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En Thaïlande, l'appel très pressant à des réformes démocratiques

À Bangkok, en Thaïlande, les étudiants manifestent et réclament la démission du Premier ministre et plus de démocratie. [RTS]
À Bangkok, en Thaïlande, les étudiants manifestent et réclament la démission du Premier ministre et plus de démocratie. / 19h30 / 1 min. / le 14 octobre 2020
Privée de touristes et en crise économique, la Thaïlande fait aussi face depuis plusieurs mois à une vague inédite de manifestations pour appeler à des réformes démocratiques majeures. Ce qu'il faut savoir.

Que se passe-t-il ?

Mercredi, ils et elles étaient de nouveau des milliers dans les rues de Bangkok pour réclamer une modification de la Constitution, la démission du gouvernement et la fin du harcèlement des opposants. Initié par des lycéens et étudiants, le mouvement est essentiellement jeune et urbain, largement concentré sur la capitale. Depuis septembre, des membres des "chemises rouges" l'ont rejoint.

Les manifestants réclament en outre que le pouvoir et la fortune de la monarchie, accusée de collusion avec l'armée au pouvoir, soit davantage encadrée. Sur internet, ce mécontentement à l'égard du roi Rama X (lire encadré) s'exprime à travers le hashtag #whydoweneedaking (pourquoi avons-nous besoin d'un roi, en français). Fin septembre, il avait été utilisé plus d'un million de fois.

>> Lire: Dans le vent de révolte thaïlandais, la critique de la monarchie n'est plus taboue

Mais en interrogeant l'autorité de la monarchie, les protestataires commettent un crime de lèse-majesté, lequel est passible en Thaïlande de peines pouvant aller jusqu'à 15 ans de prison. "Le roi a cependant fait savoir qu'il n'était pas question d'utiliser cet article du Code pénal contre des opposants", nuance Marie-Sybille de Vienne, professeure émérite à l'Institut national des langues et civilisations orientales à Paris. "De fait, il n'y a plus eu d'instructions ouvertes avec ce chef d'inculpation depuis fin 2017-2018", précise-t-elle.

Pourquoi maintenant ?

La colère gronde depuis que la Cour constitutionnelle a annoncé en début d'année la dissolution de "Nouvel Avenir", un parti d'opposition proéminent et particulièrement populaire auprès des jeunes lors de l'élection de l'an passé. Or, ce scrutin qui était censé ramener la Thaïlande à la démocratie après un coup d'Etat militaire en 2014 a été entaché par des allégations d'irrégularités qui, selon les voix les plus critiques, étaient biaisées en faveur de l'armée. La mise à l'écart de cette force politique passe donc mal auprès d'une jeunesse militante qui, comme ses cousins hongkongais ou taïwanais, revendique le respect de ses droits démocratiques.

Ce n'est jamais arrivé qu'on conteste la monarchie en Thaïlande (...) c'est quelque chose de nouveau qui émerge dans des milieux urbains et très jeunes, ça ne représente pas l'ensemble de la population thaïe

Marie-Sybille de Vienne, professeure émérite

Est ensuite venue s'ajouter ce printemps la crise du Covid-19. Si la Thaïlande, de population comparable à la France, a enregistré 3643 cas et 59 morts selon l'Université Johns Hopkins, son gouvernement n'a pas su rassurer face à l'impact dévastateur de la crise économique ni face à la crise sociétale qui se profile dans le royaume, classé en 2018 pays le plus inégalitaire au monde, dans un rapport publié par Credit Suisse, avec 1% de la population se partageant 70% des richesses.

Dans un tel contexte, l'achat de deux sous-marins chinois pour l'équivalent 654 millions de francs suisses ne pouvait pas plus mal tomber. Outre la somme engagée, l'intérêt stratégique d'un tel investissement pour la Thaïlande, un pays aux eaux peu profondes, qui se tient à l'écart des conflits en mer de Chine à la différence de ses voisins, est venue s'ajouter à la liste des griefs des manifestants.

Quelles réponses ?

Pour apaiser la grogne populaire, le Premier ministre et ministre de la Défense Prayut Chan-o-cha a demandé à la Marine nationale de reporter l'achat des sous-marins. Mais de tels investissements en disent long sur le rapprochement sino-thaï en cours, au détriment des Etats-Unis, qui paient les sanctions infligées à Bangkok après l'arrivée des militaires au pouvoir en mai 2014, comme le rappelle France Culture. Quant aux revendications de réformes démocratiques, elles ont pour l'heure reçu un écho limité du côté du gouvernement. S'il a fait une déclaration de principes dans laquelle il assure avoir entendu les demandes relatives à la Constitution, le Premier ministre Prayut a refusé d'entrer en matière sur ce qui concerne la monarchie. La Palais royal n'a lui fait de commentaire ni sur les manifestations ni sur les requêtes à son sujet.

Le réseau social Facebook a cependant dû fermer plusieurs pages gérées par les pro-démocratie, et les défenseurs des droits assurent que les autorités essaient de limiter les manifestations en arrêtant des activistes et en mettant la pression sur les universités et les parents pour qu'ils empêchent les jeunes de défiler. Quant à l'association Thai Lawyers for Human Rights, citée par The Guardian, elle précise que des dizaines de manifestants ont été inculpés après avoir participé à des manifestations pour des motifs autres que le crime de lèse-majesté.

Juliette Galeazzi

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Rama X, un tyran aux pratiques douteuses

Devenu roi en 2016 à la suite du décès de son père Bhumibol, resté 70 ans sur le trône et considéré comme un semi-dieu par la population thaïlandaise, Rama X multiplie les frasques au point de faire honte à son royaume.

Installé la majeure partie de l'année en Allemagne, il se préoccupe peu de son peuple qu'il a laissé livré à son sort lors de la pandémie de Covid-19, partant lui-même se réfugier dans un hôtel des montagnes bavaroises accompagné d'une centaine de personnes à son service dont une vingtaine de jeunes femmes pour la plupart droguées et soumises.

Révélées par la presse allemande, ces frasques ne doivent pas faire oublier que le monarque est aussi un tyran dans son propre pays, où il gouverne par la peur et la menace. Ses opposants politiques disparaissent régulièrement sans laisser de trace et ce sont même parfois des membres de la famille royale qui se retrouvent derrière les barreaux, à commencer par sa propre soeur qu'il a empêchée de se présenter au poste de Premier ministre en 2019.