Modifié

A Hong Kong, le peuple a pris les devants pour endiguer le coronavirus

La société civile hongkongaise a participé de manière extrêmement active à la lutte contre le Covid-19. [Tyrone Siu - Reuters]
La société civile hongkongaise a participé de manière extrêmement active à la lutte contre le Covid-19. [Tyrone Siu - Reuters]
Lorsque le nouveau coronavirus a commencé à se propager en Chine continentale, peu d'experts imaginaient Hong Kong contrôler l'épidémie aussi efficacement. A l'image d'autres Etats asiatiques, la région administrative spéciale semble pourtant avoir réussi à éviter le pire. Un succès toutefois singulier qui repose davantage sur la société civile que sur le gouvernement.

Située littéralement aux portes de la Chine continentale, premier foyer de l'épidémie, Hong Kong faisait figure d'emplacement idéal pour la propagation du Covid-19. Connue pour la verticalité de son architecture, pour sa place financière, et depuis de nombreux mois pour son mouvement de contestation contre l'influence de Pékin, la ville est également célèbre pour sa densité.

Avec plus de 6700 habitants par kilomètre carré, la mégalopole de 7 millions d'habitants manque cruellement d'espace. A l'exception des plus fortunés, les habitants vivent dans des logements pour le moins exigus, qu'ils doivent souvent partager en famille, conséquence des loyers prohibitifs, avec ce que cela induit en termes de mélange des générations. Dans les transports également et malgré des cadences impressionnantes, métro et bus sont souvent bondés et il apparaît impossible de maintenir une distance physique suffisante.

Ces conditions s'avèrent de facto propices à la propagation des virus. La grippe de 1968 qui a fait plus d'un million de morts à travers le monde a ainsi démarré à Hong Kong et provoqué plusieurs milliers de décès dans la ville. Plus récemment, lors de l'épidémie de SRAS en 2002-2003, la cité a été, derrière la Chine continentale, la région la plus endeuillée. Ces traumatismes passés ont sans conteste aidé la population à acquérir une certaine expérience dans ce genre de situation.

>> Réécouter le podcast La vie au temps du coronavirus qui revient sur la pandémie de 1968:

Logo La vie aux temps du coronavirus [RTS]RTS
Episode 15 - La pandémie de 1968, ça vous dit quelque chose ? / La vie aux temps du coronavirus / 22 min. / le 24 avril 2020

Pourtant, cela ne suffit pas à expliquer de manière exhaustive la réussite de Hong Kong face au Covid-19. La ville ne compte actuellement que 4 décès liés au virus et un peu plus de 1000 cas et ce, sans la mise en place d'un confinement général.

Une réponse lente du gouvernement

Alors que les gouvernements taïwanais ou coréens sont aujourd'hui applaudis pour leur promptitude à réagir face à la crise, on classifie sans doute encore trop souvent Hong Kong dans la même catégorie.

A Taipei, à Séoul ou encore à Singapour, les décisions sont parties du haut pour endiguer le développement de l'épidémie. Traçage des contacts, port du masque rapidement encouragé, contrôle des températures pour les voyageurs en provenance de Chine puis fermeture des frontières aériennes ont fait partie des mesures d'urgence décidées avec une précocité toute particulière par les gouvernements.

>> Lire également: Ces Etats asiatiques qui ont réussi à juguler l'avancée du coronavirus

A Hong Kong, au contraire, le gouvernement de Carrie Lam a semblé traîner des pieds pour prendre des décisions similaires. Quand le premier cas a été détecté le 23 janvier, la dirigeante se trouvait au Forum économique de Davos et elle a été très vite critiquée pour ne pas être revenue immédiatement.

Plusieurs jours après ce premier cas, Carrie Lam, sans doute soucieuse de ne pas déplaire à Pékin, a semblé hésiter, ne sachant pas s'il fallait fermer les frontières avec la Chine continentale. Ce n'est qu'après une mobilisation de la population hongkongaise, et notamment une grève inédite de plusieurs milliers d'employés d'hôpitaux qui réclamaient cette mesure, que la décision a été prise de fermer tous les points de passage avec la Chine, à l'exception de deux ponts. Une action sans doute capitale lorsqu'on sait qu'au mois de janvier 2020, 2,5 millions voyageurs en provenance de Chine continentale s'étaient rendus à Hong Kong.

