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Les Etats-Unis de retour en première ligne sur le front du climat

Les Etats-Unis réintègrent les discussions autour du réchauffement climatique (vidéo) [RTS]
Les Etats-Unis réintègrent les discussions autour du réchauffement climatique (vidéo) / L'éclairage d'actualité / 3 min. / le 20 avril 2021
Après quatre ans d’absence, les Etats-Unis vont marquer jeudi leur retour en première ligne dans la lutte contre le réchauffement climatique. Le sommet virtuel sur deux jours qu'ils ont convoqué est l'occasion pour Joe Biden de prendre le leadership de ce combat.

Le président américain a invité 40 dirigeants, dont les présidents chinois et russe, à participer à ce rendez-vous qui se tient à l’occasion de la Journée de la Terre et cinq ans jour pour jour après l’ouverture de la ratification de l’Accord de Paris.

Joe Biden compte dévoiler un plan d’investissements de 2000 milliards de dollars pour montrer l'exemple. Il s'agit aussi de prouver au reste du monde que les Etats-Unis sont des partenaires fiables.

Ce qui va être déterminant, c'est dans quelle mesure Joe Biden arrivera à faire passer des mesures pérennes.

Carole Mathieu, chercheuse à l'Ifri. [Ifri]
Carole Mathieu

Car "le problème, avec les Etats-Unis, est l'alternance politique", souligne Carole Mathieu, chercheuse à l'Institut français des relations internationales (Ifri), dans La Matinale de la RTS. "Ce qui va vraiment être déterminant, c'est dans quelle mesure Joe Biden arrivera à faire passer sur le plan domestique des mesures qui soient pérennes", explique-t-elle. "On sait que si dans quatre ans on a un nouveau président climato-sceptique, il suffira de revenir sur ces engagements".

Pour la chercheuse, il faudrait arriver à faire passer des mesures au Congrès, notamment en utilisant le levier budgétaire, en proposant un plan de financement des infrastructures. Mais il faudra aussi traiter le volet réglementaire. "Et là, il y aura possiblement plus d'oppositions de la part des républicains".

Préparer le terrain à la COP 26 de Glasgow

Ce retour des Etats-Unis au premier rang de la lutte contre le réchauffement climatique intervient aussi à un moment crucial. La COP 26 se tiendra en novembre prochain à Glasgow, en Ecosse. Elle a pour objectif de fixer de nouveaux engagements à la hausse et le sommet organisé par Joe Biden va donc faire office d'accélérateur dans cette perspective.

C'est toute l'année 2021 qui est elle-même une échéance.

Carole Mathieu, chercheuse à l'Ifri. [Ifri]
Carole Mathieu

"On n'est pas dans un scénario comme celui de la COP 21 en 2015 où on cherchait à former un accord. Là, c'est toute l'année 2021 qui est elle-même une échéance", souligne Carole Mathieu. "Il faut donc que, d'ici novembre, on ait le plus possible de révisions des engagements pour 2030. Et aujourd'hui, on en est très, très loin".

>> Ecouter également l'nterview de Mathias Schlegel, porte-parole pour Greenpeace Suisse, dans le 12h30:

Mathias Schlegel, porte parole de Greenpeace. [RTS]RTS
Le sommet du climat marque le retour des Etats-Unis dans la lutte écologique: interview de Mathias Schlegel / Le 12h30 / 2 min. / le 22 avril 2021

A ce stade, il n'y a en effet guère que l'Europe, l'Argentine ou le Chili qui ont franchi le pas. Les autres pays sont dans le statu quo, voire dans un retour en arrière.

Sur la plan intérieur, il s'agit aussi pour Joe Biden de savoir si la société américaine est disposée à faire plus d'efforts pour le climat. Mais la politologue Nicole Bacharan remarque que les mentalités évoluent et que la question climatique commence à dépasser les clivages politiques.

Les Américains voient d'année en année une aggravation de phénomènes climatiques très inquiétants.

Nicole Bacharan, politologue "Donald Trump n'est pas un phénomène passager. Il a galvanisé sa base et a su convaincre." [RTS]
Nicole Bacharan

Manifestants en soutien au plan de Joe Biden pour les infrastructures à Kansas City. [Ed Zurga - Getty Images/AFP]Manifestants en soutien au plan de Joe Biden pour les infrastructures à Kansas City. [Ed Zurga - Getty Images/AFP]"Beaucoup d'Etats comme les Etats du sud, la Floride, la Californie, subissent très durement des conséquences immédiates du réchauffement climatique", souligne cette spécialiste des Etats-Unis. "Donc la préoccupation ne peut faire que grandir, parce qu'on le vit au quotidien et qu'on voit d'année en année une aggravation de phénomènes climatiques très inquiétants"

Impératif climatique et opportunité économique

Ce sommet sera donc pour le président américain l'occasion de plaider que la lutte contre le changement climatique est un impératif vital, mais aussi une immense opportunité économique, des emplois et de la croissance.

>> Ecouter aussi le sujet dans La Matinale:

Joe Biden avait signé d'importants engagements en matière de climat dès le 27 janvier. [Mandel Ngan - AFP]Mandel Ngan - AFP
Les Etats-Unis de retour en première ligne sur le front du climat / La Matinale / 1 min. / le 22 avril 2021

Foued Boukari/oang

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La décarbonisation, "une sorte de marathon"

Pour l'ancien directeur de l'OMC Pascal Lamy, la grande question est de savoir comment les Américains et les autres pays vont faire pour que leurs économies se décarbonent de manière extrêmement significative afin d'atteindre les objectifs vers 2050-2060.

Cette une sorte de marathon, reconnaît le Français, qui est également ancien commissaire européen. "Mais un marathon assez particulier", précise-t-il. "Ici, on commence doucement, mais il va falloir accélérer, accélérer, au fur et à mesure qu'on s'approchera de la ligne 2050. Et ça, c'est un effort énorme pour tous nos systèmes de production de biens et de services, le problème étant que l'économie va rester globalisée mais avec des prix du carbone qui vont poser des problèmes d'échanges internationaux".

>> L'interview de Pascal Lamy dans La Matinale:

L'invité de La Matinale (vidéo)- Pascal Lamy, ancien président de l'OMC [RTS]
L'invité de La Matinale (vidéo)- Pascal Lamy, ancien président de l'OMC / L'invité-e de La Matinale (en vidéo) / 10 min. / le 21 avril 2021

Le président chinois a confirmé sa participation

Pékin a confirmé mercredi la participation du président chinois Xi Jinping au sommet virtuel organisé cette semaine par Joe Biden.

La Chine et les Etats-Unis sont les deux premiers émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre, à l'origine du réchauffement planétaire. Leur entente est donc cruciale pour la réussite des efforts internationaux entrepris pour réduire ces émissions.

Xi Jinping "prononcera en ligne depuis Pékin" un "important discours" lors du sommet virtuel de jeudi-vendredi, a indiqué le ministère chinois des Affaires étrangères, mettant fin à une certaine incertitude quant à sa participation.

Washington et Pékin s'étaient déjà engagés samedi à "coopérer" sur le changement climatique, à l'issue d'une visite à Shanghai de l'émissaire américain pour le climat, John Kerry, qui y a rencontré son homologue chinois Xie Zhenhua..

>> Lire: Washington et Pékin s'engagent "à coopérer" sur la question climatique