotte Simonart

Adaptation web: Valentin Jordil

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La réserve de Kimana, au Kenya