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La commémoration du massacre de Tiananmen annulée à Hong Kong

Faute de défilé, des habitants de Hong Kong préparent une veillée aux chandelles pour commémorer le 31ème anniversaire du massacre de la place Tian'anmen [Tyrone Siu - Reuters]
La Chine interdit la traditionnelle commémoration, à Hong Kong, du massacre de la place Tian'anmen / La Matinale / 1 min. / le 4 juin 2020
C’est une première en 30 ans: la traditionnelle veillée aux chandelles organisée à Hong Kong pour commémorer le massacre de Tiananmen le 4 juin 1989 n’aura pas lieu cette année, interdite par la police hongkongaise qui invoque les risques liés à la pandémie de Covid-19.

L’opposition pointe de son côté une décision politique sur fond de tensions accrues dans le territoire. "Les bars, les restaurants, les cinémas et les différents lieux publics ont tous rouvert ces dernières semaines… Les rues marchandes sont à nouveau bondées. L’épidémie est un prétexte pour les autorités", s’indignent nombre d’opposants au gouvernement hongkongais.

La veillée attire traditionnellement les foules sur l’île, seul endroit en Chine où la répression sanglante de Pékin est aussi largement commémorée. L’an dernier, ce même rendez-vous avait précédé sept mois de manifestations dans le territoire contre une loi visant à faciliter les extraditions vers la Chine continentale. Retiré sous la pression populaire, ce texte symbolisait pour beaucoup l’emprise croissante du Parti communiste sur l’ancienne colonie britannique.

Contexte tendu

Ces mois de troubles sociaux ont débouché sur un coup de force institutionnel de Pékin la semaine dernière. Le Parlement chinois a en effet contourné les institutions hongkongaises pour passer une loi visant à punir tout acte de dissidence ou de subversion dans le territoire, théoriquement seul compétent pour légiférer en la matière.

>> Lire: A 2878 contre un, le parlement chinois adopte sa mesure controversée sur Hong Kong

Pris de court, le mouvement pro-démocratique hongkongais dénonce un coup de force compromettant de facto l’autonomie du territoire et signant l’arrêt de mort du principe "Un pays, deux systèmes" adopté au moment de la rétrocession en 1997.

C’est donc dans un contexte extrêmement tendu qu’est intervenue la décision d’interdire la veillée aux chandelles dans le parc Victoria, au centre-ville. L’exécutif hongkongais nie avoir cédé aux pressions de Pékin. Il s’agirait d’une simple précaution sanitaire.

Réunion malgré tout

Si la pandémie est officiellement sous contrôle, cinq nouveaux cas d’infection au Covid-19 ont été détectés en deux jours. Les autorités ont d’ailleurs décidé ce matin de prolonger de deux semaines les mesures de distanciation physiques. Mais les opposants et les organisateurs de l’évènement n'en démordent pas: la décision est politique, selon eux. Ils dénoncent une instrumentalisation de la pandémie.

Les organisateurs de l’évènement ont promis de se réunir malgré tout jeudi soir dans le parc Victoria. S’ils s’attendent à voir leur manifestation dispersée par la police, ils enjoignent tous les Hongkongais et les soutiens à la cause démocratique à travers le monde à allumer des bougies et à les placer à leurs fenêtres.

A noter que dans l’autre région administrative spéciale chinoise - l’ancienne colonie portugaise de Macao dont le régime de gouvernance est similaire à celui de Hong Kong - la traditionnelle exposition de photographie annuelle sur la répression de Tiananmen a elle aussi été annulée pour la première fois en 30 ans.

Michael Peuker/kkub

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