Des personnes témoignent à travers la planète sur la crise du coronavirus. [Mouna Hussain - RTS]
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Comment vit-on la pandémie à travers le monde? Retour des témoins

Chaque pays lutte à sa manière contre le coronavirus. En avril, dix citoyens à travers le monde nous avaient confié comment ils vivaient la pandémie chez eux.

Trois mois plus tard, comment la situation a-t-elle évolué pour eux? Tour d'horizon au Sénégal, en Russie, en Roumanie, en Espagne, en Colombie, en Suède, en Israël, au Maroc, aux Etats-Unis ou encore à Taïwan.

Une série réalisée par la rubrique radio internationale.
Format web: Mouna Hussain

Retour aux Etats-Unis

Une infirmière isolée

Toujours pas de repos pour Jannice Chen, infirmière dans un hôpital de San Diego, aux Etats-Unis. Après une première détente, la pandémie a repris en Californie.

"On voit beaucoup de cas de Covid qui arrivent ici", raconte Jannice, "et ils sont jeunes, dans la vingtaine, ou la trentaine. Certains sont très malades, d'autres moins. Mais ils admettent à peu près tous qu'ils ont été dans des fêtes, ou que leurs amis y sont allés et que c'est comme ça qu'ils ont attrapé le virus... C'est vraiment bête!"

En dehors de son travail, l'isolement pèse sur le moral de la jeune femme. Non seulement elle ne peut plus voir son frère et sa belle soeur, mais en plus son métier effraie les inconnus.

"Je commence à reprendre une vie de célibataire, mais c'est difficile quand vous dites aux gens que vous êtes infirmière. Personne n'accepte un rendez-vous!"

L'Etat de Californie a à nouveau durci les restrictions; plus de restaurants, plus de salles de sport, ou de cinéma. Des mesures que Jannice approuve.

Mais, tout comme en avril, la citoyenne américaine est toujours en colère contre son président: "Quand vous arrivez à la fin d'une dure journée, et que vous devez regarder les discours politiques, avec toutes ces recommandations qui sont ignorées... C'est vraiment énervant!"

>> Ecouter l'entier du témoignage de Jannice Chen, infirmière à San Diego:

Jannice Chen est infirmière dans un hôpital de San Diego, en Californie, USA. [Jannice Chen - RTS]Jannice Chen - RTS
Série inter USA - Témoignage d’une infirmière dans un hôpital californien / Le 12h30 / 2 min. / le 20 juillet 2020

Retour au Maroc

Un cinéaste en attente

Il y a un mois, le Maroc a commencé à sortir de son confinement strict. Une mesure prise suffisamment rapidement et qui aurait permis de limiter le nombre de décès à 273 pour toute la période.

Cette pandémie a réussi à réconcilier les Marocains avec leur Etat, comme l'expliquait déjà en avril le cinéaste marocain Kamal Hachkar. Aujourd'hui, il salue la nomination d'un nouveau ministre de la Culture, qui comme partout souffre particulièrement de la crise.

" Il est jeune, assez dynamique, outsider de la politique, qui est vraiment du terrain et s'est occupé de cinéma, de spectacles. L'Etat a promis des aides financières à des lieux culturels, des compagnies théâtrales... Il y a donc vraiment une volonté de ne pas laisser les gens de côté."

Du haut d'une montagne de l'Atlas où il est allé fuir les grandes chaleurs, Kamal a envoyé son dernier film aux festivals des quatre coins du monde. "Dans tes yeux je vois mon pays" devrait trouver son public à la rentrée d’automne.

"Quand on est cinéaste on a envie de montrer son film en direct plutôt qu'online, de rencontrer le public, débattre avec les gens. C'est ce qui me manque le plus."

Le pays, qui a rouvert ses frontières aux Marocains et résidents étrangers dès la mi-juillet, n'a encore fait aucune annonce sur un retour possible des touristes.

>> Ecouter le témoignage de Kamal Hachkar, cinéaste marocain:

Kamal Hachkar au Maroc [RTS]RTS
Série inter Maroc - Témoignage de Kamal Hachkar, cinéaste marocain résidant à Marrakech / Le 12h30 / 3 min. / le 21 juillet 2020

Retour en Colombie

Le refus du reconfinement

Grâce à un confinement rapide en début de crise, la Colombie avait réussi à limiter le nombre de décès liés au coronavirus. Mais la population avait dû faire face à une autre menace: la faim.

