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"L'Arménie est un agresseur et un occupant dans le Haut-Karabakh"

Conflit du Haut-Karabakh: l’interview de l’ambassadrice Hanum Ibrahimova
Conflit du Haut-Karabakh: l’interview de l’ambassadrice Hanum Ibrahimova / Tout un monde / 10 min. / le 16 octobre 2020
Ambassadrice d'Azerbaïdjan en Suisse, Hanum Ibrahimova a défendu vendredi matin sur les ondes de la RTS la position de son pays dans le conflit du Haut-Karabakh. S'appuyant sur les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, elle exige que l'Arménie reconnaisse l’intégrité territoriale de son pays.

Interviewée dans le cadre de l'émission Tout un Monde sur la Première, Hanum Ibrahimova a accusé l'Arménie de violer son territoire en occupant le Haut-Karabakh. Elle a affirmé que l'Azerbaïdjan s'est toujours montré ouvert aux discussions pour mettre fin à cette crise, et que l'Arménie est responsable des violations du cessez-le-feu.

L'ambassadrice a également réfuté l'engagement de mercenaires syriens qui, selon l'Arménie, auraient été envoyés sur le front par la Turquie. Elle explique que l'Azerbaïdjan a toujours été un allié solide de la Turquie, mais qu'il n'en attend qu'un soutien moral, et non militaire.

Hanum Ibrahimova a aussi mis en avant les résolutions de l'ONU, dont celle exigeant un "retrait immédiat, complet et sans condition de toutes les forces arméniennes du territoire occupé de la République d'Azerbaïdjan". Elle compte sur des pays comme la Suisse pour convaincre l'Arménie d'appliquer le droit international et de respecter les résolutions du Conseil de sécurité.

A noter que jeudi soir, l'émission Forum a donné la parole au Premier ministre arménien Nikol Pachinian (voir encadré).

>> Ecouter l'analyse croisée des deux interviews par Isabelle Cornaz:

Arménie et Azerbaïdjan s'accusent de propager des fausses informations sur le conflit au Haut-Karabakh. [RTS]RTS
Arménie et Azerbaïdjan s'accusent de propager des fausses informations sur le conflit au Haut-Karabakh / La Matinale / 1 min. / le 16 octobre 2020

Interview de Hanum Ibrahimova, ambassadrice d'Azerbaïdjan en Suisse

La Russie a appelé les deux parties à respecter la trêve négociée sous son patronage samedi 10 octobre, mais qui est violée. Est-ce que l’Azerbaïdjan s’engage à respecter maintenant ce cessez-le-feu?

Nous parlons là d'un conflit vieux de 30 ans au sujet du Haut-Karabakh, qui est reconnu sur le plan international comme faisant partie du territoire de l'Azerbaïdjan. Comme vous le savez, l'Arménie occupe 20% des terres de l'Azerbaïdjan. Il est important de comprendre que, dans ce conflit, l'Arménie est un agresseur et un occupant.

L'Azerbaïdjan a réagi positivement à l'appel de la Russie. Il a participé à la réunion de Moscou de façon très constructive et s'est engagé au respect du cessez-le-feu, donnant les ordres correspondants à ses forces armées. L'Azerbaïdjan s'est dit prêt à commencer des négociations le plus tôt possible.

Mais l'Arménie a choisi une voie très différente. Son armée a ouvert le feu sur des équipes médicales azéries qui ramassaient les corps de soldats morts sur la ligne de front. Plusieurs personnes ont été grièvement blessées. Pire, juste après l'accord de cessez-le-feu à Moscou, l'Arménie a lancé un missile balistique sur la deuxième plus grande ville d'Azerbaïdjan, Ganja. Le missile a détruit un immeuble résidentiel de plusieurs étages. Plus de 10 civils ont été tués et beaucoup d'autres ont été blessés, y compris des femmes et des personnes âgées.

A ce jour, nous déplorons la mort de 43 civils, 214 hospitalisations, plus de 1500 maisons et 66 immeubles détruits ou gravement endommagés par des attaques arméniennes. Je suis vraiment découragée et déçue de voir que malgré l'attitude constructive de l'Azerbaïdjan, l'Arménie a de nouveau violé l'accord de cessez-le-feu, comme elle viole les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU et les demandes de la communauté internationale. Ce pays s'est mis en violation grave des accords.

>> Lire aussi: Cessez-le-feu violé dans le Haut-Karabakh pour le quatrième jour d'affilée

La Russie affirme pourtant que les deux parties violent le cessez-le-feu et qu'une résolution militaire du conflit est inacceptable.

Je suis d'accord de dire qu'il y a toujours un moyen de mener des discussions constructives. Les dirigeants de l'Azerbaïdjan ont toujours été ouverts à la discussion. Ces trente dernières années, nous avons mené des pourparlers avec l'Arménie qui ont été salués par l'OSCE, le groupe de Minsk et la Russie.

Nous sommes en situation de contre-offensive sur notre propre territoire. Nous défendons notre pays et notre peuple.

