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La censure de Donald Trump par les géants du web dérange l'Europe

L'exclusion du président Trump des réseaux sociaux provoque un séisme politique et ouvre la tentation d'une censure numérique [RTS]
L'exclusion du président Trump des réseaux sociaux provoque un séisme politique et ouvre la tentation d'une censure numérique / 19h30 / 1 min. / lundi à 19:30
Alors que le réseau social ultraconservateur Parler, prisé des partisans de Donald Trump, est hors service depuis lundi, les décisions unilatérales de censure par les géants du web provoquent le malaise dans plusieurs pays européens, France et Allemagne en tête.

Selon un outil de vérification en ligne de référence, Parler est hors ligne depuis minuit (9h ce matin en Suisse), ce qui laisse à penser que ses propriétaires n'ont pas été en mesure de trouver un nouvel hébergeur pour l'instant.

Amazon avait annoncé ce week-end dans une lettre adressée au site conservateur qu'il allait lui couper l'accès à ses serveurs, expliquant avoir "observé récemment une augmentation persistante de contenus violents". En retour, Parler a annoncé lundi porter plainte contre Amazon. Apple et Google avaient auparavant retiré de leurs plateformes de téléchargement d'applications le réseau social où proliféraient, selon eux, "menaces de violences" et "activités illégales".

>> Ecouter le sujet de la Matinale sur le réseau Parler:

La suppression du compte Twitter de Donald Trump provoque des remous en Europe, où l'on estime que ce n'est pas aux géants du web de contrôler la liberté d'expression. [Michael Reynolds - Keystone/EPA]Michael Reynolds - Keystone/EPA
Le réseau social ultraconservateur Parler est hors service depuis lundi / La Matinale / 1 min. / lundi à 06:00

Déjà en plein essor, Parler avait accueilli ces derniers jours de nombreux nouveaux abonnés ulcérés par la décision de Twitter de bannir de façon permanente le compte de Donald Trump. Au lendemain de cette décision, samedi dernier, Parler était ainsi l'application la plus téléchargée aux Etats-Unis sur la plateforme d'Apple.

>> Plus d'infos: Twitter suspend le compte de Donald Trump de façon permanente

"Problématique" pour Angela Merkel

La décision de Twitter, mais aussi celles de Facebook, Instagram, Snapchat ou Twitch de suspendre (temporairement pour ces dernières) le profil du locataire de la Maison Blanche commencent à provoquer un certain malaise, notamment en Europe. Lundi, la chancelière allemande Angela Merkel a ainsi jugé "problématique" la fermeture des comptes du président sortant, a indiqué son porte-parole Steffen Seibert.

"Il est possible d'interférer dans la liberté d'expression, mais selon les limites définies par le législateur et non par la décision d'une direction d'entreprise. La liberté d'expression est un droit fondamental d'importance élémentaire", a souligné le porte-parole du gouvernement allemand. Si les plateformes "ont une très grande responsabilité" et "ne doivent pas rester sans agir" face à des contenus haineux ou violents, il devrait revenir au législateur de "définir un cadre dans lequel la communication sur les réseaux sociaux puisse se faire", a-t-il encore insisté.

Le commissaire européen Thierry Breton, de son côté, a exprimé sa "perplexité" après la décision "sans contrôle légitime et démocratique" des réseaux sociaux.

Bannissement quasi-unanimement condamné en France

La réaction la plus forte est venue de la France. "La régulation des géants du numérique ne peut pas se faire par l'oligarchie numérique elle-même", a ainsi déclaré lundi le ministre de l'Economie Bruno Le Maire. Se disant choqué par cette décision, le locataire de Bercy a dénoncé sur la radio France Inter la menace de cette "oligarchie digitale" pour les Etats et les démocraties et affirmé que le peuple souverain, les Etats et la justice sont seuls légitimes pour établir la régulation des géants du numérique.