C'est pourquoi Simon Porras, musicien suisse et colombien, avait rapidement organisé des distributions de nourriture. Le déconfinement a ainsi été un grand soulagement pour la population qui a pu reprendre le travail.

"Ces dernières semaines, les magasins avaient rouvert, mais avec la courbe de contaminations qui augmente les autorités ont décidé de tout refermer et d'être plus stricts", explique le jeune homme. "Mais il y a un manque de compréhension de la part de la population."

Dans le quartier pauvre de Medellin où vit Simon Porras, la vie a repris, on sort pour gagner sa vie, pour voir du monde, et se changer les idées.

"Les gens sortent comme si de rien n'était, faire la fête. Si la police ne leur met pas d'amendes ils ne vont pas s'arrêter. Et la police passe peu dans le quartier."

"Ici les gens vivent les uns sur les autres, il y a peu de distanciation sociale. Si le virus arrive, il va très vite se propager."

La situation sanitaire dans le pays devient critique. Depuis la semaine passée, à Bogota, les hôpitaux ont commencé à refuser les personnes âgées atteintes du Covid-19, faute de place.

>> Ecouter le témoignage complet de Simon Porras, musicien suisse et colombien:

Simon Porras, en Colombie. [RTS]RTS
Série inter Colombie - Un pays rattrapé par la pandémie / Le 12h30 / 3 min. / le 22 juillet 2020

Retour en Roumanie

Quitter le pays pour travailler

En Roumanie, l'augmentation des cas de coronavirus est alarmante. Les autorités estiment qu'ils pourraient atteindre 1600 par jour à la mi-août.

À Bucarest, Maria Guta, jeune artiste, a vécu le confinement stricte auprès de sa famille. Mais le mois dernier, elle est rentrée en Suisse pour travailler comme photographe.

"J'avais besoin de reprendre ma vie professionnelle. Après cinq vols annulés, j'ai finalement réussi à partir début juin. Le retour était très bizarre, on était presque comme des prisonniers."

"Une fois en Suisse, j'ai dû m'adapter à un rapport assez différent à cette pandémie", confie la jeune artiste. "En Roumanie c'était extrême, avec beaucoup plus de restrictions. En Suisse les gens sont plus détachés, plus relax. Moi je suis encore au milieu."

Maria laisse derrière elle un pays qui n'arrive toujours pas à endiguer la pandémie. Pourtant, l'ancien pays communiste avait utilisé la manière forte, en hospitalisant systématiquement toutes les personnes touchées.

Mais début juillet, la Cour constitutionnelle a jugé cette mesure illégale, estimant qu'elle portait atteinte aux droits fondamentaux. Ainsi des centaines de patients n'ont pas respecté les mesures d'isolement.

"Il n'y a plus de confinement, mais il y a obligation de porter un masque dans les espaces fermés et de maintenir les distances sociales. Sauf que les individus et les établissements publics ne les respectent pas toujours."

>> Ecouter le témoignage de Maria Ruta, artiste roumaine:

Maria Guta en Roumanie [RTS]RTS
Série inter Roumanie - Témoignage de Maria Ruta, jeune artiste confinée à Bucarest / Le 12h30 / 3 min. / le 23 juillet 2020

Retour en Suède

Une confiance qui s'effrite

En décidant de ne pas confiner sa population, la Suède fait office d'outsider, et a été fortement critiquée pour sa gestion de la pandémie de coronavirus.

Avec plus de 5700 morts, le royaume nordique est aujourd'hui l'un des Etats les plus endeuillés d'Europe.

En avril, Ulrika Nordlund, professeur de langue, exprimait sa confiance dans le modèle suédois. En ce début d'été, elle se montre plus hésitante:

"Je dirais que la plupart d'entre nous respectent ce que les autorités préconisent, mais nous avons vu que certaines personnes ne le font pas. C'est pourquoi je pense qu'il faut plus de restrictions."

