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Après un an de lutte, la Chine en passe de mater Hong Kong à l'usure

Des manifestants ont allumé des bougies en l'honneur des victimes du massacre de la place Tiananmen en 1989. Parc Victoria, Hong Kong, le 4 juin 2020. [Kin Cheung - Keystone/AP photo]
Le point sur la situation de Hong-Kong. / Tout un monde / 3 min. / le 8 juin 2020
Le 9 juin 2019, plus d'un million de Hongkongais, selon les manifestants, se rassemblaient dans les rues de la métropole pour protester contre une nouvelle loi d'extradition vers la Chine. Un an plus tard, Pékin n'a rien lâché et l'opposition étouffe.

Accusée de mettre à mal l’autonomie du territoire, cette loi voulue par Pékin, qui permettait l'extradition de Hongkongais vers la Chine, avait provoqué un soulèvement impressionnant d'une vaste majorité de la population de l'ex-colonie britannique. Galvanisé par un sentiment d'unité, un flot de manifestants avait déferlé entre les gratte-ciels pour s’opposer à l’emprise croissante de Pékin. Le milieu des affaires, si important à Hong Kong, suivait le mouvement.

Plus de sept mois de contestations et de manifestations hebdomadaires avaient suivi. Le gouvernement local avait finalement dû se résoudre à biffer la loi face à l'intensité de la mobilisation. "Pékin doit savoir que ce n'est pas la bonne stratégie (...). Cette crise est aussi l'opportunité, pour eux, de changer d'attitude et de nous faire confiance. Laissez-nous nous gouverner de manière démocratique", avait déclaré au micro de la RTS Martin Lee, 82 ans, celui qui est surnommé le "père de la démocratie" hongkongaise.

>> Revoir le reportage du 19h30 le 9 juin 2019:

Hong Kong: un million de manifestants contre un projet de loi d'extradition [RTS]
Hong Kong: un million de manifestants contre un projet de loi d'extradition / 19h30 / 1 min. / le 9 juin 2019

Pire que la fameuse loi d'extradition

Un an plus tard, le constat est amer pour les manifestants. L'optimisme et la combativité incarnés par les propos de Martin Lee le 9 juin 2019 semblent bien loin. La Chine n’a rien lâché, bien au contraire. Aujourd'hui, l'opposition étouffe.

Conséquence de cette contestation, le Parlement chinois a fait passer en force il y a deux semaines une loi visant à museler l’opposition à Hong Kong. Pékin devrait désormais être en mesure d’intervenir activement sur le terrain en cas de troubles. Il s'agit d'un coup sans précédent porté à l’autonomie du territoire, pire que la fameuse loi d'extradition contre laquelle s’était justement soulevée la population l'an dernier.

>> Plus de détails dans notre article: Pékin assomme Hong Kong un an après le début des manifestations

Coronavirus et découragement

Cette fois, pourtant, les rues de la mégapole restent relativement calmes. Il faut dire que la pandémie de Covid-19 est passée par là. Le gouvernement local interdit officiellement tout rassemblement, même si la maladie n'a tué que quatre personnes depuis le début de la crise et que les contaminations se comptent sur les doigts d'une main depuis la mi-avril.

Et puis, les plus de 26 semaines de mobilisations ont été très éprouvantes, voire décourageantes. L’annonce de la nouvelle loi adoptée récemment par Pékin a certes suscité une forte indignation, mais on sent aussi beaucoup de désillusion. Certains se demandent à quoi toutes ces semaines de manifestations ont bien pu servir.

HSBC en tête, une partie du milieu des affaires se range du côté de Pékin

De plus, à la différence de la loi d’extradition, les milieux économiques se font cette fois très discrets. Ils ont énormément souffert du bras de fer de l’an dernier, puis de la pandémie. La plupart semblent se résoudre à la reprise en main de la Chine pour sauver leurs affaires. Certaines grosses entreprises ont d’ailleurs déclaré ouvertement soutenir la nouvelle loi imposée par Pékin, à l’image de la banque HSBC la semaine dernière.

La Chine faisant pression sur de nombreuses entreprises et grandes fortunes, les "tycoons" ‒ les grands magnats des affaires à Hong Kong ‒ soutiennent eux aussi, pour la plupart, le texte controversé, même si l’inquiétude prédomine: d’un côté, la Chine intimide; de l'autre, les Etats-Unis font pression eux aussi. Suite à la décision de Pékin, Donald Trump a annoncé son intention de révoquer certains des avantages commerciaux et financiers conférés à Hong Kong, sans entrer encore dans les détails. Cette révocation aurait des conséquences néfastes pour Hong Kong, la Chine, mais aussi les Etats-Unis dont beaucoup d’entreprises sont basées sur place.

>> Lire à ce sujet: Les Etats-Unis menacent de priver Hong Kong de son statut spécial

Pékin parie sur le bluff de Washington, qui tarde à préciser ses sanctions. Pris en étau, les Hongkongais semblent observer la situation. Il faudra voir si l'anniversaire, cette semaine, du début de la contestation massive de 2019 sera l'occasion d'un sursaut populaire.

Sujet radio: Michael Peuker

Adaptation web: Vincent Cherpillod

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Carrie Lam ne veut plus de manifestations

Hong Kong ne peut plus se permettre de supporter les scènes de "chaos", a prévenu mardi la dirigeante de l'exécutif du territoire Carrie Lam. "Nous avons traversé de grandes épreuves au cours de l'année écoulée et ces situations ont engendré de nouvelles difficultés", a-t-elle déclaré lors de sa conférence de presse hebdomadaire.

Des rassemblements sont prévus mardi vers midi pour commémorer les manifestations de juin dernier. Un référendum prévoit lui de proposer à la population de se prononcer sur une grève générale contre le projet législatif. (reuters)