Le porte-parole du gouvernement français Gabriel Attal s'est lui dit "mal à l'aise" sur Europe 1 et a estimé que "réduire au silence" une personne sur les réseaux sociaux, devenus "une forme d'espace public", pose question en "l'absence de critères spécifiquement établis" par la loi. Il a souligné la différence entre modérer un contenu et empêcher une personne de s'exprimer.

Des politiques de tous bords ont dénoncé le rôle de censeurs pris par des entreprises privées dans un espace numérique que certains estiment devenu public, du chef de file de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon à la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen, en passant par le premier secrétaire du PS Olivier Faure.

>> Voir l'analyse de la spécialiste en cybersécurité Solange Ghernaouti dans le 19h30:

La spécialiste en cybersécurité Solange Ghernaouti sur les enjeux de la puissance des GAFAM. [RTS]
La spécialiste en cybersécurité Solange Ghernaouti sur les enjeux de la puissance des GAFAM. / 19h30 / 2 min. / lundi à 19:30

agences/Vincent Cherpillod

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Le fondateur de Parler veut redémarrer

Lancé en 2018, le réseau social Parler fonctionne un peu comme Twitter, avec profils à suivre et "parleys" au lieu de tweets. La liberté d'expression est son leitmotiv. Basée dans le Nevada, il a été lancé par John Matze, un ingénieur informatique, et Rebekah Mercer, une importante donatrice du parti républicain. Il attirait surtout, à ses débuts, des franges ultra-conservatrices voire d'extrême droite, mais accueillait aussi récemment des voix républicaines plus traditionnelles, comme le parlementaire Devin Nunes ou la gouverneure du Dakota du Sud Kristi Noem.

"Tous nos partenaires nous ont laissé tomber"

Dans une interview donnée dimanche à Fox News, son cofondateur John Matz a admis que la remise en route du site pourrait prendre du temps. "Tous nos partenaires, ceux qui gèrent les sms, les e-mails, nos avocats, nous ont laissé tomber le même jour", a-t-il déploré. "On va faire tout ce qu'on peut pour revenir en ligne le plus rapidement possible, mais tous les fournisseurs que nous contactons nous disent qu'ils ne veulent pas travailler avec nous si Apple ou Google n'approuve pas", a-t-il expliqué. Et il est difficile de trouver "300 à 500 serveurs informatiques en 24 heures".

John Matz avait accusé samedi les géants du web de mener une guerre contre la liberté d'expression. "Ils ne gagneront pas! Nous sommes le dernier espoir du monde pour la liberté d'expression et la libre information", avait-il déclaré.

D'autres réseaux sociaux dans le viseur

Les géants du web ayant clairement fait savoir qu'ils séviraient contre les sites et applications continuant à relayer des messages extrêmes, les réseaux sociaux conservateurs vont probablement devoir s'ajuster. Le service de vidéos en direct DLive, utilisé par plusieurs manifestants lors de l'invasion du Capitole mercredi, a ainsi banni sept chaînes et retiré plus de 100 vidéos de son site.

Certains pourraient choisir de faire comme un autre réseau social en vogue chez les ultra-conservateurs, Gab. La plateforme avait notamment fait polémique en 2018 quand il avait été découvert que l'auteur d'une fusillade qui avait fait 11 morts dans une synagogue de Pittsburgh y avait posté de nombreux messages antisémites. Déjà indésirable chez Apple et Google, Gab a mis en place ses propres serveurs pour ne pas dépendre de sociétés extérieures.

Les publications contenant "Stop The Steal" retirées

Tous les messages contenant "Stop The Steal" (Arrêtez le vol), slogan des partisans de Donald Trump hostiles à l'investiture de Joe Biden à la présidence des Etats-Unis, vont être retirés de Facebook, a annoncé lundi le réseau social sur un blog.

La mesure s'appliquera également à Instagram, propriété de Facebook.

Le groupe considère les deux prochaines semaines comme un "événement civique majeur" et prendra des mesures supplémentaires afin de prévenir la circulation de fausses informations ou toute forme d'incitation à la violence.

Facebook a également annoncé dans la journée qu'il suspendait jusqu'à la fin du trimestre au moins le versement de contributions financières à des comités d'action politique.