Même s'il n'y a pas eu confinement, la Suède garde toujours un cordon sanitaire strict autour des personnes âgées. "Les enfants peuvent rencontrer leurs grands-parents mais cela doit se faire à l'extérieur, avec une distance de sécurité. On doit être vraiment prudents."

Malgré ces mesures, beaucoup de décès ont eu lieu dans les maisons de retraite. "Cela a alimenté le débat sur la réussite ou non de la stratégie, et sur les réformes."

Jeudi passé, la Suède a appelé sa population à télétravailler au moins jusqu'au Nouvel An, alors que le pays a passé le cap des 80'000 cas.

>> Ecouter le témoignage d'Ulrika Nordlund, professeur de langue:

Ulrika Nordlund et sa famille en Suède. [RTS]RTS
Série inter Suède - Témoignage d'Ulrika Nordlund, professeure de langue / Le 12h30 / 2 min. / le 24 juillet 2020

Retour en Israël

Un heureux événement au milieu de la crise

En Israël, le nombre des personnes testées positives au Covid-19 a décollé depuis quelques semaines. Le nombre d’infections est supérieur à celui d'il y a trois mois.

Pour Amir et Shelly qui vivent à Tel-Aviv, cette résurgence des cas prend une tonalité bien particulière.

"Je vois la situation comme celle du Titanic qui fonce vers l’iceberg, raconte Amir. Tout le monde organise des fêtes, s’amuse... Et bientôt ce sera de nouveau terrible."

Dans la rue, peu de gens portent un masque, et la police commence seulement à mettre des amendes.

"Quand on se rend à la clinique, il y a toujours beaucoup de monde dans la salle d’attente et ils refusent de porter un masque. Si on leur demande de le mettre, ils le font puis l’enlèvent aussitôt, le mettent sur le menton, sur le coude… je ne sais trop où."

Une source d'inquiétude puisque Shelly est enceinte de leur premier enfant. "C'est une superbe nouvelle mais c’est aussi un vrai défi de vivre ça au temps du coronavirus, confie la futur mère."

Dans l’attente du bébé, Amir tente de positiver. Tous les deux continuent pour le moment le télétravail. "Quand on y pense, c’est vraiment bien de vivre cette période ensemble à la maison."

>> Ecouter le témoignage de Shelly et Amir en Israël:

Amir et Shelly en Israël. [RTS]RTS
Série inter Israël - Regain d'infections au coronavirus après le déconfinement / Le 12h30 / 3 min. / le 27 juillet 2020

Retour au Sénégal

Il va falloir se réinventer

Avec un peu plus de 8000 cas recensés et 150 morts, le Sénégal a bien résisté à la pandémie de Covid-19.

Mais toujours pas de concerts ni de tournée pour Ndongo D, l’un des deux membres du groupe de rap Daara J Family, toujours confiné avec sa femme et ses trois enfants.

En attendant de remonter sur scère, l'artiste réfléchit à un moyen de subsistance parallèle: "Cette situation fait qu'on va devoir se réinventer. Là, je me suis même lancé dans l'agriculture."

Le Sénégalais a ainsi acheté des terres agricoles. "J'ai commencé à cultiver quelques légumes, mais je crois que je vais me lancer dans quelque chose de beaucoup plus grand."

Concernant la crise sanitaire, Ndong D craint une recrudescence après un relâchement dans la population. "Les gens ont des masques, mais les masques sont dans les poches."

"Moi je suis un optimiste, je me dis que cette pandémie doit nous fortifier. Je lance un appel aux populations du monde, qu'elles fassent attention et qu'on prenne soin les uns des autres. Au final c'est ça."

>> Ecouter le témoignage de Ndongo D, artiste sénégalais:

NDongo D dans le groupe Daara J Family, au Sénégal. [RTS]RTS
Série inter Sénégal - Portrait de Ndongo D, rappeur dans le groupe sénégalais Daara J Family / Le 12h30 / 3 min. / le 28 juillet 2020

Retour en Espagne

Le traumatisme du confinement

Les Espagnols se demandent s'ils finiront l'été confinés. Certaines régions comme la Catalogne mesurent une forte augmentation des cas de coronavirus.

