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Symbole du surtourisme, le village autrichien de Hallstatt se réinvente

Le village autrichien de Hallstatt. [Barbara Gindl - EPA/Keystone]
Le village autrichien de Hallstatt, privé de touristes extra-européens, se réinvente / Tout un monde / 5 min. / le 30 juillet 2020
Petit village de l'ouest de l'Autriche, Hallstatt est devenu en quelques années un symbole du surtourisme. Mais la pandémie donne l'occasion à ce lieu classé au patrimoine mondial de l’Unesco de se réinventer.

Avant la crise sanitaire, un million de visiteurs, dont de nombreux Asiatiques, se pressaient chaque année dans ce petit village de moins de 800 habitants, blotti entre lac et montagne, qui offre un panorama spectaculaire.

"Nous avons gagné en qualité de vie"

Mais ce décor pittoresque n'est plus visité cet été que par des touristes autrichiens et européens. "Bien qu'il y ait beaucoup de monde, ce n'est pas gênant", témoigne un habitant dans l'émission Tout un monde. "C'est plus calme et nous avons énormément gagné en qualité de vie".

La bourgade abrite la plus vieille mine de sel au monde et de magnifiques maisons anciennes aux façades colorées. Mais la popularité d'Hallstatt a explosé ces dernières années, en particulier en Asie, grâce à une série télévisée sud-coréenne dans laquelle la localité apparaissait. Une réplique du village inaugurée en Chine en 2012 a aussi beaucoup fait pour sa popularité.

>> Voir les images de la réplique chinoise:

Le décor supposé de "La Reine des Neiges"

A cela s'ajoute des rumeurs faisant d'Hallstatt le lieu d'inspiration du royaume du dessin animé "La Reine des Neiges". Conséquence: le tourisme était devenu hors de contrôle, au gram dam des habitants, avec plus de 21'000 bus touristiques accueillis l'an passé.

"Quand 10'000 personnes se déplacent dans ce village prévu pour 800 habitants, il devient alors presque impossible de faire du vélo ou même de marcher dans les rues tant il y a de monde", poursuit le témoin interrogé par la RTS. "C'est difficile aussi d'aller faire ses courses en voiture dans le village d'à côté, car il y a des embouteillages partout".

"Si on laissait ce lieu respirer un peu et qu'on n'acceptait pas autant de touristes, le village aurait beaucoup plus de charme", relève de son côté un vacancier de passage. Et c'est bien la question qui se pose aujourd'hui pour Hallstatt: après la crise du coronavirus, le village peut-il se convertir à un tourisme plus durable? Peut-il privilégier la qualité à la quantité?

Impossible de se priver des touristes asiatiques

C'est le vœu de certains. Mais pour d'autres comme le gérant d'un hôtel, ce serait synonyme de pertes économiques. "Nous avons besoin des touristes extra-européens, sans eux nous ne pouvons quasiment pas survivre", explique-t-il. "Ils représentent en temps normal 80% de nos clients ici. Et en ce moment par exemple, l'hôtel n'est rempli qu'à 50 ou 60% (…) Les Autrichiens, les Allemands et les Européens ne peuvent pas remplacer les touristes internationaux. Ce n'est pas possible".

L'un des responsables de l'office du tourisme local reconnaît qu'il faut de nouvelles règles. Mais il ne faut pas condamner le tourisme, dit-il, car il fait vivre de nombreuses personnes.

Le maire de la commune, lui, n'a pas attendu la crise du coronavirus pour prendre des mesures. Ainsi, depuis mai dernier, seuls 54 bus touristiques maximum sont autorisés chaque jour à Hallstatt, contre une moyenne de 80 auparavant.

"Il faut que cela reste vivable"

"Nous pensons que cette mesure est un premier pas important, mais ce n'est qu'un début", souligne Alexander Scheutz. "On peut encore la renforcer en laissant venir encore moins de bus. Il serait également possible de construire un parking en périphérie du village, ainsi les voitures disparaîtraient rapidement de la rue centrale. En aucun cas, nous ne voulons rejeter les touristes, nous nous réjouissons de leur visite. Mais il faut que cela reste vivable".

Le maire doit par ailleurs être régulièrement en contact avec l'Unesco puisque le village est classé au patrimoine mondial depuis 1997 et que l'organisation veille depuis avec attention à sa préservation.

Isaure Hiace/oang

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