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La liberté de la presse mise à mal par la pandémie de coronavirus

Manifestations à Hong Kong suite à la disparition de Fang Bin, un journaliste-citoyen chinois porté disparu alors qu'il dénonçait la gestion de la crise du coronavirus par le gouvernement chinois, et réclamait plus de transparence. [Isaac Lawrence - AFP]
La liberté de la presse mise à mal par la pandémie de coronavirus / Médialogues / 18 min. / le 18 avril 2020
Du Brésil au Cambodge, Reporters sans frontières a établi une liste de 38 pays où la pandémie de Covid-19 menace la liberté de la presse. "Les citoyens ont le droit de traverser cette crise les yeux ouverts", réagit Denis Masmejan, de RSF, samedi dans Médialogues.

Egypte, Ukraine, Algérie, Chine, Etats-Unis, Cambodge, Zimbabwe, Salvador, Jordanie, Ghana ou Somalie sont autant de pays qui figurent dans l'Observatoire_19, un outil qui recense toutes les atteintes à la liberté de la presse durant la crise sanitaire actuelle.

L'ONG Reporters sans frontières tient à jour cette carte du monde des pays qui ont recouru à la censure, aux détentions arbitraires de journalistes, à leur harcèlement, à des violences à leur encontre ou qui ont développé des loi inquiétantes.

Cette mise en danger de la liberté de la presse ne surprend pas Denis Masmejan, secrétaire général de Reporters Sans Frontières Suisse. "En période de crise, la liberté d'informer fait toujours partie des premières victimes", regrette-t-il.

Plainte auprès de l'ONU

RSF a aussi déposé plainte cette semaine auprès de l'ONU pour que les Nations unies dénoncent "formellement les Etats qui, en violant le droit à l'information pendant l'épidémie de coronavirus, mettent en danger la santé des personnes".

"Cette plainte vise à obtenir une intervention de l'ONU auprès des gouvernements qui portent atteinte actuellement à la liberté de la presse. C'est dans l'intérêt des populations touchées par la crise du coronavirus de disposer d'une information fiable, pertinente, indépendante et critique", explique Denis Masmejan.

Et de citer l'exemple de la Chine, où "on cherche à contrôler totalement l'information": à ses yeux, si la liberté de la presse avait été respectée, la population aurait été avertie beaucoup plus vite et aurait pu prendre des précautions plus rapidement. "Une information libre est dans l'intérêt de la santé des populations dans des périodes délicates comme celle-ci. Mais les gouvernements cherchent à utiliser cette crise pour supprimer ce droit à une information libre."

>> Le débat de Forum entre Christophe Deloire, directeur général de Reporters sans frontières, et Matthieu Delaloye, chercheur au sein l'Institut de recherche en informatique de gestion de la HES-SO Valais-Wallis:

Matthieu Delaloye et Christophe Deloire. [Thomas Samson - HES-SO Valais-Wallis/AFP]Thomas Samson - HES-SO Valais-Wallis/AFP
Menaces sur le droit à l'information: débat entre Christophe Deloire et Matthieu Delaloye / Forum / 11 min. / le 18 avril 2020

Des exemples concrets

Dans son Observatoire_19, RSF documente la censure étatique, la désinformation délibérée et leurs effets sur le droit à l’information fiable. Exemple de quelques pays critiqués:

Liberia: La parution des journaux est suspendue jusqu'à nouvel ordre.

Madagascar: Un émetteur de TV a été saboté avant que la chaîne ne diffuse une interview critiquant la gestion de la crise par les autorités.

Italie: Un journaliste a été menacé après un article sur les profits qu'amène la pandémie à la mafia.

Inde: RSF accuse le gouvernement de verrouiller toutes les informations liées au Covid-19.

Tadjikistan: Les autorités nient la présence de cas de coronavirus et refusent de répondre aux médias. Accusés de "semer la panique", deux journalistes ont été longuement interrogés par la police.

Turkménistan: Les autorités turkmènes évitent autant que possible l'utilisation du mot "coronavirus" pour dissuader la propagation des informations sur la pandémie.

Cambodge: La future loi sur l'état d'urgence institutionnalise un système de censure et de surveillance des médias encore jamais atteint en 30 ans de démocratie khmère.

Hongrie: Une loi dite coronavirus a été votée et on y trouve des dispositions qui permettent de prononcer des peines pouvant aller jusqu'à 5 ans de prison pour diffusion de fausses informations en lien avec la pandémie. "Il y a une volonté de supprimer complètement la liberté d'informer", juge RSF: condamner les fausses informations est utile, mais ce n'est pas au gouvernement de trier la bonne et la mauvaise information, c'est aux médias et aux citoyens eux-mêmes.

Etats-Unis: le président Donald Trump s'est montré très agressif vis-à-vis de journalistes lors d'un briefing concernant le Covid-19, "poussant au paroxysme une hostilité du président à l'égard des médias".

>> Ecouter aussi l'interview dans Forum de Philippe Bolopion, de Human Rights Watch, sur les menaces sur les droits humains:

Philippe Bolopion. [Human Rights Watch]Human Rights Watch
Menaces sur les droits de l'homme: interview de Philippe Bolopion / Forum / 4 min. / le 18 avril 2020

Propos recueillis par Antoine Droux

Adaptation web: Frédéric Boillat

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