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Derrière ses louanges, la profonde frustration de l'OMS à l’égard de la Chine

Le logo de l'Organisation mondiale de la santé devant son siège à Genève. [Martial Trezzini - Keystone]
L'OMS dissimulait une profonde frustration à l'égard de la Chine / La Matinale / 1 min. / le 3 juin 2020
L'agence Associated Press a obtenu des enregistrements et des procès-verbaux de réunions tenues ces derniers mois par l'Organisation mondiale de la santé. Ces documents révèlent l'exaspération de plusieurs dirigeants de l'institution face au manque de transparence et de coopération de Pékin au début de la pandémie de Covid-19.

Sur scène, l'OMS félicitait Pékin pour son efficacité et sa transparence, soulignant l'identification rapide du génome du virus et son partage "immédiat" avec la communauté internationale. En coulisses cependant, la réalité était tout autre, révèlent les documents consultés par AP.

La Chine a retardé la transmission de ces données génétiques pendant plus d'une semaine. Les autorités ont interdit toute communication des laboratoires parvenus à décoder la séquence génétique du nouveau coronavirus dans un effort de contrôle de l'information.

Le gouvernement central a en outre rechigné à fournir des informations détaillées pourtant réclamées par l'Organisation mondiale de la santé comme l'évolution des symptômes de différents patients, le nombre de personnel médical infecté et les conditions dans lesquelles ont eu lieu les infections. Ces données étaient jugées cruciales pour la compréhension du mode de propagation du SARS-COV-2 et son degré de contagion.

"Il nous faut voir des données, c'est essentiel"

"Ils nous donnent le minimum", s'est par exemple indignée la responsable technique Covid-19 de l'OMS lors d'une réunion interne… "Ce n'est clairement par assez pour mettre sur pied une stratégie adéquate", s'est-elle plainte en janvier.

"C'est le moment de passer à la vitesse supérieure", a pour sa part enjoint le chef des situations d'urgence, mettant en garde contre un scénario semblable à celui vécu lors de l'épidémie de SRAS en 2003. La Chine avait entravé le travail des enquêteurs de l'OMS les premiers mois de l'épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère. "Nous sommes dans le même cas de figure; nous essayons sans cesse d'obtenir des informations du terrain".

Et le responsable d'ajouter: "Ça ne se serait pas passé comme cela au Congo. Ça ne s'est d'ailleurs pas passé comme ça au Congo ni dans n'importe quel autre pays du monde", une référence à la gestion de l'épidémie d'Ebola qui a frappé le pays d'Afrique centrale en 2018. "Il nous faut voir des données! C'est essentiel."

Une organisation impuissante

L'enquête dépeint par conséquent une organisation impuissante, évoluant à tâtons plutôt qu'une institution complice de Pékin comme l'affirment aujourd'hui les Etats-Unis. Ces derniers ont d'ailleurs annoncé en fin de semaine dernière leur intention de couper les ponts avec l'organisation. Une mauvaise nouvelle pour l'OMS dont les USA étaient jusqu'ici le principal contributeur à hauteur de 450 millions de dollars par an.

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Malgré l'étendue des frustrations internes, l'OMS a cependant continué de ménager la Chine, renonçant à critiquer publiquement Pékin. Une indulgence liée à la crainte de braquer les autorités chinoises. En optant pour une confrontation ouverte, l'organisation craignait de compliquer davantage la récolte de données et l'obtention d'information, débouchant finalement sur une situation encore plus précaire.

L'OMS et les instances chinoises citées dans l'enquête d'AP ont pour l'heure refusé de réagir officiellement.

Michael Peuker/ebz

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