Vent debout contre le tabou sur la sexualité féminine

Grand Format Documentaire

Mons Veneris films

Introduction

Diffusé actuellement par la RTS, le documentaire "#FEMALE PLEASURE" raconte le combat de cinq femmes issues de cinq cultures différentes pour défendre le droit à disposer de son corps. Retour sur un grand succès du cinéma suisse.

Un film suisse au succès planétaire

Chapitre 01

Ovationné durant plus de 10 minutes lors du Festival du film de Locarno de 2018, le documentaire "#FEMALE PLEASURE" est un plaidoyer pour le droit à l'autodétermination des femmes sur leur sexualité. "Je veux montrer la diabolisation structurelle, universelle et millénaire du corps féminin et de sa sexualité", explique la réalisatrice suisse Barbara Miller.

Le film donne la parole à cinq femmes issues de cinq communautés religieuses différentes. Chacune souffre du non-respect de leur corps en raison de dogmes établis par leur communauté au nom de la religion, ou simplement au nom de la culture. Portées par un puissant sentiment d'injustice, ces cinq femmes mènent une lutte active contre les traditions afin d'améliorer le sort de toutes les femmes.

Le sexe et la sexualité des femmes ont toujours été contrôlés au nom de la religion. Les hommes pratiquent le patriarcat, qui est une religion universelle.

Portrait de Leyla Hussein, une Anglo-Somalienne qui se bat contre l'excision. Son combat et celui de 4 autres femmes est le sujet du documentaire "#Female Pleasure" [RTS]
Leyla Hussein

La pugnacité des cinq femmes pour lutter contre l'obscurantisme a frappé les esprits lors de la sortie du film. Avec plus de 75'000 spectateurs, "#FEMALE PLEASURE" est le documentaire le plus vu en Suisse en 2018 et 2019. Il est aussi "le plus grand succès pour un film suisse à l'étranger", assure la réalisatrice, qui a projeté le documentaire dans plus de 40 pays. "Même si la majorité de l'audience est féminine, la réaction du public masculin a été très positive, d'autant que les cinq protagonistes travaillent toutes en collaboration avec des hommes", se réjouit Barbara Miller.

"#FEMALE PLEASURE", co-produit par la RTS, est à revoir juste ci-dessous jusqu'à mercredi :

Doris Wagner - le christianisme

Chapitre 02

Allemande, Doris Wagner est issue d'une famille chrétienne de Bavière. A l'âge de 19 ans, elle rejoint la Famille Spirituelle "L'Oeuvre". La mère supérieure la prévient: "comme les hommes maîtrisent moins bien leur sexualité, les femmes sont davantage responsables de veiller au bon ordre". Malgré sa prudence, la jeune catholique est victime de viol par un père, de nombreuses fois. Dans cette communauté, "on est vidé de sa substance, privé de sa personnalité, de sa liberté sans qu'on s'en rende compte", explique-t-elle. Doris Wagner finit par s'en remettre à la mère supérieure, qui se fâche puis lui pardonne... "On s'est très longtemps servi de la Bible pour renforcer l'idée que la femme est une pécheresse", dénonce Doris Wagner.

Après plusieurs années de lutte intérieure, la jeune Allemande quitte la communauté. Elle dépose plainte, mais la police classe l'affaire sans suite. Elle informe le pape lui-même, mais n'obtient pas de réponse. Puis elle écrit un livre pour dénoncer sa communauté.

Dans la Bible, les hommes, - à commencer par Joseph, Pierre et Paul -, ont tous fauté un jour, mais ils sont malgré tout devenus des saints. Marie, elle, est immaculée. La femme n'a pas droit à la faute.

Doris Wagner est devenue théologienne. [Mons Veneris films]
Doris Wagner

Grâce à la pression médiatique qu'a constituée le film et grâce à divers soutiens de catholiques suisses et allemands qui croyaient en son histoire, la théologienne allemande a finalement obtenu quelques succès, explique la réalisatrice Barbara Miller. En janvier 2019, le père qui avait abusé d'elle a été suspendu. Et quelques jours plus tard, le pape a admis que les nonnes peuvent aussi être abusées sexuellement au sein de l'Eglise catholique.