C'est non loin de Barcelone que vit Joaquim Pradès, où il suit les informations avec attention. "Ce qui me fait le plus peur, c'est d'être à nouveau reconfinés bientôt."

Car la période de confinement a été éprouvante pour l'homme: "Horrible. C'était une expérience très difficile. Et encore, nous étions privilégiés parce qu'on vit dans une maison individuelle, on a un jardin."

Une expérience qui sonne comme un traumatisme. Mais les Espagnols ne sont pas au bout de leurs peines. La crise économique risque encore de s'amplifier avec les récentes restrictions touristiques.

Certains pays, comme le Royaume-Uni, mettent en gardent contre des voyages en Espagne. Une mesure que comprend Joaquim: "C'est normal, moi non plus je n'irais pas dans un pays où je risquerais de tomber malade. Mais cela montre aussi qu'un pays qui ne vit que de tourisme, c'est dangereux."

L'Espagnol qui a grandi à Neuchâtel garde pourtant espoir. En attendant, il profite quand même de la plage, avec moins de touristes. "Cela soulage un peu", conclut Joaquim Prades.

>> Ecouter le témoignage de Joaquim Prades en Espagne:

Joaquim Prades en Espagne [RTS]RTS
Série inter Espagne - Les espagnols vont-ils être à nouveau confinés? / Le 12h30 / 2 min. / le 29 juillet 2020

Retour en Russie

L'isolement prolongé

La Russie est aujourd'hui le 4e pays avec le plus grand nombre de personnes testées positives au coronavirus. Pourtant, les autorités ont commencé à lever les restrictions alors que le nombre de cas était encore très élevé, permettant ainsi au président Poutine d'organiser un vote populaire pour rester au pouvoir jusqu'en 2036.

Les Russes ont donc renoué avec une certaine normalité. L'obligation de porter le masque dans les transports publics n'est plus très respectée.

Tatiana Cherbina, écrivaine moscovite, tient elle à rester prudente. "Je continue à me comporter comme pendant tous ces mois. Je suis toujours à la datcha, j'ai le minimum de contacts."

"Beaucoup de gens ici se proclament Covid-dissidents. Ils disent que ça a été inventé par les hommes politiques, etc."

Les frontières du pays sont toujours fermées. C'est que l'économie russe ne dépend pas du tourisme étranger. Cette mesure sanitaire est donc aussi une manière d'encourager les Russes à voyager local.

"Cela marche je dois dire. Les gens voyagent maintenant en Russie. Moi-même je pense aller visiter la ville de l'écrivain Léon Tolstoï."

>> Écouter le témoignage de Tatiana Cherbina, écrivaine moscovite:

Tatiana en Russie [RTS]RTS
Comment les citoyens vivent-ils la pandémie à travers le monde - La Russie / Le 12h30 / 3 min. / le 30 juillet 2020

Retour à Taïwan

L'élève moderne

Dans la gestion de la crise de coronavirus, Taïwan a fait office d'élève modèle. Sur 23 millions d’habitants, 7 personnes sont décédées du virus, sur 467 cas confirmés.

Pourtant, la vie économique et sociale sur l'île ne s’est jamais arrêtée. Même la 2ème vague est une vaguelette, avec seulement 5 cas d’infection enregistrés le 28 juillet dernier, après des semaines à zéro cas.

"Je dois dire que c’est presque terminé, mais pas absolument," explique Chien-Chun Tzeng, 42 ans, professeur d’université et spécialiste en stratégie.

"Le gouvernement dit que ce n'est plus obligatoire de mettre un masque dans certains transports publics, mais les Taïwanais ont développé une forme d’habitude."

Sur l'île, le traçage et les tests à large échelle ont été appliqués dès le 20 janvier, en plus d'une large politique de collaboration entre toute la société. De quoi rendre fiers les Taïwanais.es, qui prennent leurs distances avec leur voisin chinois.

"Selon les sondages, l'identité nationale a augmenté. 30% des Taïwanais ne se considèrent plus comme chinois."

Une autonomie qui se développe aussi économiquement: "On a recréé nos chaînes de production de masques", explique le professeur d'université qui regrette l'isolement de l'île, ostracisée par la Chine.

