Modifié le 31 mars 2020 à 07:57

Pouvoirs quasi illimités pour le Premier ministre hongrois face au coronavirus

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban (ici, en avril 2019).
Pouvoirs quasi illimités pour le Premier ministre hongrois face au coronavirus La Matinale / 2 min. / le 25 mars 2020
Le parlement hongrois a adopté lundi après-midi la loi autorisant le gouvernement à légiférer par décret. Le texte donne des pouvoirs nettement renforcés au Premier ministre dans le cadre d'un état d'urgence lié à la pandémie.

La loi, qui instaure aussi jusqu'à cinq ans de prison pour la diffusion de "fausses nouvelles" sur le virus ou les mesures du gouvernement, a été adoptée par 137 voix contre 53.

En Hongrie, mais aussi à l'étranger, le texte est vu par ses détracteurs comme un instrument destiné à cimenter le contrôle du gouvernement national-conservateur dirigé par Viktor Orban, en prenant la pandémie comme prétexte (lire encadré). L'opposition hongroise a dénoncé avant le vote une loi "disproportionnée".

Le texte va permette au dirigeant hongrois de prolonger indéfiniment l'état d'urgence en vigueur depuis le 11 mars, sans demander l'aval du Parlement. Sous ce régime, le gouvernement pourra "suspendre l'utilisation de certaines lois par décret, s'écarter des dispositions statutaires et introduire d'autres mesures extraordinaires", par ordonnances gouvernementales, dans le but de garantir "santé, sécurité personnelle et matérielle des citoyens, ainsi que l'économie".

Cadre "parfaitement constitutionnel"

"Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour stopper la propagation du virus. Le projet de loi s'inscrit parfaitement dans le cadre constitutionnel hongrois", a défendu la ministre de la Justice Judit Varga.

Mais la politique déployée par Viktor Orban en une décennie de pouvoir laisse craindre à l'opposition que le dirigeant de 56 ans abuse de ces moyens exceptionnels: depuis 2010 et selon de nombreuses organisations indépendantes, il a déjà multiplié les atteintes à l'Etat de droit dans le domaine de la justice, de la société civile, de la liberté de la presse.

Un piège pour l'opposition

Depuis que les parlementaires d'opposition ont refusé, la semaine dernière, d'adopter le projet de loi en procédure d'urgence, ils se voient reprocher leur "trahison". Cette rhétorique qui fait dire au député indépendant Akos Hadhazy que ce texte est avant tout "un piège pour l'opposition" accusée par le gouvernement d'être "du côté du virus". Les adversaires de la réforme exhortent le pouvoir à limiter l'état d'urgence à une durée déterminée.

Pour le think tank hongrois Political Capital, le véritable problème "n'est pas que le gouvernement n'a pas assez de pouvoir pour agir, ce sont les capacités limitées du secteur de la santé en Hongrie, en raison d'un sous-financement depuis des années".

Un peu plus de 400 cas de Covid-19

La Hongrie, qui a fermé ses frontières aux étrangers et instauré des mesures de confinement de la population, avait déclaré dimanche 408 cas de nouveau coronavirus, qui a fait 13 morts dans ce pays de 9,7 millions d'habitants.

>> Lire aussi: Donald Trump prédit un pic des décès dans deux semaines. Point de situation dans le monde

afp/oang

Publié le 30 mars 2020 à 16:22 - Modifié le 31 mars 2020 à 07:57

Inquiétudes internationales

Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a dit "suivre avec inquiétude les évolutions" politiques en Hongrie.

Le Conseil de l'Europe a averti qu'un "état d'urgence indéfini et incontrôlé ne peut garantir le respect des principes fondamentaux de la démocratie".

Neuf organisations de défense de la presse ont appelé les dirigeants de l'Union européenne à s'opposer à cette loi qui prévoit aussi d'instaurer jusqu'à cinq ans de prison pour la diffusion de "fausses nouvelles" sur le virus ou les mesures du gouvernement, alors que la poignée de médias indépendants du pays sont régulièrement mis en cause pour ce motif.