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"Si je dois servir ma paella en portions individuelles, alors je n'ouvrirai pas"

Le tourisme espagnol est aux soins intensifs depuis le 13 mars. L'inquiétude est vive à Barcelone. [RTS]
Le tourisme espagnol est aux soins intensifs depuis le 13 mars. L'inquiétude est vive à Barcelone. / 19h30 / 2 min. / le 13 mai 2020
Deuxième destination touristique au monde, l'Espagne s'apprête à vivre un été difficile, alors que la Commission européenne a proposé mercredi une levée progressive de l'interdiction de voyager dans l'espace Schengen. Au pays du Patanegra, on doute que cela suffise à faire revenir les touristes.

Car depuis le 13 mars, l'économie est au point mort en Espagne, quatrième pays le plus touché au monde par la pandémie de coronavirus avec plus de 27'000 décès liés à la maladie. Le gouvernement a pris des mesures draconiennes: plus aucun navire de croisière n'est autorisé à accoster jusqu'en septembre, et depuis jeudi, chaque personne entrant sur le territoire espagnol doit être placée en quarantaine pour une durée de deux semaines.

Economie vacillante

Chaque année à Barcelone, plus de 11 millions de touristes se pressent sur les Ramblas et parmi eux près de 300'000 Suisses. Chez les commerçants et les restaurateurs, on tente de s'adapter aux mesures sanitaires, mais à l'ère du tourisme post-coronavirus, les tapas et la paella pourraient être rayées des cartes. "Habituellement, notre concept gastronomique est ludique: on pose le plat à paella à même la table et tout le monde y plonge sa cuillère. Alors si on vient me dire que je dois servir mes paellas dans des portions individuelles, et poser des grandes vitres en plexiglas pour isoler les tables, je n’ouvrirai pas", ne décolère pas Joan Escriba, devant son restaurant à quelques pas de la plage.

Car sans touristes, c'est toute une économie qui vascille. "Le nombre de nos employés dépend entièrement du tourisme. Si on n'a pas de touristes, on devra sûrement licencier la moitié des employés", explique Enric Ballabriga, propriétaire d'un bar sur La Rambla, l'avenue emblématique barcelonaise.

Du côté des autorités de Barcelone, on ne se fait guère d'illusions: la réouverture progressive des frontières voulue par la Commission européenne ne suffira pas à faire revenir les touristes. "Encore faut-il qu'ils aient envie de venir. Pour cela, il faut que la ville leur donne des garanties de sécurité. Parce que quand un touriste vient à Barcelone, il veut que son hôtel soit sûr, mais il veut aussi que l’ensemble de ses sorties dans la ville le soient", explique Xavier Marcé, adjoint au tourisme de la cité catalane.

>> Vacances en Europe, voir les précisions du 19h30:

Vacances en Europe. Les précisions d'Isabelle Ory, correspondante à Bruxelles. [RTS]
Vacances en Europe. Les précisions d'Isabelle Ory, correspondante à Bruxelles. / 19h30 / 1 min. / le 13 mai 2020

Diviser les plages

Un peu plus haut sur la côte ibérique, les stations balnéaires comme Lloret de Mar se préparent aussi aux prochaines vacances d'été. Sur la Costa Brava, on a pris le parti de diviser la plage et contrôler l'accès: "Un épidémiologiste nous a expliqué que de le faire par tranches d’âge est toujours positif, notamment pour protéger les personnes âgées. En plus, chez nous les gens ont déjà l'habitude de se répartir les zones sur la plage. Il y en a une où l’accès est plus facile, c’est plus plat et il y a une rampe, donc les personnes âgées y vont davantage. Il y en a une autre avec un club pour enfants, donc on y trouve plutôt des familles", détaille le maire de la ville, Jaume Dulsat, qui entend prôner le dialogue.

Comme à Barcelone, l'édile estime que l'été sera difficile et se montre fataliste: "Habituellement, il y a énormément de monde sur nos plages. Mais cette année, malheureusement, il y en aura moins."

>> Ecouter aussi le sujet de La Matinale sur les vacances balnéaires:

Deux personnes sont assises à distance près de la plage d'Altafulla, à Taragone en Espagne, le 13 mai 2020. [Quique Garcia - EPA/Keystone]Quique Garcia - EPA/Keystone
L'Espagne prépare sa stratégie pour accueillir le tourisme balnéaire / La Matinale / 1 min. / le 14 mai 2020

jfe

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