>> Écouter le témoignage de Chien-Chun Tzeng, professeur d’université et spécialiste en stratégie:

Chien-Chun Tzeng à Taiwan. [RTS]RTS
Série inter Taïwan - L'élève modèle dans la gestion de la pandémie / Le 12h30 / 3 min. / le 31 juillet 2020

Etats-Unis (avril 2020)

Le retard à rattraper

Aux Etats-Unis, où plus de 600'000 cas ont été détectés, le système sanitaire est submergé dans certaines régions. En Californie, les urgences d’un hôpital de San Diego étaient encore épargnées la semaine passée.

"L’Hôpital essaie de traiter les patients actuels pour faire de la place, mais la tension monte quand on voit ce qui se passe à New York, en Italie ou en Espagne", raconte Jannice Chen, une infirmière qui a été exposée au premier patient testé positif de la ville.

D’origine taïwanaise, la soignante a été atterrée par les propos du président américain lorsqu'il a parlé de "virus chinois", exacerbant le racisme anti-asiatique. "Heureusement, je n’en ai pas souffert, peut-être parce que je ne sors pas en dehors du travail. Mais mes amis à New York ou Los Angeles ont été confrontés à beaucoup plus de discriminations."

Les changements de cap de Donald Trump ne rassurent pas Jannice, tout comme la nonchalance face à cette crise. "Dans ma clinique, au début de l’année, on nous parlait déjà de ce coronavirus, donc on savait que ça allait arriver. Et on ne s’est pas préparés. C’était frustrant de voir l’inaction, et de voir qu’il faut maintenant rattraper le retard."

>> Ecouter le témoignage de Jannice Chen aux Etats-Unis, recueilli par Cédric Guigon:

Jannice Chen, infirmière à San Diego. [RTS]RTS
Les USA se préparent au pic de l’épidémie la semaine prochaine / Le 12h30 / 2 min. / le 6 avril 2020

Russie (avril 2020)

Confinement à la datcha

En Russie, le gouvernement a laissé beaucoup de latitude aux régions pour décider des mesures à prendre contre la pandémie de coronavirus. "Certaines régions interdisent totalement l’alcool, alors que d’autres acceptent d’en vendre le matin seulement. Nous sommes donc allés acheter de grandes quantités de vin en prévision."

Comme beaucoup d’autres Moscovites, Tatiana a quitté la capitale pour sa datcha, à la campagne. "À Moscou c’est difficile, on ne peut pas sortir à plus de 100-200 mètres de la maison." Journaliste et poète, la sexagénaire continue son travail à distance, même si elle n’est pas sûre d’être payée par sa revue.

>> Voir aussi: "L’esprit de la datcha", un podcast pour raconter la Russie autrement

Tatiana ne compte pas non plus sur l’aide financière étatique : "Le maire de Moscou a promis 2000 roubles aux plus de 65 ans qui respectent le confinement, mais 2000 roubles ce n’est rien, cela correspond à 50.- à peine ".

Les Russes n’en perdent pas pour autant leur sens de l’humour en cette période de crise, à en croire la Moscovite.

>> Ecouter le témoignage de Tatiana en Russie, recueilli par Isabelle Cornaz:

Tatiana en Russie [RTS]RTS
Comment vit-on la pandémie dans le monde (épisode 1): la Russie / Le 12h30 / 3 min. / le 7 avril 2020

Suède (avril 2020)

La confiance en une stratégie dissidente

En Suède, contrairement à la plupart des pays européens, pas de confinement, des commerces toujours ouverts et les élèves en classe. Seules mesures en place, l’interdiction des visites dans les maisons de retraites et les regroupements de plus de 50 personnes.

La population semble accueillir cette stratégie avec sérénité: "Nous avons l’habitude de suivre les recommandations de nos autorités et de leur faire confiance", explique Ulrika Nordlund, professeure de langues pour adultes.

Tout comme le gouvernement, la quadragénaire croit en la responsabilité individuelle: "Ils nous ont demandé de ne pas aller dans les cafés et les restaurants si on voit qu’il y a beaucoup de gens. Et à l’heure actuelle, cela marche très bien."

