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Le procès historique des attentats de Charlie Hebdo s'ouvre à Paris

Le procès des attentats de Charlie Hebdo, un procès pour l’Histoire? (vidéo) [RTS]
Le procès des attentats de Charlie Hebdo, un procès pour l’Histoire? (vidéo) / L'éclairage d'actualité / 3 min. / le 1 septembre 2020
Dix-sept morts et le début d'une sanglante série en France: plus de cinq ans après l'électrochoc des attentats djihadistes de janvier 2015, le procès des attaques contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher s'est ouvert mercredi à Paris.

Ce procès hors normes et très attendu par les proches des victimes s'étendra sur plus de deux mois d’audience, avec 94 avocats, 200 parties civiles, 144 témoins et 14 experts pour comprendre comment 17 personnes ont été tuées durant ces journées sanglantes de janvier 2015.

En tout, 14 personnes sont accusées d'avoir aidé les auteurs des attaques contre la rédaction de Charlie Hebdo à Paris, contre une policière municipale et contre le magasin Hyper Cacher, qui avaient bouleversé la France et le monde. Des morts qui allaient être suivies par des centaines d’autres, dans les différents attentats qui ont endeuillé la France les années suivantes.

>> Pour Laurent Joffrin: "La Une de Charlie Hebdo est très courageuse. C'est un geste politique pour la liberté d'expression":

Laurent Joffrin : "La UNE de Charlie Hebdo est très courageuse. C'est un geste politique pour la liberté d'expression" [RTS]
Laurent Joffrin : "La UNE de Charlie Hebdo est très courageuse. C'est un geste politique pour la liberté d'expression" / 19h30 / 4 min. / le 1 septembre 2020

Box vitrés

Dans la salle d'audience, où sont arrivés peu avant 10H00 plusieurs rescapés des attentats et des membres ou anciens membres de Charlie Hebdo, dont l'urgentiste Patrick Pelloux et le journaliste Laurent Léger, les accusés ont pris place dans deux box vitrés, encadrés par des policiers tous encagoulés.

"N'ayons pas peur, ni du terrorisme, ni de la liberté", a exhorté l'avocat de Charlie Hebdo, Me Richard Malka, à l'entrée de la salle. "Au fond, l'esprit de Charlie, c'est ça: c'est refuser de renoncer à nos libertés, de renoncer aux rires, de renoncer y compris au blasphème".

Raconter les victimes

Le procès, filmé pour servir de document à l'Histoire, et également couvert par la rédaction de Charlie Hebdo (lire encadré), est aussi une manière de soigner les plaies d’un pays qui a été au centre d’un long cycle terroriste.

Les frères Kouachi et Amedy Coulibaly sont morts, les trois complices principaux en fuite, ne restent que leurs aides dans le box des accusés, pour leur apport logistique. Dans quel état d’esprit sont les familles des victimes, pour ce qui a été qualifié de procès "des petites mains"?

"Les victimes n'attendent pas grand-chose des prévenus. Elles s'intéressent d'ailleurs peu aux prévenus, elles ne savent pas trop qui ils sont", indique Guillaume Denoix de Saint-Mar, fondateur de l’Association française des victimes du terrorisme, qui sera demain sur le banc des parties civiles. "Cela va être un moyen pour elles de redire leur histoire, de dire qui étaient ces victimes. Certes, c'étaient des dessinateurs connus. Mais quand un fils prendra la parole, il ne va pas raconter le dessinateur, il va raconter le père. Et c'est cela qu'on n'a pas entendu."

>> Ré-écouter l'interview de Maryse Wolinski, qui évoque la perte de son époux, le dessinateur Georges Wolinski, dans La Matinale:

Maryse Wolinsky, journaliste et écrivaine française. [Keystone]Keystone
L'invitée de La Matinale – Maryse Wolinski, journaliste et écrivaine française / La Matinale / 14 min. / le 7 janvier 2020

Associations juives

Les associations juives se sont également portées parties civiles pour la prise d’otages meurtrière du magasin Hyper Cacher. Une communauté durement touchée ces dernières années, avec le meurtre d'Ilan Halimi en 2006, la tuerie à l’école juive de Toulouse en 2012, l'Hyper Cacher et depuis également d'autres meurtres qui n’ont pas encore été jugés. Pour Francis Kalifat, président de l’organisation faîtière des institutions juives de France (Crif), ce procès va permettre à certains de terminer leur deuil, à d’autres de le commencer.

"Je dois vous dire que la plaie n'est pas refermée. Je suis en contact très régulièrement avec les familles de certaines victimes et à chaque fois, c'est encore l'incompréhension pour elles", explique-t-il, en faisant le constat "d'un antisémitisme qui tue encore dans notre pays".

