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Les "Loups Gris", une menace pour les pays européens ?

Les "Loups gris", ces ultranationalistes turcs qui inquiètent l'Europe [RTS]
Les "Loups gris", ces ultranationalistes turcs qui inquiètent l'Europe / Forum (vidéo) / 2 min. / le 20 novembre 2020
La tension entre la Turquie et les pays européens connaît ces jours un nouvel épisode. Au coeur du contentieux, le groupe d'extrême-droite turc des "Loups gris". Interdit début novembre en France, ce sont désormais les députés allemands qui réclament sa dissolution. Explications.

Les "Loups gris" sont une organisation armée clandestine, une sorte de groupe paramilitaire qui défend le nationalisme et l'expansionnisme turc. Inspirés de théoriciens comme Zya Gökalp, ils défendent le concept du panturquisme, une idéologie née au 19ème siècle cherchant à renforcer les liens entre les peuples turcophones, voire à susciter leur union au sein d'un même Etat.

Connue pour avoir des relations très étroites avec le parti turc nationaliste MHP, l'organisation s'est rapprochée très clairement du président conservateur Recep Tayyip Erdogan ces dernières années. Sous leur signe de ralliement, un geste de la main avec le majeur et l'annulaire posés sur le pouce, les "Loups gris" ciblent la gauche turque mais aussi les juifs, les homosexuels, les Kurdes, les Grecs ou encore les Arméniens.

En 2016, lors d'un reportage centré sur les purges à l'encontre des intellectuels de gauche à Istanbul, la RTS avait pu rencontrer des professeurs d'université qui avaient dû quitter leur poste suite à des menaces de mort de la part des "Loups gris".

Une présence active en Europe

Mais ce groupe politico-militaire n'est pas qu'une histoire turque. Les "Loups gris" sont présents un peu partout en Europe et y ont de solides réseaux. En Allemagne, la police estime qu'ils sont environ 11'000. En France, ils se sont fait récemment remarquer en attaquant à coups de barres de fer et de couteaux des manifestants arméniens qui protestaient contre la guerre dans le Haut-Karabakh. Des attaques qui ont poussé le gouvernement d'Emmanuel Macron à ordonner leur dissolution.

Pourtant, l'organisation reste difficile à contrer car elle ne représente pas un groupe légalement constitué. Quand la France a fait le choix de s'y attaquer, Ankara a d'ailleurs répliqué d'une manière ambiguë, en dénonçant à la fois cette décision mais également en niant l'existence du dit groupe. Aujourd'hui, c'est au tour de l'Allemagne et de ses députés de réclamer son interdiction.

Quid de la Suisse ?

En Suisse, les "Loups gris" sont présents mais moins visibles. La raison principale réside sans doute dans le fait que la communauté turque de Suisse est majoritairement kurde. Les "Loups gris" organisent des contre-manifestations, des intimidations, mais il n'y a pas eu d'acte de violence ces dernières années. Les sources auxquelles la RTS a pu parler estiment qu'ils seraient environ un millier en Suisse, essentiellement dans la région d'Argovie, de Soleure et d'Olten.

Quant aux services de renseignement de la Confédération, ils ne souhaitent pas s'exprimer sur la menace potentielle que pourrait représenter cette organisation. Néanmoins, dans le dernier rapport sur la sécurité de la Suisse, il est mentionné que, sur territoire national, une répression accrue et des activités des services secrets turcs sont perpétrées à l'encontre des populations expatriées, notamment la minorité kurde et des groupes d'extrême-gauche. Une réalité qui semble confirmer les craintes d'un plus grand activisme des "Loups gris", exacerbé par le président Erdogan lui-même.

Anouck Henry/ther

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