L’enseignante sait que son pays adopte une stratégie à contre-courant: "Je ne suis pas très inquiète de ce que les autres pays pensent. Je suis plus inquiète de savoir si nous faisons juste."

>> Ecouter le témoignage d'Ulrika Nordlund en Suède, recueilli par Xavier Alonso:

Ulrika Nordlund et sa famille en Suède. [RTS]RTS
Comment vit-on la pandémie dans le monde (Episode 3): la Suède / Le 12h30 / 2 min. / le 8 avril 2020

Roumanie (avril 2020)

Souvenirs de dictature

En état d’urgence depuis le 16 mars, la Roumanie, tout comme la France et l’Espagne, est en confinement total. Mais, dans ce pays sorti du diktat de Nicolae Ceausescu il y a 30 ans à peine, les rues désertes et les restrictions ne sont pas inédites.

"Parfois, on voit des voitures de police et de l’armée ensemble dans les rues, pour contrôler les gens, peut-être aussi pour intimider. Je n’arrive pas à m’empêcher de faire le parallèle avec mon enfance, lorsqu’on était sous un régime totalitaire."

Artiste indépendante, Maria Guta tente de tirer parti du confinement: "j’ai beaucoup plus de temps qu’avant, du coup je me mets une grande pression, mais j’ai de la peine à trouver la motivation pour être productive et créative."

L’habitante de Bucarest se dit inquiète de voir son pays faire face à une telle pandémie avec un système de santé affaibli. Les hôpitaux, sous-financés, manquent de gants, de masques, de désinfectant. "Beaucoup de médecins, s’ils ne sont pas déjà malades, donnent leur démission." Et il n’y a pas que les soignants. Le 26 mars, c’est le ministre de la Santé, mis en cause pour sa gestion de la crise, qui a dû démissionner.

>> Ecouter le témoignage de Maria Guta en Roumanie, recueilli par Zoé Decker:

Maria Guta en Roumanie [RTS]RTS
Comment vit-on la pandémie dans le monde (Episode 4): la Roumanie / Le 12h30 / 2 min. / le 9 avril 2020

Israël (avril 2020)

La population sous surveillance

En Israël, le confinement et les restrictions d’entrée sur le territoire ont rapidement été proclamés. Au centre-ville de Tel-Aviv, Amir et Shelly télétravaillent depuis un mois déjà. Et lorsqu’ils sortent, interdit pour ce couple de s’éloigner à plus de 100 mètres de leur maison.

" On habite près de la mer, et je suis sorti pour courir un peu là-bas, raconte Amir Kohen. Mais rapidement une patrouille de police m’a appelée par haut-parleurs. Ils s’assurent que les gens qui n’habitent pas le coin n’accèdent pas à la plage. "

Les patrouilles ne sont pas les seules à surveiller les citoyens. Un système permet de suivre les téléphones portables de ceux qui doivent rester en quarantaine, de même que les personnes infectées pour savoir avec qui elles ont été en contact.

" Si c’est vraiment un système efficace pour prévenir les malades et informer les gens qui ont été en contact avec eux, ça peut être positif, estime Shelly. Mais personne ne peut dire si ces informations ne seront pas utilisées à d’autres fins. "

Dans l'Etat hébreu, le seder de Pessah, ou dîner de la Pâque juive, est très largement célébré. Cette année, c’est virtuellement que les familles se sont rassemblées. "Même le père d’une cousine, qui a plus de 90 ans, était sur la ligne une fois qu’il a réussi à installer l’application Zoom. C’est vrai que du point de vue technologique c’était un peu compliqué, surtout pour chanter de manière synchrone avec les petits retards dans la connexion. "

Et pour ceux qui souhaitaient une fête partagée hors visioconférence, à 20h30, chacun s’était mis sur son balcon pour reprendre en chœur le chant le plus connu de la soirée du seder.

>> Ecouter le témoignage de Shelly et Amir en Israël, recueillis par Aude Marcovitch:

Amir et Shelly en Israël. [RTS]RTS
Comment vit-on la pandémie dans le monde (Episode 5): Israël / Le 12h30 / 3 min. / le 10 avril 2020

Sénégal (avril 2020)

Chanter pour sensibiliser

Au Sénégal, un semi-confinement et un couvre-feu dès 19h ont été instaurés. Une situation exceptionnelle qui inspire les artistes, comme le très populaire rappeur Ndongo D: "J’ai reçu des appels d’amis rappeurs, on est en train de composer une chanson. On a l'habitude du confinement vu qu'on est souvent enfermés dans des studios."

