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"Le trumpisme va survivre à Donald Trump"

Geopolitis [RTS]
Trump restera / Géopolitis / 26 min. / le 15 novembre 2020
La victoire de Joe Biden ne mettra pas pour autant fin au trumpisme. Donald Trump a fondamentalement transformé les États-Unis et le Parti républicain, selon le chercheur de l'Atlantic Council Jeffrey Lightfoot.

Une élection présidentielle américaine historique à bien des égards. Joe Biden, déclaré victorieux, attend toujours que Donald Trump reconnaisse sa défaite. Le président sortant dénonce "une élection volée". Son camp a déposé des recours en justice dans au moins cinq États-clés.

Joe Biden victorieux donc, mais tout de même, plus de 72 millions d’Américains ont apporté leur soutien à Donald Trump. C'est 9 millions de plus qu'il y a quatre ans face à Hillary Clinton. Malgré l'exercice d'un pouvoir chaotique, malgré les excès et les outrances, malgré la gestion de l’épidémie de Covid-19, la vague bleue démocrate annoncée dans les sondages n'a pas eu lieu. Bien au contraire. Donald Trump a même élargi son électorat. "Beaucoup d'Américains ont beaucoup plus d'inquiétudes sur l'état de l'économie que sur le coronavirus. (...) Et Trump avait un message assez fort sur cette question", souligne Jeffrey Lightfoot, chercheur associé à l'Atlantic Council, un groupe de réflexion d'obédience républicaine.

Trump et les minorités

Invité dans l'émission Géopolitis, le chercheur pointe aussi certains électorats-clés, décisifs dans plusieurs États. En Floride par exemple, les Latino-Américains ont voté à 47% pour Donald Trump (35% en 2016)*. "La campagne de Trump a travaillé pendant quatre ans à convaincre les Cubano-Américains et les immigrés du Venezuela, qui sont des Américains très conservateurs et qui détestent le socialisme. Et l'administration a adopté une ligne très dure contre ces deux pays", poursuit Jeffrey Lightfoot. "Beaucoup d'autres se méfient d'Alexandria Ocasio-Cortez ou Bernie Sanders, de ces progressistes très à gauche du Parti démocrate".

Sur l’ensemble des États-Unis, Trump a aussi fait de meilleurs scores auprès des Hispaniques: 32% cette année, contre 28% il y a quatre ans. Le républicains a aussi mobilisé davantage d’électeurs afro-américains. Malgré les violences, malgré le mouvement Blacke Lives Matter, il réalise une progression de 9% à 12% des voix au niveau national.

Plus étonnant encore, Trump n’a pas perdu le soutien des femmes. Elles étaient 42% cette année à voter pour lui, autant qu'en 2016.

Le trumpisme en marche

L'Amérique conservatrice, l’Amérique profonde, l’Amérique chrétienne n’a pas lâché Donald Trump, comme une majorité des États du Midwest et du Sud, séduits sans doute par la rhétorique anti-avortement ou le soutien sans faille au port d'armes, et bien sûr par les promesses économiques. Le milliardaire a particulièrement convaincu les comtés ruraux, où il rafle 57% des voix. "Trump a fondamentalement changé le Parti républicain en un parti populiste, plutôt rural, plutôt blanc, plutôt classe ouvrière. Et je crois que c'est un changement qui va perdurer de la même manière que Reagan dans les années 80", estime Jeffrey Lightfoot.

Et le trumpisme, peut-il survivre sans Trump ? "Oui", sans aucun doute pour le chercheur, qui avance plusieurs scénarios: Trump lui-même peut se présenter à nouveau en 2024, ou céder sa place à un membre de son clan, comme son fils Donald Jr. ou sa fille Ivanka. "Je crois d'ailleurs qu'il va laisser la porte ouverte à cette option pour maintenir son influence", dit-il. Jeffrey Lightfoot mise aussi sur des grandes figures de l'administration Trump, comme le secrétaire d'État Mike Pompeo ou l'ex-ambassadrice auprès des Nations unies Nikki Haley, capables de reprendre le flambeau.

Malgré sa défaite probable, Trump devrait conserver une grande influence au sein du Parti républicain ces prochains mois, poursuit Jeffrey Lightfoot, notamment pour des raisons tactiques: "Il y aura cette élection spéciale en Géorgie en janvier pour deux sièges de sénateurs, qui va déterminer qui contrôle le Sénat. (...) Les enjeux sont énormes! Les républicains veulent continuer à utiliser la marque et le pouvoir de Trump pour cette élection."

Une retraite mouvementée

Donald Trump privé de son immunité présidentielle devra faire face à une dizaine de procédures judiciaires en cours pour trafic d'influence, conflits d'intérêts ou fraude fiscale. Très vite, il pourrait se retrouver inculpé à Manhattan dans l’affaire de l’ex-actrice pornographique Stormy Daniels, payée 130'000 dollars un mois avant le scrutin de 2016, en échange de son silence. "Mais je crois qu'il va rester très influent en politique, conclut Jeffrey Lightfoot, citant notamment l'immense popularité de son compte Twitter et toutes les informations qu'il détient sur l'électorat. Le trumpisme continuera sans doute à déployer ses effets, même au-delà des frontières américaines.

Mélanie Ohayon

*Chiffres au 10 novembre 2020 - Source: CNN, Edison Research

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