Une citation de la Bible. [Mons Veneris films]
Une citation de la Bible. [Mons Veneris films]

Deborah Feldman - le judaïsme hassidique

Chapitre 03

Mons Veneris films

Américaine, Deborah Feldman a grandi à Brooklyn, dans une famille hassidique, courant religieux juif ultra-orthodoxe. On lui assène que son corps de femme est honteux et répugnant, en particulier une fois que les règles arrivent. Lorsqu'elle a 17 ans, sa famille la marie à un jeune homme qu'elle n'avait rencontré qu'une seule fois auparavant. "Il n'y a pas de mots pour dire "Je t'aime" dans le dialecte yiddish avec lequel j'ai grandi. Le mot "tendresse" non plus n'existe pas", explique-t-elle dans le film.

Dans le judaïsme radical, on prive la femme de toute liberté de se définir elle-même. Elle est considérée comme l'antithèse de la spiritualité (...) Elle est à la fois maléfique et sacrée.

Deborah Feldman enrobée dans un "talith", châle réservé aux hommes dans le mouvement hassidique. [Mons Veneris films]
Deborah Feldman

Après la naissance de son premier enfant, refusant d'imposer à celui-ci ce système qui l'étouffe, Deborah Feldman s'enfuit. Sa famille l'enjoint "à préparer sa pierre tombale" tandis que le reste de la communauté l'accuse de "susciter un nouvel holocauste". Mais elle part à Berlin, où elle ne "s'évertue plus à être conforme". Elle raconte son histoire dans un livre "Unorthodox", un best-seller qui a fait l'objet récemment d'une série. Grâce à cette médiatisation, sa communauté la laisse tranquille.

>> Lire: "Unorthodox", la série qui plonge au coeur de la communauté hassidique

Une citation du judaisme. [Mons Veneris films]
Une citation du judaisme. [Mons Veneris films]

Leyla Hussein - l'islam

Chapitre 04

Mons Veneris films

Somalienne, Leyla Hussein est née dans une famille musulmane privilégiée et est autorisée à aller à l'école. Elle est néanmoins excisée à l'âge de 7 ans, devant ses tantes et ses voisines, "des personnes en qui j'avais confiance", souligne-t-elle. Immigrée en Grande-Bretagne, mère d'une fillette à qui elle refuse de faire subir cette mutilation génitale, elle part en guerre contre l'excision, toujours pratiquée en Somalie, au Nigeria et en Sierra Leone, ainsi que par la diaspora.

Ma mère et ma grand-mère ont été conditionnées pour accepter l'idée qu'il fallait faire l'excision pour être une bonne mère. Les hommes aussi subissent ce conditionnement.

Leila Hussein fait une sensibilisation active aux mutilations génitales. [Mons Veneris films]
Leyla Hussein

Déplorant que la femme soit niée "en tant qu'être sexué", Leyla Hussein fonde plusieurs organisations visant à aider les femmes à reprendre possession de leur corps. Régulièrement menacée de mort, elle tient son adresse cachée.

>> Revoir son portrait:

Portrait de Leyla Hussein, une Anglo-Somalienne qui se bat contre l'excision. Son combat et celui de 4 autres femmes est le sujet du documentaire "#Female Pleasure" [RTS]
12h45 - Publié le 16 mars 2019
Une citation du Coran. [Mons Veneris films]
Une citation du Coran. [Mons Veneris films]

Vithika Yadav - l'hindouisme

Chapitre 05

Mons Veneris films

Indienne, Vithika Yadav a grandi dans une famille hindoue traditionnelle du Rajasthan. Elle a appris à ne pas regarder un homme dans les yeux et à ne jamais sortir seule dans la rue. En Inde, un viol a lieu toutes les deux heures. A la puberté, elle est agressée dans la rue, plusieurs fois. Mais elle ne dit rien: "J'avais le sentiment qu'on me répondrait "C'est de ta faute."

