Modifié

La gestion de la santé publique va devenir "un enjeu électoral fondamental"

Bruno Cautrès s'exprime sur les liens entre rapidité de vaccination et intérêts politiques (vidéo) [RTS]
Bruno Cautrès s'exprime sur les liens entre rapidité de vaccination et intérêts politiques (vidéo) / L'invité-e d'actualité / 7 min. / le 5 janvier 2021
Pour les dirigeants, l’enjeu de la vaccination n’est pas seulement sanitaire, il est également politique, voire électoral. Les gouvernements "n’ont pas le droit à l’erreur", selon le politologue et chercheur au CNRS Bruno Cautrès, qui était l'invité de La Matinale mardi.

La vaccination s'invite dans le calendrier politique, notamment à l'approche de plusieurs échéances électorales en Israël (élections législatives en mars 2021) ou en France (présidentielle en avril 2022).

"Lorsqu’on regarde l’évaluation que font les Français de l’action du gouvernement durant toute la crise, elle est globalement négative, voire très négative. (...) Dans la perspective de 2022, Emmanuel Macron ne peut pas rater ce rendez-vous (vaccination, n.d.l.r.)", juge Bruno Cautrès, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).

Redorer l'image d'un exécutif

Car dans une France "pessimiste", avec une "vision noire de l’avenir" et en crise depuis l'automne 2018, les maladresses de la part de l'exécutif se sont enchaînées. "On a eu des difficultés sur les masques, au début, qui a véritablement été, pour la population, le témoignage d’un grand cafouillage du point de vue de l’Etat. On n’a pas clairement réussi les tests, pas du tout réussi l’isolement des personnes contaminées".

>> Ecouter aussi le sujet de La Matinale sur la polémique face à la lenteur de la vaccination en France:

Olivier Veran, ministre de la santé français.  [JULIEN MATTIA - AFP]JULIEN MATTIA - AFP
La polémique enfle face à la lenteur de la vaccination en France / La Matinale / 1 min. / le 5 janvier 2021

D’autres dirigeants semblent tirer leur épingle du jeu. "On a vu le Premier ministre israélien mettant en scène sa propre vaccination. Il a été l’un des premiers dirigeants à le faire. Le pays est toutefois habitué à un système de santé qui est exposé à des crises, en période de guerre."

Au-delà de la communication, le chercheur au CNRS estime que les dirigeants ont un "devoir d’exemplarité": "Lorsqu'ils recommandent aux populations de se faire vacciner, le moins que l’on puisse attendre, c’est qu’eux-même le fassent. Pour l’instant, aucune personnalité politique française n’a été vue sur les écrans en train de se faire vacciner", observe le politologue.

La santé, future préoccupation

Bruno Cautrès juge que la pandémie de Covid-19 est la "première grande crise mondiale globale": "Nous avons peut-être surestimé la capacité de nos économies, de nos systèmes de soins à réguler et à gérer les épidémies."

Le politologue estime que la gestion de la santé publique va devenir "un enjeu électoral fondamental dans de très nombreux pays" dans les mois ou les années à venir. Il n'exclut pas de voir le sujet également émerger en Suisse: "Le nouveau président de la Confédération Guy Parmelin a reconnu des dysfonctionnements, avoir mal géré et sous-estimé l’ampleur de l'épidémie."

>> Lire également: Guy Parmelin reconnaît des erreurs dans la gestion de la pandémie

Propos recueillis: Romaine Morard

Adaptation web: Valentin Jordil

Publié Modifié