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Certains leaders républicains commencent à tourner le dos à Donald Trump

Des personnalités républicaines commencent à exprimer leurs doutes sur Donald Trump. [Keystone]
Plusieurs personnalités républicaines tournent le dos à Trump / La Matinale / 1 min. / le 8 juin 2020
George W.Bush, Colin Powell ou Mitt Romney, de plus en plus de personnalités influentes du Parti républicain se détournent de Donald Trump ou laissent transparaître des doutes. Le second est même le premier à avoir affirmé ouvertement qu'il votera pour Joe Biden.

A quelques mois de la présidentielle américaine, la pandémie de coronavirus et l'affaire George Floyd pourraient-elles bouleverser les cartes? Si les démocrates tirent à boulets rouges sur Donald Trump pour sa gestion, catastrophique disent-ils, de ces deux crises, plusieurs républicains manifestent aussi un certain scepticisme.

Certains ténors, ou anciens ténors, du Grand Old Party commencent à critiquer la politique du président sortant, parfois ouvertement, rarement frontalement et souvent timidement. Mais la grogne monte peu à peu. Au point de faire vaciller Donald Trump?

Le président ne se laisse pas démonter, critiquant vertement les personnalités de son parti qui se détournent de lui et rappelant sans cesse que l'immense majorité de la base électorale républicaine demeure à ses côtés. Et il faut se souvenir que nombre de républicains ne soutenaient pas le milliardaire en 2016 avant de finalement se rallier à lui ou de se murer dans le silence.

Mais qui sont ces républicains qui se dressent face à Donald Trump, avec plus ou moins de véhémence?

Colin Powell

Début juin, l'ancien secrétaire d'Etat de George W.Bush Colin Powell a chargé Donald Trump avec virulence, mettant en garde contre le danger d'un second mandat de Donald Trump, un président "qui ment tout le temps" et qui cherche à diviser les Américains.

Colin Powell, premier Afro-Américain à avoir occupé le poste de chef d'état-major des armées, a dans la foulée annoncé qu'il soutenait le candidat démocrate Joe Biden. Il avait d'ailleurs déjà soutenu Barack Obama par le passé, puis Hillary Clinton, tout en restant au sein du Parti républicain.

"Nous avons une Constitution, nous devons respecter la Constitution. Et le président s'en est éloigné", a déploré Colin Powell, 83 ans, évoquant en particulier sa réaction face aux manifestations contre le racisme après la mort de George Floyd.

Donald Trump a immédiatement répliqué dans un tweet, rappelant le rôle joué par Colin Powell dans le déclenchement de la guerre en Irak, avec la polémique sur les prétendues armes de destruction massive, et estimant que sa réputation était "très surfaite".

Egalement sur Twitter, Joe Biden s'est lui réjoui de cet appui inattendu: "Il ne s'agit pas de politique. Il s'agit de l'avenir de notre pays. Merci pour votre soutien."

Le clan Bush

De longue date, le clan Bush conteste la prise de pouvoir de Donald Trump. En 2016, les deux anciens présidents George H.W.Bush et George W.Bush avaient déclaré ne pas avoir voté pour le milliardaire. Et pour 2020 cela ne s'annonce pas mieux: si le premier est décédé entre-temps, le second ne semble pas des plus motivés.

Début juin, le New York Times a annoncé, sans citer de source, que George W.Bush "ne soutiendrait pas" la réélection de Donald Trump, sans préciser s'il voterait pour Joe Biden. Le porte-parole de l'ancien président a ensuite nié cette prise de position, sans assurer formellement le contraire: "Il a pris sa retraite de la politique présidentielle et n'a pas fait part de son prochain vote."

Reste que George W.Bush s'est récemment exprimé pour appeler à l'unité de la nation pour gérer la pandémie de coronavirus et contre le racisme dans le pays, sous-entendant que le président ne contribuait pas à son unité. Donald Trump a à chaque fois raillé l'ancien président.

Autre membre influent du clan et du parti, Jeb Bush, fils et frère des anciens présidents et ancien gouverneur de Floride, n'a pas encore pris position officiellement, mais ne cache pas son dépit et a même indiqué qu'il n'était pas sûr d'aller voter. En revanche, son fils George P.Bush est l'un des rares membres de la famille à avoir déclaré qu'il portait son choix sur l'actuel président.

Mitt Romney

Le sénateur de l'Utah Mitt Romney, ancien candidat à la présidence et personnalité influente de la Chambre haute, ne cache plus son inimitié pour Donald Trump. En février, il a même été le seul sénateur de son camp à voter en faveur d'une destitution de Donald Trump, aux côtés de l'opposition démocrate, s'attirant là aussi les foudres du président.

Autre signe de son opposition, il a participé à une marche près de la Maison Blanche avec le slogan Black Lives Matter, un défilé visant à dénoncer le racisme et les violences policières, et donc la politique présidentielle actuelle.

Quant à Donald Trump, il critique Mitt Romney après chacune de ses interventions, ne manquant jamais de rappeler son échec face à Barack Obama.

Cindy McCain

Le couple McCain est également de longue date dans l'opposition frontale à Donald Trump. John McCain, candidat à la présidentielle de 2008, est décédé en 2018, mais il n'a eu de cesse jusqu'à la fin de sa vie de dénoncer les prises de position du milliardaire républicain. Et alors que George W.Bush et Barack Obama ont prononcé un éloge funèbre à ses obsèques, la présence de Donald Trump n'était pas souhaitée par le défunt. Celui-ci s'est d'ailleurs montré peu loquace lors de son décès.

