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En France, l'Assemblée débat sur l'euthanasie, mais sans parvenir à une conclusion

"Ultime liberté" contre "rupture éthique": l'Assemblée nationale française a débattu jeudi de l'euthanasie dans une atmosphère polémique sans parvenir, malgré un large soutien, à voter sur un texte complet faute de temps face à des milliers d'amendements. [JACOPO LANDI/HANS LUCAS - AFP]
France: débat douloureux et sans conclusion à l'Assemblée sur le droit à l'euthanasie / La Matinale / 1 min. / le 9 avril 2021
"Ultime liberté" contre "rupture éthique": l'Assemblée nationale française a débattu jeudi de l'euthanasie dans une atmosphère polémique sans parvenir, malgré un large soutien, à voter sur un texte complet faute de temps face à des milliers d'amendements.

Le débat s'est arrêté peu après minuit, une règle pour les journées réservées à des groupes parlementaires pour présenter leurs propres textes.

L'examen de la proposition de loi ouvrant un droit à "une fin de vie libre et choisie" du député Olivier Falorni, du groupe Libertés et Territoires, n'y a pas échappé: avec plus de 3000 amendements pour la plupart destinés à la contrer, les travaux n'ont pas dépassé l'article premier.

Bertrand Pancher, patron de ce groupe d'opposition, a plaidé pour que cette proposition soutenue par un grand nombre d'élus, notamment dans la majorité, "soit reprise par le gouvernement" pour déboucher sur une loi.

"Message fort" pour Olivier Falorni

A défaut d'un scrutin final dans le temps imparti, le texte a reçu un large aval de fait lors du vote, 240 voix pour, 48 contre et 13 abstentions, en fin de soirée d'un amendement de Guillaume Chiche (ex-LREM, non inscrit) qui en reprenait des points centraux sur "l'assistance médicalisée à mourir" ou la clause de conscience pour les médecins.

Olivier Falorni s'est félicité d'un "message fort", même si "l'obstruction ne permet pas d'aller au bout du texte".

Le député de Charente-Maritime avait été accueilli dans l'hémicycle par un tonnerre d'applaudissements de ses partisans, présents sur tous les bancs. Les Français "sont une immense majorité à être favorables au droit à l'euthanasie", une "ultime liberté", a-t-il lancé. Il a fustigé les milliers d'amendements à son texte, placés symboliquement en pile devant lui, visant à "empêcher l'Assemblée de voter" sur l'ensemble de la proposition dans le délai imparti.

Le ministre de la Santé "pas convaincu"

Le ministre de la Santé Olivier Véran s'est en revanche déclaré personnellement "pas convaincu qu'il faille ouvrir aujourd'hui ce débat d'envergure", citant notamment le lourd contexte de la pandémie de Covid-19. "Le débat mérite d'avoir lieu, ça ne fait aucun doute" mais il a "besoin de temps", sur un sujet aussi "sensible", a estimé Olivier Véran.

Il a toutefois promis une meilleure application de la loi actuelle, dite Claeys-Leonetti, qui prévoit une sédation profonde et continue pouvant mener à la mort, mais sans euthanasie active.

Clivage dans tous les partis

Les clivages sur ce sujet douloureux et passionnel ont traversé tous les groupes politiques. Parmi ses soutiens, les présidents de quatre groupes parlementaires: Jean-Luc Mélenchon (LFI), Valérie Rabault (PS), Olivier Becht (Agir) et Bertrand Pancher (Libertés et territoires).

Quelque 2300 amendements émanaient d'une poignée de députés LR, qui ont mené une longue guérilla rendant illusoire toute possibilité de vote final avant minuit. Parmi eux Xavier Breton a dénoncé "une aide au suicide" et la "transgression d'un interdit"

Les partisans du texte soulignent que l'euthanasie active avec assistance médicale est déjà permise en Belgique, en Suisse et aux Pays-Bas, et que l'Espagne et le Portugal viennent de légiférer en sa faveur.

>> Relire: L'Espagne devient le quatrième pays de l'UE à autoriser l'euthanasie

Emmanuel Macron n'avait pas pris d'engagement en 2017 sur ce sujet, hormis indiquer qu'il préférerait personnellement choisir sa fin de vie.

Joëlle Meskens/Valérie Hauert/Valentin Jordil avec agences

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Hélène Hurpy: "Il y a un manque d'audace de la part des autorités politiques"

Invitée vendredi dans La Matinale, Hélène Hurpy, maître de conférences en droit public à l'Université de Toulon, explique l'échec du débat sur la proposition de loi sur l’euthanasie à l'Assemblée nationale (lire ci-dessus) par plusieurs facteurs.

"La France, par rapport à d'autres de ses voisins, a du mal à se saisir de ces questions. Et parce que ce n'était pas l'un des objectifs affichés du programme d'Emmanuel Macron. Comme l'élection présidentielle a lieu l’année prochaine, ce n'est pas une priorité pour la majorité gouvernementale et présidentielle."

>> Relire: A un an du premier tour de la présidentielle française, tout est ouvert

L'attente dans la population française est très grande. Selon un récent sondage, au moins 90% des Français sont favorables à l'idée de légiférer sur la question. "Il y a un manque d'audace de la part des autorités politiques à se saisir de ces questions éminemment complexes, à ne pas vouloir froisser une partie de leur électorat", explique Hélène Hurpy.

Selon elle, le débat pourrait ainsi rebondir après l'élection présidentielle de 2022.

>> Son interview complète dans La Matinale:

Euthanasie, les différences juridiques politiques et culturelles: interview d’Hélène Hurpy (vidéo) [RTS]
Euthanasie, les différences juridiques politiques et culturelles: interview d’Hélène Hurpy (vidéo) / La Matinale / 9 min. / le 9 avril 2021

Des personnalités prennent position

Des voix célèbres s'étaient élevées ces derniers jours dans les deux camps comme la comédienne Line Renaud pour appuyer "un progrès essentiel". Celle qui est également marraine de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) s'est confiée à France 2 en indiquant: "Quand il n'y a plus de qualité de vie, mais de la souffrance à la place, on aide à partir."

Quant à l'écrivain Michel Houellebecq, il estime dans une tribune parue dans Le Figaro qu'avec cette loi, la France perdrait "tout droit au respect".