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Le climat politique se gâte en France sur fond de mesures sanitaires

Les mesures restrictives dévoilées mercredi par le gouvernement français suscitent la colère des Marseillais. [Eliot Blondet/Pool via AP - Keystone]
Les nouvelles mesures sanitaires ne passent pas à Marseille / Tout un monde / 4 min. / le 25 septembre 2020
La colère gronde en France, et particulièrement dans la région de Marseille, après l'annonce des nouvelles mesures sanitaires. Habitants et commerçants manifestent leur désaccord et des élus de la région dénoncent une "punition collective".

Face au regain de l'épidémie, le gouvernement français a annoncé le retour de nombreuses mesures sanitaires strictes. Et dans la métropole Marseille-Aix et en Guadeloupe, le resserrement du dispositif sanitaire est encore plus dur.

Classés en zone d'alerte maximale, ces territoires vont devoir mettre en oeuvre, à partir de lundi et pour une durée de 15 jours, une fermeture totale des bars et des restaurants, de même que tous les établissements recevant du public, "sauf s'il existe un protocole sanitaire strict".

En réaction à ces annonces, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés devant le tribunal de commerce de Marseille. Signe que la vaste incompréhension qui prévalait jusque-là s'est désormais muée en colère.

>> Le reportage du 12h45:

La France renforce ses mesures contre le Covid-19 dès samedi dans plusieurs zones du pays [RTS]
La France renforce ses mesures contre le Covid-19 dès samedi dans plusieurs zones du pays / 12h45 / 1 min. / le 24 septembre 2020

La crainte d'un "reconfinement économique"

"La coupe est pleine", témoignent les restaurateurs et commerçants de la région, qui cherchent à récupérer des retombées économiques du confinement strict mis en place en France au printemps.

L'union patronale régionale a de son côté dénoncé un "reconfinement économique" et exprimé son indignation de voir la métropole traitée "en mauvais élève par le reste du pays". Elle estime qu'il faut "laisser le temps [aux gestes barrières] de produire leurs effets sans mettre en danger durablement l'économie et les emplois d'un territoire entier".

Signe de cette fronde, le ministre de la Santé Olivier Véran a été abondamment hué par la foule à Marseille vendredi après-midi.

Les élus locaux d'opposition font front commun

Les élus de gauche comme de droite du territoire sont également montés au créneau contre les mesures gouvernementales dans une tribune signée par plus de 50 élus. "Vous commettez une erreur stratégique fondamentale, vous aggravez la crise économique et vous nous fabriquez une crise sociale sans rien régler de la crise sanitaire", ont-ils dénoncé.

La maire de Marseille, l'écologiste fraîchement élue Michèle Rubirola, a également fait part de sa colère à l'égard de décisions prises "sans concertation par des gens basés à Paris et déconnectés de la réalité". "Rien dans la situation sanitaire ne justifie cette annonce. Je n'accepte pas que les Marseillais soient victimes de décisions politiques que personne ne peut comprendre", a-t-elle commenté. Les autorités ont réclamé un délai de 10 jours avant la mise en oeuvre des nouvelles mesures.

Même son de cloche du côté de Maryse Joissains, maire d'Aix-en-Provence sous la bannière des Républicains, interrogée par Le Figaro. "Ils sont en train de plonger notre pays dans un climat anxiogène", dit-elle, confiant craindre un "appel à la désobéissance civile, tellement les gens en ont ras-le-bol et ne veulent plus être gérés par des gens qui ne sont pas matures et font preuve de comportements irresponsables".

De son côté, le président de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, Renaud Muselier (Les Républicains) a appelé au calme, tout en contestant également les mesures annoncées. "J'invite le préfet à respecter scrupuleusement la loi car je déposerai dès demain, avec des restaurateurs et des cafetiers, un recours en référé liberté devant le tribunal administratif de Marseille contre tout acte restreignant l'exercice de la liberté d'entreprendre, d'industrie et du commerce de façon disproportionnée", a-t-il prévenu.

Grogne parisienne également

Dans le reste du pays, onze autre métropoles, dont Paris, Lille, Toulouse, Saint-Étienne, Rouen, Grenoble, Montpellier et Rennes, ont été placées en "zone d'alerte renforcée", ce qui implique par exemple la réduction à 1000 personnes de la jauge des rassemblements et l'interdiction des rassemblements de plus de 10 personnes dans l'espace public, mais également la fermeture des salles de sport et celle des bars à partir de 22 heures, ainsi qu'une limitation des ventes d'alcool.

Anne Hidalgo, la maire socialiste de Paris, a elle estimé que ces restrictions concernant les bars et les salles de sport étaient "difficiles à comprendre". En outre, une centaine de restaurateurs ont mené une action symbolique devant la mairie du 11e arrondissement. Ils ont jeté leurs clés au sol pour exprimer leur inquiétude face à la menace d'une fermeture définitive de leurs établissements, comme le montre une vidéo sur le site du Parisien.

La limitation des rassemblements impactera également le tournoi de tennis de Roland-Garros, qui commence dimanche, avec quatre mois de retard. Une décision qui a aussi soulevé la grogne.

>> Lire: Roland-Garros: jauge réduite à 1'000 personnes

Des critiques sur "l'incohérence" du gouvernement

De son côté, la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen a critiqué les nouvelles restrictions visant les bars et les restaurants, qui vont ajouter selon elle "de la détresse économique et sociale à la détresse sanitaire".

>> Le tweet critique de Marine le Pen:

De manière générale, les critiques dénoncent l'absence de cohérence mais également de concertation du gouvernement français. Politiciens et éditorialistes de gauche comme de droite estiment que l'exigence de la cohérence du discours public n'est pas assurée.

Dernier exemple en date, jeudi soir dans l'émission "Vous avez la parole" de la chaîne France 2, le Premier ministre Jean Castex, invité pour défendre les annonces de son ministre de la Santé, a admis ne pas avoir téléchargé l'application de traçage StopCovid, pourtant promue par le gouvernement pour lutter contre la propagation du virus.

Sa prestation a ainsi été largement vilipendée par la droite et l'extrême-droite. "On n'est plus à une contradiction près dans ce gouvernement. Où est passée la doctrine du gouvernement?", a réagi à ce sujet le président des députés LR Damien Abad. "Plus rien ne m'étonne de la part de ce gouvernement", a déploré Jordan Bardella (RN).

Le Premier ministre a toutefois martelé lors de cette émission qu'il assumait la politique du gouvernement face au Covid-19. "On ne joue pas avec une épidémie", a-t-il mis en garde, en appelant à "la responsabilité" face au virus.

jop avec agences

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Nombre record de nouvelles contaminations

La France a enregistré jeudi 16'096 contaminations supplémentaires, un record absolu depuis le début des tests à grande échelle. Le précédent record quotidien était de 13'498 nouveaux cas le 19 septembre. Le total des personnes contaminées depuis le début de l'épidémie s'approche du demi-million. Par ailleurs, 52 personnes sont mortes en 24 heures, ce qui porte le bilan total dans le pays à 31'511 morts.

Plus de 6000 personnes (6031) sont désormais hospitalisées, une première depuis le 22 juillet, et plus d'un millier (1048) se trouvent dans un service de réanimation.

"C'est une course contre la montre. Il faut que l'opinion soit très attentive et prudente. Si nous n'agissons pas, on pourrait se retrouver dans une situation proche de celle qu'on a connue au printemps", a déploré le Premier ministre Jean Castex sur France 2, en appelant à "la responsabilité", qui est "nécessairement collective".