Cindy McCain, la veuve de John McCain, a récemment déclaré qu'elle ne voterait pas pour Donald Trump et qu'elle était presque certaine d'apporter sa voix à Joe Biden. Sa fille Meghan a elle critiqué plusieurs fois le président avec virulence, notamment pour sa gestion de l'affaire Floyd.

Condoleeza Rice

Quant à Condoleeza Rice, autre personnalité noire de premier de plan des années Bush qui avait succédé à Colin Powell au département d'Etat en 2005, elle a refusé de se prononcer sur son vote à ce stade. Mais celle qui n'avait pas soutenu Donald Trump en 2016 lui a distillé des conseils qui ressemblent fort à des reproches.

"Mettez les tweets de côté pour quelque temps et parlez-nous, engagez la conversation", lui a-t-elle suggéré sur CBS, l'appelant à faire preuve de plus d'empathie.

Jim Mattis et les militaires

Jim Mattis n'est pas affilié formellement au Parti républicain mais comme il a été ministre de la Défense de Donald Trump entre 2017 et 2018, on le considère comme proche de la formation présidentielle. Et le général s'est fait l'auteur début juin d'un violent réquisitoire contre le président, l'accusant de vouloir "diviser" une Amérique secouée par un mouvement de colère historique.

"De mon vivant, Donald Trump est le premier président qui n'essaye pas de rassembler les Américains, qui ne fait même pas semblant d'essayer", a écrit l'ancien général des Marines âgé de 69 ans. Et d'ajouter: "Nous payons les conséquences de trois années sans adulte aux commandes."

La fronde de Jim Mattis, militaire respecté qui avait démissionné avec fracas en décembre 2018 au lendemain de l'annonce par le président Trump d'un retrait unilatéral de Syrie, s'étend désormais dans l'armée. Et certains militaires de haut rang, s'ils affirment ne pas soutenir Joe Biden, ne cachent pas leurs doutes sur le leadership de Donald Trump.

Le général John Kelly, ancien chef de cabinet de la Maison Blanche, a adhéré aux propos de Jim Mattis, estimant aussi que Donald Trump faisait du mal au pays. Il a été suivi par plusieurs autres hauts gradés.

Lisa Murkowski

La sénatrice républicaine de l'Alaska Lisa Murkowski a approuvé les propos du général Mattis, estimant que "nous arrivons à un point où nous pouvons être plus honnêtes avec les inquiétudes que nous pouvons avoir en interne et avoir le courage de nos propres convictions pour parler".

L'élue, qui appartient à l'aile modérée du parti, a ensuite précisé avoir "du mal" à se décider à voter pour Donald Trump. Le président a ensuite assuré qu'il ferait campagne contre elle si elle souhaitait être réélue. Ce à quoi elle a répondu qu'elle ne pouvait pas vivre dans la crainte d'un tweet.

Susan Collins

Début juin, Susan Collins, sénatrice républicaine du Maine, a refusé d’accompagner Donald Trump lors d'une visite dans son Etat. Elle avait auparavant désapprouvé la violence utilisée pour disperser les manifestations pacifiques, et notamment la répression d'un défilé à Washington pour permettre à Donald Trump de se rendre dans une église partiellement détruite lors des protestations et y poser Bible à la main.

"Pour moi, pendant une telle période, le président devrait essayer d'apaiser la nation, promettre de corriger les erreurs historiques et être une influence stable", a-t-elle déclaré, sans toutefois remettre en question son soutien à Donald Trump lors de la présidentielle.

Bill Weld

Ancien gouverneur du Massachusetts, Bill Weld est celui qui est resté en campagne le plus longtemps contre Donald Trump, même s'il n'était crédité que de 1% des voix environ. Il a finalement abandonné la course en mars.

Bill Weld s'est ensuite fait plus discret, tout comme son leitmotiv de campagne, "L’Amérique mérite mieux".

Joe Walsh

Le républicain Joe Walsh, ancien élu de l'Illinois à la Chambre des représentants, a un temps fait campagne contre Donald Trump pour obtenir l'investiture. Mais il a dû renoncer après n'avoir obtenu que 1,1% des voix lors du caucus de l'Iowa.

Mais en suspendant sa campagne, il a déclaré que son "combat contre le culte de Trump" ne faisait que commencer. "Je promets de tout faire pour mettre en échec Trump et ses complices en novembre", expliquait-il sur Twitter.

Frédéric Boillat

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Le Lincoln Project

Le Lincoln Project est une organisation de conservateurs anti-Trump, formée fin 2019 par plusieurs républicains influents. Son objectif est d'empêcher la réélection de Donald Trump. Ce comité d'action a ainsi annoncé son soutien à Joe Biden.

Ses quatre membres fondateurs sont l'avocat George Conway, les stratèges politiques Steve Schmidt et John Weaver, ainsi que le consultant en médias Rick Wilson. Conway est sans doute le plus connu, puisqu'il est le mari de Kellyanne Conway, ancienne directrice de campagne de Donald Trump et actuelle conseillère à la Maison Blanche. L'avocat conservateur publie chaque jour des critiques acerbes contre le président.





Le Lincoln Project a déjà levé plusieurs millions de dollars pour son opération "Never Trump" et sa force de frappe est importante, notamment via des publicités sur les réseaux sociaux.

Mais si ce mouvement ne représente qu'un fragment de l'électorat républicain, il n'en irrite pas moins Donald Trump. Preuve en est une série de tweets début mai, dans lesquels le président dénonce un groupe de perdants qui ne sait pas comment gagner et une "honte" pour Abraham Lincoln.