Ce procès va être suivi par d'autres, notamment celui des attentats du 13 novembre, en 2021. Si ces moments peuvent être cathartiques, c’est aussi une épreuve, souligne Guillaume Denoix de Saint-Marc. "Le procès va être très dur, avec des moments très pénibles, des moments avec des témoignages très violents. Cela va être dur pour les victimes, qui n'y seront pas préparées. Si j'étais avocat des accusés, je ferais tout pour qu'il y ait un clash entre les victimes et les auteurs. Et c'est le piège dans lequel il ne faudra pas tomber."

>> Revoir aussi l'interview de Riss, directeur de Charlie Hebdo, lors de la sortie de son livre "Une minute quarante-neuf secondes":

L'invité de La Matinale (vidéo) - Riss, directeur de Charlie Hebdo [RTS]
L'invité de La Matinale (vidéo) - Riss, directeur de Charlie Hebdo / La Matinale / 9 min. / le 28 octobre 2019

Contre l'intolérance religieuse

Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans Frontières, évoque quant à lui un procès pour les victimes et pour la justice elle-même, à la mesure de l'émoi provoqué par les faits, mais également la suite d'un combat contre l'intolérance religieuse. "On a le droit de critiquer, de rire, de tous les systèmes de pensée, et c'est important d'insister et de continuer à se battre pour ce droit", affirme-t-il dans La Matinale de la RTS mardi.

"Ces deux mois de procès sont un signal très fort - envoyé à l'ensemble du monde - d'une lutte contre l'impunité de ceux qui commettent des crimes contres les journalistes et les dessinateurs", insiste-t-il. Car le crime de blasphème existe toujours dans 69 pays, et est passible de peine de mort dans six d'entre eux, rappelle Christophe Deloire.

>> Son interview dans La Matinale:

Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans Frontières, évoque le procès des attentats de Charlie Hebdo  (vidéo) [RTS]
Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans Frontières, évoque le procès des attentats de Charlie Hebdo (vidéo) / L'invité-e d'actualité / 7 min. / le 1 septembre 2020

>> Lire aussi: Cinq ans après Charlie Hebdo, la satire étranglée par la nouvelle censure

Alexandre Habay/kkub

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Republication des caricatures de Mahomet, "un devoir d'information"

La rédaction de Charlie Hebdo sort mercredi un numéro spécial "Procès des attentats du 7, 8 et 9 janvier 2015. Avec, en couverture, la reproduction de toutes les caricatures de Mahomet publiées en 2005 par le journal danois Jyllands-Posten et que Charlie Hebdo avait à son tour republiées en 2006, ainsi que la Une du n° 712 dessinée par Cabu.

"Ces dessins appartiennent désormais à l’Histoire (...)", explique l'édito. "C’est la publication de ces dessins, considérée comme un blasphème par un certain nombre de musulmans, qui constitue le mobile du massacre du 7 janvier par des assassins qui voulaient, comme ils l’ont crié en sortant des locaux de Charlie Hebdo, 'venger le Prophète!'."La Une du numéro spécial "Procès des attentats de 2015" de Charlie Hebdo. [DR]La Une du numéro spécial "Procès des attentats de 2015" de Charlie Hebdo. [DR]

Pour Charlie Hebdo, poursuit l'édito, ces dessins sont donc des pièces à conviction. "Il était pour nous inadmissible d’aborder ce procès sans les communiquer aux lecteurs et aux citoyens. Car depuis 2006, quatorze années se sont écoulées, et les jeunes Français qui ont vu le jour depuis seront les témoins d’un procès qu’ils ne comprendraient pas, ces dessins n’ayant jamais été republiés."

Dessinateur et écrivain mandatés pour suivre le procès

Pour couvrir le procès des complices de ceux qui l'ont décimé, le magazine satirique français Charlie Hebdo a choisi de faire appel à un dessinateur et à un écrivain, collaborateurs réguliers mais extérieurs à la rédaction.

Le dessinateur François Boucq et l'écrivain Yannick Haenel couvriront à partir de mercredi le procès de 14 personnes accusées d'avoir aidé les auteurs des attaques de janvier 2015 contre la rédaction de Charlie Hebdo, une policière municipale à Montrouge et le magasin Hyper Cacher, qui avaient fait 17 morts et bouleversé la France.

Charlie prévoit un numéro spécial pour marquer l'ouverture du procès le 2 septembre, puis environ une page par semaine sera consacrée à sa couverture, en plus d'un compte rendu quotidien sur le web. Le procès durera jusqu'au 10 novembre.