Modifié

La justice italienne auditionne le Premier ministre sur la gestion de la pandémie

Giuseppe Conte, le chef du gouvernement italien, est critiqué pour sa gestion de la pandémie. [ANGELO CARCONI - Keystone/epa]
Giuseppe Conte, le chef du gouvernement italien, est critiqué pour sa gestion de la pandémie. [ANGELO CARCONI - Keystone/epa]
Le parquet de Bergame, dans le nord de l'Italie, a entendu le chef du gouvernement Giuseppe Conte pendant près de 3 heures vendredi dans le cadre d'une enquête sur la gestion de l'épidémie de Covid-19 qui a fait plus de 34'000 morts dans la Péninsule.

La procureure de Bergame, Maria Cristina Rota, a auditionné Giuseppe Conte à la primature à Rome, dans le cadre d'une enquête sur les retards en mars derniers dans la création de "zones rouges" dans deux communes du nord du pays, alors que l'épidémie explosait. La magistrate et son équipe devaient également entendre les ministres de la Santé, Roberto Speranza, et de l'Intérieur, Luciana Lamorgese.

Toutes les enquêtes sont les bienvenues. Les citoyens ont le droit de savoir et nous avons le droit de répondre.

Giuseppe Conte, chef du gouvernement italien. [RICCARDO ANTIMIANI - Keystone/EPA]
Giuseppe Conte, chef du gouvernement italien

Les "zones rouges" pas assez rapidement mises en place

Le parquet de Bergame, ville martyre de la région de Lombardie et épicentre de l'épidémie qui a frappé l'Italie de début février à mai et fait plus de 34'000 morts, mène plusieurs enquêtes distinctes liées à cette tragédie. L'une d'elles défraye particulièrement la chronique ces derniers jours en Italie.

>> Les zones rouges, état au 8 mars 2020:


Elle porte sur les retards dans la création d'une "zone rouge" comprenant deux communes de ce département, Nembro et Alzano Lombardo, particulièrement touchées par le Covid-19. Le gouvernement central et les dirigeants de la Lombardie se rejettent la responsabilité de ce retard, qui a eu un impact dramatique avec la saturation du système sanitaire, la hausse de la mortalité et la progression du nouveau coronavirus dans cette région.

Le président de la Lombardie, Attilio Fontana, et son responsable régional de la Santé, Giulio Gallera, entendus fin mai devant le parquet de Bergame sur cet aspect, avaient affirmé que la décision d'établir la "zone rouge" revenait au gouvernement à Rome. Le ministre des Affaires régionales, Francesco Boccia, avait à l'époque rétorqué que "même la région aurait pu l'instaurer, il existe une loi le permettant".

 >> Ecoutez le sujet de Tout un monde sur les actions citoyennes contre les Etats:

Cercueils alignés dans une église de Seriate, près de Bergame en Italie. [Antonio Calanni - AP/Keystone]Antonio Calanni - AP/Keystone
Coronavirus: des actions citoyennes contre la mauvaise gestion de la crise par les Etats / Tout un monde / 6 min. / le 12 juin 2020

Toute la question porte donc sur qui, du gouvernement central ou de la Lombardie, aurait dû, entre le 3 et le 9 mars, mettre en place cette "zone rouge". Cette enquête est distincte du recours collectif introduit mercredi matin, également à Bergame, avec le dépôt auprès du parquet local d'une cinquantaine de plaintes par des proches de victimes du virus, la première action de groupe en Italie à propos de la pandémie.

Evénements remontant à début mars

Les premières "zones rouges" ont été établies fin février sur décision du gouvernement italien et ont concerné une dizaine de municipalités en Lombardie, notamment Codogno, la ville du "patient numéro un". Début mars, l'épidémie a continué de se propager, avec deux foyers plus importants, dans les deux communes de Nembro et d'Alzano, dans le département de Bergame. Le Comité technique et scientifique (CTS), qui conseille le gouvernement Conte, a alors proposé d'y imposer une "zone rouge", jugeant que la situation "s'aggravait dans toute la Lombardie", tandis que l'Institut supérieur de la santé (ISS) préconisait à son tour le lendemain la même mesure dans ces deux communes.

Selon le Corriere, Giuseppe Conte a une nouvelle fois rencontré ces experts le 6 mars, pour finalement choisir de faire du pays entier une "zone rouge", par un décret signé le 7 mars et entré en vigueur le surlendemain, perdant ainsi un temps précieux pour contenir la pandémie.

ats/lbw

Publié Modifié