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Les géants du net refusent de collaborer à Hong Kong

Les géants du net refusent de collaborer à Hong Kong. [Gaëtan Bally - Keystone]
Les géants du net refusent de collaborer à Hong Kong / La Matinale / 18 sec. / le 7 juillet 2020
Facebook, WhatsApp, Twitter, Google et Telegram suspendent leur coopération avec les autorités hongkongaises. Dans le sillage de l'adoption de la nouvelle loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin la semaine dernière, ces entreprises ont annoncé le refus temporaire d'obtempérer, le temps d'évaluer les implications du texte sur la liberté d'expression.

"Nous sommes attachés au droit à la sphère privée de nos usagers hongkongais. Telegram ne transmettra aucune donnée aux autorités du territoire avant qu'un consensus international n'ait été décidé au sujet des récents changements politiques imposés", a déclaré hier l'entreprise par voie de communiqué.

WhatsApp a pour sa part déclaré vouloir "continuer à offrir une plateforme de conversation sûre".

Quant à Facebook, la société a réitéré la nécessité de "garantir des droits humains aussi fondamentaux que la liberté d'expression", tout en soulignant "l'importance de défendre le droit des individus de s'exprimer sans peur de répercussions".

TikTok annonce son départ

Plus surprenant, TikTok a annoncé mardi matin son intention de quitter Hong Kong ces prochains jours. La plateforme de vidéos à succès, propriété du groupe chinois ByteDance, invoque aussi la nouvelle loi sur la sécurité nationale pour justifier sa décision.

Dans la tourmente en Inde – où les autorités ont récemment interdit l'application invoquant un risque de transfert des données des utilisateurs vers la Chine – TikTok pourrait aussi être bannie prochainement aux Etats-Unis. Dans ce contexte, l'entreprise tente de rassurer: "Jamais nous n'accepterons de censurer notre contenu ou de transmettre les données de nos utilisateurs", avait tenté de rassurer son directeur Kevin Mayer, assurant également ne pas stocker de données en Chine.

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Les géants du net refusent de collaborer à Hong Kong. [Gaëtan Bally - Keystone]Gaëtan Bally - Keystone
Le réseau social TikTok quitte Hong-Kong suite à l'imposition de la loi sur la sécurité nationale / Le 12h30 / 1 min. / le 7 juillet 2020

Une collaboration avec la police

La décision de quitter Hong Kong s'inscrit donc dans cette opération de communication. TikTok est prête à se passer de ses 150'000 utilisateurs dans l'ancienne colonie britannique pour tenter de sauver ses activités sur les marchés occidentaux. La stratégie n'en est pas moins forte symboliquement, confirmant la dégradation des libertés suite à l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur la sécurité nationale à Hong Kong.

Beaucoup avaient mis en garde contre le texte ambigu visant à museler l'opposition et à punir les actes et les propos considérées comme une menace à l'autorité de Pékin ou du gouvernement local.

Selon la nouvelle disposition en vigueur, tout fournisseur de service internet présent dans l'ancienne colonie britannique doit collaborer avec la police sur demande de celle-ci. Les forces de l'ordre peuvent en outre se passer de mandat judiciaire dans le cadre des enquêtes tombant sous le coup de la loi en question.

Dilemme pour les géants de la tech

Face aux critiques internationales et au refus d'obtempérer de nombreux acteurs du web, plusieurs géants américains se retrouvent à leur tour sous pression. Apple, qui échappe encore à la censure en Chine contrairement à de nombreux acteurs digitaux occidentaux, fait face à un dilemme, alors que Microsoft a annoncé s'aligner sur Facebook, WhatsApp, Twitter, Google ou Telegram.

En adoptant une ligne de défiance, elles s'exposent à des sanctions de la part de Pékin. Se plier aux exigences de la nouvelle loi sur la sécurité nationale risquerait en outre d'engendrer un dégât d'image.

Attiser la colère

De son côté, la Chine montre les dents. Excédé par les reproches répétés de nombreux Etats étrangers, Pékin a intensifié sa rhétorique agressive ces derniers jours en s'en prenant ouvertement aux Etats-Unis, à l'Australie, au Royaume-Uni, à la France ou au Canada.

La prise de position des géants internet occidentaux risque est susceptible d'attiser davantage la colère du gouvernement central qui interprète cette défiance comme une ingérence dans ses affaires internes. 

L’incertitude demeure quant aux conséquences d’un refus permanent d’obtempérer de la part des entreprises concernées. Outre des amendes, une exclusion est envisageable. La muraille numérique de Pékin menace d’encercler Hong Kong.

Michael Peuker

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Hong Kong va "appliquer vigoureusement" la loi sur la sécurité, dit Carrie Lam

En conférence de presse, la cheffe du gouvernement hongkongais Carrie Lam s'est montrée à la fois rassurante et menaçante. "Le gouvernement de Hong Kong va appliquer vigoureusement cette loi", a-t-elle martelé, mettant notamment en garde les militants "radicaux" contre tout "franchissement de la ligne rouge". "Les conséquences d'une violation de cette loi sont très graves", a souligné la cheffe de l'exécutif.

Elle a cependant nié les allégations selon lesquelles cette loi menacerait les libertés dont jouissent les quelque 7,5 millions de Hongkongais, qualifiant de "sophismes" les commentaires à son sujet. Ce texte législatif "n'est certainement pas aussi sombre qu'il y paraît pour Hong Kong", a-t-elle lancé.

La semaine dernière, en quelques heures, un climat de crainte s'est abattu sur la ville. Nombre d'habitants ont effacé les traces informatiques de leur engagement pro-démocratie alors que le gouvernement a ordonné lundi aux écoles de retirer les livres qui pourraient enfreindre le texte.
Des ouvrages écrits par des figures du mouvement pro-démocratie hongkongais ont également commencé à disparaître des bibliothèques de la ville.