La cheffe de l'exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, porte un masque lors d'une conférence de presse. [Tyrone Siu - Reuters]La cheffe de l'exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, porte un masque lors d'une conférence de presse. [Tyrone Siu - Reuters]

Sur la question des masques, la cheffe de l'exécutif a là aussi semblé avoir un temps de retard. Alors que son usage devenait de plus en plus systématique dans la ville, elle a appelé au début du mois de février les fonctionnaires à ne pas en porter, provoquant l'hilarité et la colère parmi de nombreux résidents. Une remarque pour laquelle elle a ensuite présenté ses excuses.

Une réaction venue de la base

La réponse de Hong Kong au Covid-19 semble donc bien trouver son originalité dans le fait qu'elle est venue de la base de la société civile. C'est entre autres la conclusion que fait Zeynep Tufekci, professeure associée à l'Université de Caroline du Nord et spécialisée dans les mouvements sociaux et les technologies, dans un article de The Atlantic.

En 2019, une très large frange de la population a appris à s'organiser pendant des mois de lutte, de manifestations et d'affrontements face au gouvernement. Elle a donc décidé d'utiliser les mêmes outils pour affronter la crise sanitaire.

A l'automne, lors d'élections locales, des manifestants ont créé avec un certain succès un site internet qui présentait les candidats, pour éclairer les électeurs et établir clairement quels étaient les politiciens qui suivaient une ligne "pro-Pékin". Le jour même du premier cas de Covid-19 dans la cité, la même équipe a créé un site internet pour, cette fois-ci, tracer l'évolution du virus, prévenir les gens des endroits les plus risqués, dénoncer les magasins vendant des contrefaçons d'équipements de protection ou encore signaler les temps d'attente estimés dans les différents hôpitaux.

Les volontaires ont aussi mis en place des actions indépendantes du gouvernement pour désinfecter les appartements des travailleurs les plus pauvres, afin d'éviter une deuxième vague d'infections, à l'image de ce qu'a vécu Singapour.

>> Lire aussi: Quand la deuxième vague de Covid-19 frappe, exemple à Singapour

La société civile a aussi tenu à apporter sa propre réponse pour les masques. Des équipes se sont formées pour acquérir et distribuer ces équipements aux personnes les plus fragiles de la communauté. Un phénomène qui s'est d'ailleurs répété avec les solutions hydro-alcooliques.

Des groupes s'organisent même désormais pour commander de façon planifiée des plats à l'emporter dans les restaurants qui ont beaucoup souffert au cours des derniers mois, en espérant les sauver de la faillite.

La réponse des autorités mal notée

Le gouvernement de Hong Kong a finalement pris des mesures plus strictes, notamment quand des nouveaux cas ont été détectés lors du retour de certains voyageurs, mais toujours avec ce temps de retard conséquent.

Ainsi, ce n'est qu'à la fin du mois de mars que les autorités ont décidé de rendre obligatoire une mise en quarantaine de 14 jours pour toute personne en provenance de l'étranger, et ce n'est qu'au début du mois d'avril, que les tests de dépistage sont devenus systématiques pour ces voyageurs.

Les Hongkongais semblent d'ailleurs savoir à qui ils doivent leur succès face au Covid-19. Dans un récent sondage qui demandait aux citoyens de plusieurs pays d'évaluer la réponse de leur gouvernement à la crise, l'administration de Carrie Lam arrive en bas de classement. Bien sûr, ce résultat s'explique aussi sans doute par l'animosité qui règne entre le gouvernement et une large partie de la population et ce, en dehors de la crise sanitaire.

Au final, il apparaît toutefois clair que l'exécutif n'a pas réussi à capitaliser sur sa gestion de crise, ni à regagner la confiance des citoyens les plus opposés à sa politique. A contrario, l'action des militants tend à démontrer que le mouvement pro-démocratie n'est pas mort et qu'il était juste en suspension.

>> Réécouter également le sujet du 12h30 qui évoque les pressions de la Chine sur Hong Kong en pleine crise sanitaire:

Les manifestations pro-démocratie continuent à Hong Kong malgré la pandémie. [EPA/Jerome Favre - Keystone]EPA/Jerome Favre - Keystone
La Chine intensifie ses pressions sur Hong Kong en pleine crise du coronavirus / Le 12h30 / 1 min. / le 6 mai 2020

Ces derniers jours d'ailleurs, de nouveaux affrontements ont eu lieu entre des manifestants et les forces de l'ordre. Une fois l'épidémie totalement sous contrôle, la bataille politique sur l'avenir de Hong Kong devrait donc reprendre ses droits.

Tristan Hertig

Publié Modifié