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Ces tribus amérindiennes dont la culture est menacée par le Covid-19

La culture de la tribu indienne autochtone Winnebago est basée sur une transmission orale. [Raphael Grand - RTS]
Coronavirus: la tribu autochtone des Winebago est fortement touchée par la crise / Tout un monde / 6 min. / le 18 février 2021
Aux Etats-Unis, les tribus indiennes autochtones sont particulièrement vulnérables face à la pandémie de Covid-19. En emportant les anciens, le virus menace la culture orale dont ils sont les gardiens. Reportage au Nebraska dans la petite tribu Winnebago.

Avec plus de 27 millions de personnes contaminées et plus de 480'000 morts, les Etats-Unis sont le pays le plus durement touché par la pandémie de Covid-19.

Mais le virus frappe plus durement les tribus indiennes autochtones. Ainsi, les Navajos, les Sioux ou les Cherokees ont connu un haut taux de contamination et de décès, deux fois plus élevé que chez la population blanche. De quoi faire remonter certains souvenirs anciens, comme les épidémies de varioles qui ont ravagé des communautés entières.

Au Nebraska, la tribu Winnebago se bat sans relâche contre la pandémie. Son petit hôpital contient treize lits, et aucune structure de soins intensifs. "Nous avons encore un long chemin à parcourir pour battre la pandémie, mais ça se passe bien", explique Danelle Smith, directrice de l'hôpital. "Et j'essaie d'encourager tout le monde à recevoir le vaccin, car c'est le seul outil que nous ayons pour combattre cette pandémie."

Lorelei Decora, 66 ans, est l'une des cheffes de la tribu Winnebago. Malgré des décès au sein de la petite tribu, elle reste optimiste pour l'avenir. Car le coronavirus n'est pas le premier virus auquel les Winnebago font face.

Lorelei Decora, membre du conseil de la tribu Winnebago. [Raphael Grand - RTS]Lorelei Decora, membre du conseil de la tribu Winnebago. [Raphael Grand - RTS]

"Nous avons survécu à la variole, à la rougeole, à la grippe espagnole, au sida. Ce virus est un défi pour notre génération, mais nous savons que nous allons le vaincre. Nous l'avons déjà vaincu spirituellement. C'est pour cela que l'on a prié, afin que les scientifiques trouvent un vaccin."

On dit parfois que lorsqu’un ancien meurt, c’est une bibliothèque qui brûle.

Kevin Abourezk, activiste et journaliste

Au-delà des vies, c'est leur culture que les tribus indiennes ont peur de perdre. Car, comme l'explique Kevin Abourezk, activiste et journaliste, c'est oralement que les anciens des tribus transmettent leur savoir aux jeunes générations. Or, ce sont les anciens qui sont le plus touchés par la pandémie.

"Nous avons peu de choses écrites. Vous devez imaginer que, chaque fois qu'une personne âgée meurt, nous perdons tout ce que cette personne connaissait au sujet de notre culture et de l'histoire de la tribu. C'est une perte terrible. On dit parfois que lorsqu'un ancien meurt, c'est une bibliothèque qui brûle."

Kevin Abourezk, activiste, journaliste, en charge d’un site internet spécialisée sur les question indiennes.  [Raphael Grand - RTS]Kevin Abourezk, activiste, journaliste, en charge d’un site internet spécialisée sur les question indiennes. [Raphael Grand - RTS]

C'est pour protéger leur culture que la plupart des tribus ont commencé à vacciner les anciens, avant le personnel soignant. "Si nous perdons cette base de données qui se trouve dans chaque membre de la tribu, nous et les générations suivantes, nos enfants et nos arrières-petits-enfants, aurons perdu notre identité."

Chez les Winnebago, la langue parlée s'appelle le "Ho-Chunk". "Actuellement, il reste probablement moins de 100 personnes qui parlent couramment le Ho-Chunk", regrette Lewis St-Cyr, alias Blue Bird ("Oiseau bleu"), membre de la tribu.

Une toile montrant la transmission orale du savoir des anciens aux nouvelles générations. [Raphaël Grand - RTS]Une toile montrant la transmission orale du savoir des anciens aux nouvelles générations. [Raphaël Grand - RTS]

"Notre langue est l'esprit de notre culture. On l'utilise dans nos cérémonies, nos traditions, nos systèmes de croyances. Quand la pandémie ne nous permet plus de nous regrouper ensemble, cette langue, qui nous lie, s'efface."

Une langue qui ne donne pas de nom au virus, pour ne pas lui accorder de pouvoir, et de le garder éloigné des traditions ancestrales, explique Blue Bird.

Lewis St. Cyr, alias "Blue bird", explique la langue Ho-Chunk. [Raphael Grand - RTS]Lewis St. Cyr, alias "Blue bird", explique la langue Ho-Chunk. [Raphael Grand - RTS]

Les tribus indiennes autochtones se battent contre les épidémies depuis des générations. Dès l'arrivée des Blancs, il a fallu apprendre à se protéger. À l'arrivée du coronavirus, la tribu Winnebago, avec son gouvernement indépendant, a donc très vite pris des mesures, comme le port du masque et l'abandon de certains rituels. Certaines tribus ont installé des check points pour limiter l'entrée des visiteurs.

Certaines tribus, comme les Omahas, limitent l'accès. [Raphael Grand - RTS]Certaines tribus, comme les Omahas, limitent l'accès. [Raphael Grand - RTS]

La cheffe Lorelei Decora a déjà reçu sa première injection du vaccin Pfizer et devrait bientôt avoir la seconde. D'ici avril ou mai, 80% de la tribu Winnebago devrait avoir été vaccinée. Sans doute un record de rapidité comparé au reste du pays.

>> Ecouter une chanson traditionnelle en Ho-Chunk qui célèbre les anciens guerriers de la tribu Winnebago:

Raphaël Grand / Mouna Hussain

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