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"Ce virus nous pousse à envisager la vie autrement"

Vinciane Despret - Les territoires des oiseaux. [DR]
L'invitée de La Matinale - Vinciane Despret / La Matinale / 18 min. / le 25 décembre 2020
La pandémie de Covid-19 a contraint l'humain à se remettre en question en profondeur. Une perspective qui réjouit tout particulièrement Vinciane Despret, philosophe des sciences. Invitée de La Matinale ce vendredi, elle salue notamment l'étonnante créativité qui en est ressorti.

Pour Vinciane Despret, philosophe des sciences et professeure à l'Université de Liège, cette année 2020, marquée en profondeur par la pandémie de Covid-19, n'aura peut-être pas été quelque chose de totalement négatif pour l'être humain. Au contraire, même. "Ce virus nous pousse à envisager la vie autrement", souligne-t-elle.

Invitée de La Matinale ce vendredi, jour de Noël, elle se réjouit du fait qu'avec le confinement les gens aient été contraints de remettre en cause leur manière de vivre, parfois trop frénétique. "Certes, le confinement a été une épreuve pour beaucoup, mais il nous a aussi poussé à dire stop et à nous intéresser à de nouvelles choses", explique-t-elle. "Comme au climat par exemple."

Grande créativité

Avec le confinement, les gens ont aussi été amenés, selon elle, à inventer toute sorte de nouvelles choses, notamment des vidéos réalisées avec leurs simples smartphones.

"Les gens ne sont aujourd'hui plus uniquement consommateurs de culture, mais en sont devenus aussi en quelque sorte des producteurs. Et il s'agit d'une culture assez fantasque et étonnante", s'enthousiasme-t-elle. Avant d'ajouter: "Et tout cela souvent avec très peu de moyens, mais d'une qualité et d'une intelligence étonnantes."

Le monde d'après

S'intéressant à l'éthologie  - autrement dit à la science du comportement animal -, et encore plus particulièrement à l'ornithologie, Vinciane Despret voit dans les oiseaux une clé pour envisager le monde d'après. "Des ornithologues ont analysé les chants des oiseaux et se sont rendus compte qu'ils ne chantaient pas de la même manière pendant le confinement, qu'ils chantaient davantage, mieux, et qu'ils utilisaient tout l'espace sonore qu'on leur laissait."

Pour la philosophe, il n'y a pas de doute, ce changement de comportement chez les oiseaux indique que la manière dont on cohabite avec eux n'est peut-être pas idéale. "Et ceci pose la question de notre rapport au monde."

Et tout comme les oiseaux, l'être humain réalise également qu'il est vulnérable. "Tout ce que nous notons dans notre agenda, nous savons que nous serons peut-être amenés à le barrer", explique-t-elle. "Nous découvrons qu'il y a des conjonctions de chance, et que jusque-là nous étions des petits veinards. On ne l'est plus aujourd'hui et il faudra apprendre à vivre avec."

Si le vaccin permettra en effet de mieux contrôler l'épidémie, le virus continuera, selon elle, de circuler encore un moment. Il va donc falloir apprendre à être diplomate avec lui. "Le vaccin est peut-être une tentative diplomatique de dire qu'on va essayer de vivre avec lui, car n'on a pas le choix. Sans toutefois lui laisser trop de marge de manoeuvre et de ne pas le laisser faire trop de dégâts."

Propos recueillis par Valérie Hauert

Adaptation Web par Fabien Grenon

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