Le Covid-19 est apparu au moment où le chanteur et l’un de ses compères terminaient leur dernier album, "Yamatele". La campagne de promotion, interviews, tournée en Europe ont été stoppées net.

Qu’importe, Ndongo D sait qu’il a un rôle à jouer dans la sensibilisation de la population. "Nous, les artistes, utilisons nos plateformes pour passer le message. Mais l’Etat a encore du travail à faire, parce que c’est très difficile d’appliquer un confinement sur ce continent où l’on vit souvent au jour le jour."

Car, si le coronavirus a gagné le pays, il n’est pas le seul défi du Sénégal. "Notre vraie maladie, c’est la faim. Même si ce virus circule, beaucoup de gens ont leur commerce dans la rue, et ils risquent de ne plus avoir de quoi manger."

>> Ecouter le témoignage de Ndongo D au Sénégal, recueilli par Nicolas Vultier:

NDongo D dans le groupe Daara J Family, au Sénégal. [RTS]RTS
Comment vit-on la pandémie dans le monde (Episode 6): le Sénégal / Le 12h30 / 3 min. / le 13 avril 2020

Taïwan (avril 2020)

L’efficacité face à l’adversité

En Asie, Taïwan n’a pas confiné ses 23 millions d’habitants, et le bilan des cas reste très faible. Pourtant, l’île est très proche de la Chine. "Ici, on ne croit pas du tout les chiffres du communisme chinois. On pense que c’est mieux de les multiplier par dix. Grâce à ça on peut bien réagir à cette crise."

Pour Chien-Chun Tzeng, professeur d’université et spécialiste en stratégie, son pays a tiré des leçons de la crise du SRAS en 2003 et mis en place un système d’alerte sanitaire très efficace. Transparence, information, dépistage, isolement des cas suspects et production de matériel de protection sont les mots d’ordre.

"Dès fin décembre, le gouvernement a décidé que tous ceux qui rentraient de Chine devaient faire une quarantaine. Immédiatement, la production de masques a été mobilisée."

Une rapidité de réaction et un respect des mesures qui ont permis à la vie de suivre son cours, ou presque. "Dans le métro, il y a beaucoup moins de clients. À l’hôpital aussi. Mais sinon, je n’ai pas remarqué d’autres grands changements. L’école n’est pas fermée, ni le sport, ni les théâtres."

Sur cette île isolée géopolitiquement en raison de la pression chinoise, Chien-Chun Tzeng souligne la grande confiance de la population dans ses autorités. "On ne peut pas avoir l’aide de l’OMS, donc on doit tout faire nous-mêmes. C’est peut-être aussi grâce à ça qu’on est bien protégés cette fois."

>> Ecouter le témoignage de Chien-Chun Tzeng à Taiwan, recueilli par Xavier Alonso:

Chien-Chun Tzeng à Taiwan. [RTS]RTS
Série inter - Taïwan sous la loupe / Le 12h30 / 2 min. / le 14 avril 2020

Espagne (avril 2020)

Survivre en retraite

En Espagne, 3e pays le plus endeuillé au monde par la pandémie, la grande majorité des 47 millions d’habitants sont au confinement strict au moins jusqu’au 26 avril.

En Catalogne, le retraité Joaquim Prades, ancien habitant de Neuchâtel, tente de maintenir une routine : "J’essaie de me lever vers 8h30-9h, je déjeune et je fais du vélo d’appartement. Après je regarde les anciens films, Hitchcock, Louis de Funès. Quelque chose de divertissant, pas de catastrophique."

Pour autant, Joaquim n’ignore pas la situation alarmante dans les maisons de retraite du pays. Fin mars, l’Espagne découvrait des personnes âgées laissées pour mortes dans l’attente d’une intervention des pompes funèbres débordées. Mercredi passé, le gouvernement annonçait des milliers de morts en EMS, non comptabilisés jusqu’ici. "La gestion des résidences des anciens est catastrophique. Moi je ne veux pas y aller, ça fait peur."