Nous sommes le pays du Kama-sutra. Il est donc étrange que cette même culture nous interdise de parler d'amour, de sexe et de plaisir féminin. (...) La sexualité concerne uniquement l'homme et ses désirs

Vithika Yadav défend les droits des femmes en Inde. [Mons Veneris films]
Vithika Yadav

Puis Vithika Yadav décide de briser la culture du silence et fonde "Love Matters", première plate-forme indienne à parler d'amour et de sexualité dans le couple. Car en Inde, le sexe est toujours tabou. La notion même d'amour n'existe pas. "Ne pas parler de sexualité et de relations saines, c'est taire les viols", estime Vithika Yadav. "Love Matters" compte des millions d'utilisateurs.

Une citation de l'hindouisme. [Mons Veneris films]
Une citation de l'hindouisme. [Mons Veneris films]

Rokudenashiko - shinto bouddisme

Chapitre 06

Mons Veneris films

Japonaise, Rokudenashiko a grandi dans une famille traditionnelle Shinto bouddhiste. Autrice de mangas et artiste performeuse, elle se bat contre la diabolisation du corps féminin en créant des figures ou des sculptures avec des moulures de son vagin. Cette créatrice de "l'art vaginal" est violemment arrêtée pour "obscénité en 3D" après avoir inventé un kayak de forme vaginale. Un comble pour cette artiste qui relève que la fête de la fertilité met en avant des milliers de petits, moyens et grands pénis.

L'arrivée au Japon du bouddhisme chinois a entraîné la diabolisation du corps féminin. La femme en soi est "impure" et ne peut atteindre l'état de Bouddha

Rokudenashiko avec son kayak vaginal. [Mons Veneris films]
Rokudenashiko

La charge d'obscénité n'est finalement pas reconnue pour son kayak, mais pour la diffusion des données issues du scan de son vagin. L'artiste a fait appel.

Une citation du bouddhisme. [Mons Veneris films]
Une citation du bouddhisme. [Mons Veneris films]

Les sociétés laïques

Chapitre 07

Mons Veneris films

Plus qu'un film sur les religions, "#FEMALE PLEASURE" veut dénoncer le non-respect des femmes en général. ""Dans le monde entier, les femmes n'ont pas le droit de disposer de leur corps et de leur propre sexualité. Elles se conforment à ce que les autres attendent d'elles", estime Vithika Yadav. Barbara Miller s'attaque donc aussi à la culture pornographique, dans laquelle "les femmes sont principalement là pour satisfaire les hommes".

Toutes les protagonistes dénoncent le contrôle du corps féminin par les sociétés, et plus globalement le contrôle des femmes. "Au Japon, les femmes doivent être invisibles, silencieuses, sourire en permanence et ne jamais se plaindre", déplore Rokudenashiko. "Nous vivons dans un environnement où les femmes sont jugées en permanence sur tout ce qu'elles font: leur façon de parler, leur façon de marcher, leur sexualité... sur le simple fait d'être femme. Le jugement est partout", martèle Leyla Hussein.

Le film veut être un appel à changer les regards sur les femmes. "On ne changera pas un sexe indépendamment de l'autre. C'est un effort collectif. Nous devons tous changer", déclare Deborah Feldman. "Imaginez que nos enfants apprennent dès leur plus jeune âge: 'Tu ne dois pas violer. Ton corps t'appartient, protège-le. Tu as une voix'. Imaginez qu'on leur dise ça tous les jours, dès la crèche ?", conclut Leyla Hussein.

>> Revoir le sujet du 19h30 à la sortie du film en salles:

"Female Pleasure" de la réalisatrice zurichoise Barbara Miller plébiscité au Festival de Locarno. [RTS]
19h30 - Publié le 8 août 2018

>> Lire également: Les frustrations sexuelles des femmes seraient liées à notre héritage culturel

>> Archives: "#Female pleasure", un film lumineux pour dire l'oppression sexuelle et "#FEMALE PLEASURE", le documentaire qui fait salle comble à Locarno