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Donald Trump, "la loi et l'ordre contre une Amérique du chaos"

Geopolitis [RTS]
Battre Trump! / Géopolitis / 26 min. / le 6 septembre 2020
Dans une Amérique déchirée par la question raciale, l'élection présidentielle du 3 novembre prend des allures de véritable référendum pour ou contre Donald Trump. Face au camp démocrate, le président républicain se pose en rempart contre l'anarchie.

Depuis plusieurs semaines, le nom de George Floyd, et plus récemment celui de Jacob Blake, sont devenus les symboles des violences raciales et policières aux Etats-Unis. Avec le mouvement de protestation Blake Lives Matter, le pays doit faire face à ses vieux démons en pleine campagne présidentielle.

"Cela fait longtemps qu'il n'y avait pas eu un tel niveau de tension politique aux États-Unis", commente la politologue Célia Belin, invitée dans Géopolitis. "Cela fait évidemment penser aux années 60, avec le passage de Lyndon Johnson à Richard Nixon, ce moment où l'Amérique bascule dans des émeutes raciales. (...) Beaucoup de gens parlent d'un deuxième âge des droits civiques à travers la mobilisation Black Lives Matter." A deux mois des élections, le président Trump adopte en effet la même stratégie que Nixon, celle de "la loi et de l'ordre qui se veut le rempart de la majorité silencieuse face à une Amérique du chaos", souligne Célia Belin, qui estime que le président "souffle sur les braises" de la contestation.

La chercheuse évoque une ambition double pour Donald Trump: rassembler bien sûr sa base "qui l'idolâtre", mais aussi diaboliser son opposant et la gauche radicale "à l'oeuvre selon lui dans les manifestations (...) et qui ne reflète pas l'identité américaine".

Pour ou contre Trump

Côté démocrate, on resserre les rangs. Autour d'un seul objectif: battre Donald Trump. Lors de la Convention du parti à Milwaukee du 17 au 20 août dernier, le candidat Joe Biden donne le ton: "L'actuel président a drapé l'Amérique dans les ténèbres bien trop longtemps". La grand-messe - virtuelle, pandémie oblige - s'est muée en véritable réquisitoire anti-Trump. "L'avenir de notre démocratie est en jeu", a clamé le sénateur Bernie Sanders. "Donald Trump n'a montré aucun intérêt à utiliser le pouvoir incroyable de son bureau pour aider qui que ce soit d'autre que lui et ses amis", a renchéri Barack Obama. Jamais un ancien président n'avait critiqué aussi ouvertement et violemment son successeur.

Auteure du livre "Des Démocrates en Amérique", Célia Belin résume l'enjeu du scrutin: "La seule question qui est posée en novembre, c'est: est-ce qu'on redonne 4 ans de plus à Donald Trump?" Pour fédérer "une coalition la plus large possible" contre Trump, les démocrates misent sur une stratégie multiple, selon elle: rassembler tout d'abord le camp démocrate, notamment en ralliant la jeunesse progressiste, reconquérir aussi l'électorat de couleur, mais aussi séduire les républicains déçus de la politique du milliardaire.

L'atout Kamala Harris

Après la claque de 2016, les démocrates entendent bien reconquérir l'électorat afro-américain, latino, reconquérir les femmes et les classes populaires, face à l'Amérique blanche de Donald Trump. En désignant Kamala Harris comme colistière, Joe Biden fait un choix historique: première femme de couleur à figurer sur le ticket présidentiel d'un des deux grands partis américains. La sénatrice de Californie incarne cette Amérique métissée, fille d'immigrés, mère indienne et père jamaïcain.

Pour l'instant, le ticket démocrate jouit d'une petite avance face au rival sortant. "A peu près de 7 à 8 points d'avance au niveau national sur Donald Trump, ce qui est plus que Hillary Clinton au même moment en 2016", précise Célia Belin. Mais, dans les Etats où se jouera la majorité, les derniers sondages indiquent un resserrement des intentions de vote.

Mélanie Ohayon

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Le vote par correspondance au coeur du débat

L’enjeu du vote postal prend une dimension très particulière cette année en pleine pandémie de Covid-19. En effet, la crise sanitaire devrait pousser de nombreux États américains à enjoindre la population à privilégier le vote par correspondance, afin d’éviter la propagation du virus.

"Or, on sait que les gens qui vont se déplacer le jour de l'élection seront davantage des supporters de Donald Trump et ceux qui votent par correspondance davantage des supporters de Joe Biden", souligne Célia Belin. "Le risque principal, c'est qu'on pourrait avoir le 3 novembre des premiers résultats très favorables au président Trump, qui seront ensuite contestés dans les jours suivants par l'arrivée de multiples bulletins ayant transité par la poste."

Donald Trump crie déjà à la fraude et a laissé entendre qu’il pourrait ne pas reconnaître le résultat de l’élection. Célia Belin redoute une période d’instabilité qui pourrait être "très inquiétante" selon elle. Ce serait alors une épreuve test pour la solidité des institutions fédérales américaines , et pour la Cour suprême qui pourrait être amenée à trancher comme lors de l'élection en 2000 entre George W. Bush et Al Gore.

Fin des formations contre le racisme dans l'administration

Donald Trump a ordonné la suppression des formations contre le racisme dispensées dans l'administration fédérale, a annoncé vendredi la Maison Blanche. Elles constituent selon lui de la "propagande clivante et anti-américaine".

"Selon des informations de presse, des employés de l'administration ont été priés de suivre des formations où il leur est dit que 'pratiquement toutes les personnes blanches contribuent au racisme, où il leur est demandé de dire qu'ils 'bénéficient du racisme'", indique la Maison Blanche dans un communiqué.