Hanum Ibrahimova, ambassadrice d'Azerbaïdjan en Suisse. [DR]
Hanum Ibrahimova, ambassadrice d'Azerbaïdjan en Suisse

Mais les dirigeants arméniens, eux, ont sapé ce processus en déclarant que le Haut-Karabakh était arménien, ce qui est un sérieux revers pour les négociations. Les nouveaux dirigeants arméniens ont fait des déclarations provocatrices condamnées par plusieurs pays, dont la Russie. En juillet, ils ont attaqué le territoire de l'Azerbaïdjan loin du Haut-Karabakh, dans le district de Tovuz. En août, nous avons capturé une équipe de reconnaissance et de sabotage arménienne sur notre territoire. Enfin, le 27 septembre, ils ont bombardé des infrastructures civiles et militaires chez nous.

Alors dites-moi, s'il vous plaît, pourquoi l'Azerbaïdjan devrait renoncer à protéger sa population? Nous sommes en situation de contre-offensive sur notre propre territoire. Nous défendons notre pays et notre peuple.

>> Lire aussi: Azerbaïdjan et Arménie s'accusent mutuellement de bombardements

Quel genre de soutien recevez-vous de la part de la Turquie? Est-il militaire?

Nous avons toujours été des alliés solides de la Turquie. C'est un pays frère avec lequel nous avons des liens culturels, ethniques et historiques forts. La Turquie a été le premier pays à reconnaître l'indépendance de l'Azerbaïdjan.

Bien sûr, la Turquie joue un rôle-clé dans la consolidation de notre indépendance, la préservation de notre intégrité territoriale et la réalisation de notre potentiel économique.

La Turquie nous fournit un appui moral et seulement moral. L'Azerbaïdjan achète différents équipements auprès de plusieurs pays, y compris la Turquie. Mais non, nous ne recevons pas d'aide militaire de la Turquie.

Interviewé jeudi par la RTS, le Premier ministre arménien a pourtant beaucoup insisté sur le rôle de la Turquie qui, selon lui, aurait envoyé des mercenaires syriens sur le front... On voit sur les réseaux sociaux des vidéos de personnes qui se présentent comme des mercenaires sur le territoire du Haut-Karabakh. Vous le reconnaissez?

Je réponds catégoriquement non! Ces informations sont totalement fausses! C'est de la propagande arménienne. Aucun fait ne peut les corroborer. En ce qui concerne les vidéos, elles n'ont même pas été filmées en Azerbaïdjan. Si vous les regardez attentivement, vous verrez le drapeau d'un autre pays. C'est une injure à notre armée de prétendre que nous avons besoin de mercenaires étrangers. Au contraire! C'est l'Arménie qui déploie des mercenaires étrangers. On peut le prouver. C'est public, dans des tweets et sur les réseaux sociaux. Ces groupes de combattants viennent pour se battre contre l'Azerbaïdjan.

Notre armée est très puissante. Nous sommes un pays de 10 millions d'habitants. Quand notre président est arrivé au pouvoir, l'une de ses priorités était le développement et le renforcement de l'armée. Nous avons du bon matériel, des drones de haute-technologie, nous n'avons absolument pas besoin de mercenaires et nous n'en avons pas invités.

Ces sources sont inventées. Jusqu'à maintenant, malheureusement, l'Arménie a toujours essayé de tromper le public et les réseaux sociaux. C'est très dommage qu'il choisissent d'en arriver là, au lieu de mener des discussions honnêtes et d'accepter les faits: ils sont les occupants sur des terres qui appartiennent à l'Azerbaïdjan.

Qu'attendez-vous des pays occidentaux, de la Suisse par exemple?

La Suisse respecte l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan. Elle ne reconnaît pas la république auto-proclamée du Haut-Karabakh, qui est un régime fantoche. C'est très important: aucun pays dans le monde n'accepte cela et tous les pays condamnent l'invasion menée par l'Arménie.

L'Arménie doit respecter les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU et reconnaître l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan.

Hanum Ibrahimova, ambassadrice d'Azerbaïdjan en Suisse. [DR]
Hanum Ibrahimova, ambassadrice d'Azerbaïdjan en Suisse

Comme il est important de se référer aux documents légaux, je rappelle que le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté quatre résolutions dont une qui demande "un retrait immédiat, complet et sans condition de toutes les forces arméniennes du territoire occupé de la République d'Azerbaïdjan". Il est indéniable que la présence de troupes arméniennes est un facteur majeur de déstabilisation.

Ce problème doit être réglé sur la base du droit international et du droit international humanitaire. Tous les documents historiques et légaux disent que le Haut-Karabakh fait partie de l'Azerbaïdjan. L'Arménie doit respecter les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU et reconnaître l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan.

La Suisse a fourni une plateforme pacifique de négociation. Les dirigeants de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie sont venus en octobre 2017. Notre président a toujours été constructif et respectueux des accords.

Donc, je pense que l'un des rôles que pourrait jouer la Suisse, c'est de raisonner notre voisin, en le convainquant d'appliquer le droit international et de respecter les résolutions du Conseil de sécurité.

Propos recueillis par Eric Guevara-Frey

Adaptation web: Victorien Kissling

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Point de vue de l'Arménie

Pour entendre le point de vue de l'Arménie, l’émission Forum a reçu jeudi soir le Premier ministre Nikol Pachinian, qui a notamment dénoncé le rôle de la Turquie et de mercenaires syriens dans cette crise, et qui a estimé que les habitants du Haut-Karabakh font face à une menace existentielle.

>> Lire: Le Premier ministre arménien dénonce le rôle de la Turquie dans le Haut-Karabakh

Ce sont deux visions du droit international qui se font face, l’intégrité du territoire d’une part et le droit à l’autodétermination des peuples de l'autre.