Le retraité espère néanmoins le retour à la normale dans une région qu'il ne reconnaît plus. "On est allés une fois au centre-ville de Barcelone, à 4h de l’après midi, on a vu une personne ou deux, pas de voitures, sauf les patrouilles locales. De toute ma vie je n’ai jamais vu la ville comme ça."

>> Ecouter le témoignage de Joaquim Prades en Espagne, recueilli par Céline Tzaud:

Joaquim Prades en Espagne [RTS]RTS
Comment vit-on la pandémie dans le monde (épisode 8): l’Espagne / Le 12h30 / 2 min. / le 15 avril 2020

Maroc (avril 2020)

Réconciliation avec les autorités

Également confiné, le Maroc semble se structurer face à la crise du coronavirus, à en croire le réalisateur Kamal Hachkar, primé pour son dernier long métrage "Dans tes yeux, je vois mon pays".

Confiné depuis 15 jours chez une amie de Tanger, le Marocain se surprend à admirer la bonne organisation des autorités de son pays. "Je trouve qu’ils sont beaucoup mieux organisés qu’en France, ils ont pris des décisions beaucoup plus vite, comme le fait de nous confiner."

Dans un pays où beaucoup vivent du travail informel, des aides de l’Etat ont été déployées. "Il y a aussi des initiatives personnelles pour collecter de l’argent et de la nourriture pour les nécessiteux".

Le coronavirus a également boosté le patriotisme des Marocains, et les a réconciliés avec les forces de l’ordre. "Ils ont agi de manière pédagogique, expliqué les mesures dans des haut-parleurs. On a tout à coup un autre regard sur eux. Ils ont même reçu des hommages sur les réseaux sociaux".

Des usines ont été transformées en fabriques de masques, des ingénieurs ont créé le ventilateur artificiel made in Maroc et le roi a lancé un fonds d’aide spécial corona. "On s’est rendu compte que, quand les agents de l’Etat veulent faire quelque chose de manière sérieuse, ils le font."

>> Ecouter le témoignage de Kamal Hachkar au Maroc, recueilli par Aude Marcovitch:

Kamal Hachkar au Maroc [RTS]RTS
Comment vit-on la pandémie dans le monde (épisode 9): le Maroc / Le 12h30 / 2 min. / le 16 avril 2020

Colombie (avril 2020)

Plus peur de la faim que du virus

La Colombie, dont les infrastructures ne sont pas prêtes à faire face à une crise sanitaire de grande ampleur, a réussi à limiter le nombre de morts avec des mesures très strictes.

"On ne peut sortir que deux fois par semaine pour faire les courses, à des jours assignés selon les chiffres de la carte d’identité. Dans certaines villes comme Bogota ou Carthagène, un jour ce sont les femmes qui sortent, l’autre les hommes."

Parmi les 50 millions d’habitants confinés, Simon Porras, Colombo-Suisse, habite un quartier pauvre de Medellin, où les forces de l’ordre n’épargnent pas les contrevenants.

"Ils mettent des amendes très élevées, environ 300 francs, à des gens qui sont dans une grande précarité. Malgré cela, on voit des gens commencer à sortir pour réclamer à l’Etat, parce qu’ils ont faim."

Dans ce quartier où on vit de petits boulots, la faim fait plus peur que le virus. "Les gens ici n’ont aucun revenu, très peu de réserves et doivent beaucoup s’entraider. "C’est pourquoi, avec des amis, Simon a organisé dans l’urgence une collecte pour aider les familles les plus démunies.

"Les gens entendent qu’ils vont peut-être avoir à manger, alors ils mettent la pression: "C’est quand ? Moi j’ai besoin, j’ai faim."Dans les prochains jours ou semaines, si rien n’est fait, la situation peut vite tourner en crise sociale."

>> Ecouter le témoignage de Simon Porras en Colombie, recueilli par Anouk Henry:

Simon Porras, en Colombie. [RTS]RTS
Comment vit-on la pandémie dans le monde (épisode 10): la Colombie / Le 12h30 / 2 min. / le 17 avril 2020