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Accord de principe sur un accès "équitable" et "abordable" à un vaccin

Près de 121 vaccins contre le Covid-19 sont en phase d'étude  [vkovalcik - Depositphotos]
Près de 121 vaccins contre le Covid-19 sont en phase d'étude [vkovalcik - Depositphotos]
L'accès à un futur vaccin, s'il est trouvé, devra être "équitable" et "abordable", mais pas forcément gratuit. Les 194 Etats membres de l'OMS sont tombés d'accord mardi lors de l'Assemblée mondiale de la santé.

L'accès à un futur vaccin était l'enjeu majeur au cœur de l'assemblée extraordinaire en visio-conférence de l'OMS, tenue lundi et mardi. De nombreux laboratoires sont engagés dans cette course contre la montre et plus de 120 vaccins sont actuellement en test.

La résolution approuvée mardi par les 194 États membres prévoit que tout accès à un futur vaccin et d'autres médicaments soit pour tous "équitable, sûr et abordable", mais pas nécessairement gratuit. Sous la pression des États-Unis et de la Suisse notamment, l'assemblée a préservé les entreprises pharmaceutiques en se limitant à rappeler les exceptions possibles aux règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en termes de propriété intellectuelle.

Une déception pour ceux qui, comme l'ancienne présidente de la Confédération Ruth Dreifuss et plusieurs dirigeants mondiaux actuels, demandaient un "vaccin pour le peuple", gratuit et libre de tout brevet.  C'est le cas notamment d'Emmanuel Macron et de Xi Jinping, le président chinois, qui a promis de faire "d'un éventuel vaccin chinois un bien public mondial, accessible aux pays en développement". Pékin s'est d'ailleurs engagé à consacrer 2 milliards de dollars à la lutte mondiale pour faire face à une crise qui a affecté des millions de personnes dans le monde et fait plus de 300'000 décès.

L'OMS en pleine crise

Fondée en 1948, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) est l'un des piliers essentiels de l'organisation onusienne, mais elle est aujourd'hui confrontée à l'une des plus graves crises de son histoire. L'enjeu est de taille pour l'organisation internationale basée à Genève accusée d'avoir tardé à donner l'alerte pour ne pas froisser les susceptibilités de Pékin et pointée du doigt notamment par les Etats-Unis.

Le président américain Donald Trump a d'ailleurs lancé mardi matin un ultimatum cinglant. "Si l'OMS ne s'engage pas à des améliorations notables dans un délai de 30 jours, je vais transformer la suspension temporaire du financement envers l'OMS en une mesure permanente".

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Donald Trump semble bien seul aujourd’hui dans sa croisade contre l’OMS. [AP Photo/Alex Brandon - Keystone]AP Photo/Alex Brandon - Keystone
Donald Trump réitère ses plaintes contre l’Organisation mondiale de la santé / Le 12h30 / 1 min. / le 19 mai 2020

"Il y a un jeu très hypocrite des Etats qui trouvent ainsi un bouc émissaire. A la différence de l'OMC, l'OMS n'a aucun pouvoir de contrainte. Elle ne peut pas se permettre d'aller en Chine pour mener une enquête de terrain. D'ailleurs, jamais aucun Etat membre n'accepterait que l'on empiète sur ses prérogatives", tempère Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale à l'Université de Genève.

Désamorcer les tensions avec Washington

L'assemblée a donc mis en lumière les tensions très vives entre la Chine et les États-Unis. Washington accuse l'OMS d'être une marionnette à la solde de Pékin et la Chine accuse le géant américain de faire diversion - c'est le pays le plus durement affecté par la pandémie - et de se soustraire à ses obligations.

Ainsi, si l'organisation a reçu de nombreuses marques de soutien des pays occidentaux, dont celle de la Suisse, le gendarme sanitaire mondial n'échappera pas à une enquête indépendante.

>> Lire: Une évaluation de la gestion du coronavirus par l'OMS sera lancée

La présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, a en effet fait part du "soutien plein et entier de la Suisse à l'OMS", qu'elle a remerciée pour son engagement. Mais elle a également appelé à un "examen critique" de l'organisation dans sa gestion de la pandémie.

"Il y a bien sûr le volet d'une enquête indépendante sur la crise et ses origines, mais ça va bien au-delà", relève Antoine Flahault. "Cette résolution porte sur l'accès au vaccin, la défense des personnels de santé, la création de couloirs humanitaires, ainsi qu'une approche homme-animal pour mieux en comprendre l'origine."

Olivier Kohler / RTS info

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"Le risque reste élevé"

L'OMS et son directeur se veulent prudentes. "Face à ce dangereux ennemi, le risque reste élevé", a insisté le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus. "Nous appelons les pays à agir avec prudence. Les pays qui vont trop vite risquent de voir leurs efforts être compromis." 

L'assemblée a mis en exergue les critiques quant aux actions souvent dissonantes menées des pays membres pour faire face à la pandémie. Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU, a dénoncé "les politiques divergentes des États qui ont fait payer le prix fort aux populations". 

L'enjeu diplomatique de Taïwan

Cette assemblée mondiale de l'OMS a fait à nouveau éclater la guerre diplomatique à laquelle se livrent depuis des années la Chine populaire et Taïwan. L'île de 23 millions d'habitants fait figure de modèle dans sa gestion de la pandémie. Moins de 500 cas pour seulement 7 décès. Plusieurs pays ont demandé à ce qu'elle puisse partager son expérience. Mais la Chine considère Taïwan comme faisant partie de son territoire. Alors pas question de lui accorder une tribune.

La question a d'ailleurs été très vite écartée. Taïwan a annoncé avant même le début de la réunion ne pas avoir reçu d'invitation à assister comme observatrice à la réunion des 194 membres de l'institution. Cette question sera examinée plus tard cette année. De quoi rassurer la Chine et provoquer la colère du secrétaire d'État américain Mike Pompeo, qui a estimé que ce décalage affecte "davantage encore la crédibilité de l'Organisation mondiale de la santé (OMS)".