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La Chine fait pression pour étendre la reconnaissance de ses vaccins

La Chine impose son vaccin aux résidents étrangers et aux voyageurs (vidéo) [RTS]
La Chine impose son vaccin aux résidents étrangers et aux voyageurs (vidéo) / L'éclairage d'actualité / 3 min. / le 31 mars 2021
Après plus d’un an de quasi-fermeture de ses frontières, Pékin veut faciliter l’entrée de certains ressortissants étrangers et voyageurs. Ceux-ci devront néanmoins être vaccinés avec un sérum chinois pour entrer dans le territoire, alors même que les produits chinois ne sont pas homologués, et donc indisponibles, dans la plupart des pays occidentaux.

En refusant de reconnaître des vaccins autre que les siens, la Chine tente un coup de force. Pékin, qui a déjà exporté ses sérums dans plus de 28 pays, a beau être aux avant-postes avec sa diplomatie du vaccin, aucun de ses produits n'a pour l'heure été approuvé par l'OMS car les résultats des essais n'ont pas été publiés intégralement.

L'efficacité des sérums chinois interroge. Des tests menés au Brésil ont par exemple révélé un taux d'efficacité de 50,4% pour le vaccin Sinovac, loin des 78% annoncés par le fabricant. Ces résultats confus peinent à rivaliser avec les 95% d'efficacité du Pfizer/BioNTech.

Selon le directeur du programme de santé globale à l'Eurasia Group Scott Rosenberg, l'Union européenne, les Etats-Unis et les différents pays qui songent à instaurer un passeport vaccinal ne voudront vraisemblablement pas inclure les vaccins chinois dans leur document.

Les fabricants chinois rechignent en effet à publier l'ensemble des résultats de leurs essais cliniques. En l'absence de telles données, de nombreux acteurs considéreront que leurs produits ne remplissent pas les conditions minimales requises.

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"La Chine tente donc actuellement d'anticiper et de prévenir ces décisions", affirme Scott Rosenberg.

En conditionnant l'entrée sur son territoire à l'inoculation d'un produit "Made in China", la Chine accroît la pression sur l'Occident en particulier. Pékin se dit d'ailleurs prêt à discuter de la reconnaissance mutuelle et réciproque des vaccins.

Un pari risqué

Il y a pourtant peu de chance que les régulateurs occidentaux valident les produits chinois sans données cliniques.

Pour Nicholas Thomas, professeur en sécurité sanitaire à la City University de Hong Kong, la Chine voit plus large. Elle anticipe la création d'un passeport vaccinal global chapeauté par l'OMS, dont elle ne veut pas être exclue.

Selon le professeur, "plus le nombre d'Etats membres ayant recours aux produits chinois sera élevé, plus la probabilité que ces Etats votent en faveur de l'intégration des vaccins chinois au passeport vaccinal global de l'OMS sera grande".

>> Réécouter le sujet de Tout un monde l'acceptation du vaccin chinois par la Hongrie:

Viktor Orban recevant le vaccin chinois. [Viktor Orban Facebook - Viktor Orban Facebook via AP/Keystone]Viktor Orban Facebook - Viktor Orban Facebook via AP/Keystone
Coronavirus: la Hongrie a fait le choix du vaccin Chinois et Russe / Tout un monde / 4 min. / le 10 mars 2021

"L'Europe et les Etats-Unis vont probablement résister", estime Nicholas Thomas. "Il y a une réelle possibilité que si les entreprises chinoises s'entêtent à ne pas publier leurs résultats, on assiste à une fragmentation du monde. Cela entravera la reconnaissance réciproque des vaccins et donc la réouverture aux voyages et aux affaires dans la période post-pandémique."

Afin d'éviter ce scénario, les entreprises chinoises doivent partager leurs données, ajoute encore le spécialiste.

Enjeu de pouvoir

Le refus de la Chine de publier, pour l'heure, ces données est interprétée par certains comme un aveu de faiblesse.

"Je ne vois pas pourquoi ils refuseraient de publier leurs résultats, si ce n'est parce qu'ils essaient encore de les améliorer", avance Nicholas Thomas. "La technique à laquelle recourt la plupart des entreprises chinoises a fait ses preuves. Leurs vaccins fonctionnent probablement."

L'efficacité des sérums est un enjeu central pour le pouvoir à Pékin.

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"La diplomatie du vaccin de la Chine vise notamment à démontrer les prouesses scientifiques dont elle est capable", analyse Scott Rosenberg. "L'objectif est de montrer que c'est une puissance scientifique. Or si les vaccins chinois sont critiqués et si les pays les excluent de leur passeports vaccinaux, Pékin aura failli à son objectif."

Pour la Chine, il est donc question d'honneur et de prestige. Son pari risque toutefois de compliquer les voyages et les échanges, ainsi que de creuser davantage le fossé Est-Ouest.

mp/iar

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