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Une filière de l'argent nazi en lien avec la Suisse mise au jour en Argentine

La rue Florida à Buenos Aires en 1936 (image d'illustration). [Horacio Coppola - CC-BY-SA]
Une filière de l'argent nazi en lien avec la Suisse mise au jour en Argentine / Le Journal horaire / 27 sec. / le 5 mars 2020
Une liste comprenant les noms de 12'000 nazis installés depuis les années 30 en Argentine a été révélée mardi par le Centre Simon Wiesenthal. Beaucoup d'entre eux avaient des comptes chez l'ancêtre du Credit Suisse.

L'ONG qui traque les criminels nazis de la Seconde Guerre mondiale estime qu'une bonne partie de ces exilés "ont alimenté un ou plusieurs comptes bancaires au Schweizerische Kreditanstalt, devenu ensuite la banque Credit Suisse dont le siège est à Zurich". Le centre pense dans un communiqué publié mercredi "que ces comptes longtemps inactifs abritaient de l'argent volé aux victimes juives" du nazisme. Il a écrit à la banque pour demander accès à ses archives (lire encadré).

Un régime argentin germanophile

Le Centre Simon Wiesenthal explique que "pendant les années 1930, le régime militaire pro-nazi du président argentin José Félix Uriburu, surnommé 'Von Pepe' pour sa germanophilie, et de son successeur Agustin Pedro Justo, a accueilli une présence nazie croissante en Argentine". En 1938, le NSDAP/AO, branche internationale du parti nazi, comptait ainsi 1400 membres en Argentine, où il avait pignon sur rue.

Par ailleurs, un syndicat argentin sympathisant du nazisme, l'Union allemande des syndicats, recensait 12'000 membres, et 8000 personnes étaient affiliées à diverses organisations ayant prêté leur concours aux nazis.

Virements vers la Suisse

Celles-ci "allaient d'entreprises allemandes comme IG Farben (fournisseur du gaz Zyklon-B) à des organismes financiers comme la Banque allemande transatlantique et la Banque germanique d'Amérique du Sud", selon le centre Wiesenthal. "Ces deux banques ont apparemment servi à effectuer des virements des Nazis vers la Suisse", affirme l'un de ses directeurs Shimon Samuels.

"De nombreuses personnes mentionnées dans la liste avaient des liens avec des entreprises pro-nazies figurant dans la liste noire des Etats-Unis et du Royaume-Uni pendant la Seconde Guerre mondiale", indique le centre Wiesenthal.

Tentatives pour effacer les preuves

Des groupes argentins pro-nazis ont tenté d'effacer les preuves de ces activités en brûlant des archives. Mais l'enquêteur argentin Pedro Filipuzzi, travaillant dans l'ancien siège des nazis à Buenos Aires, y a découvert par hasard une copie originale de la liste de ces 12'000 noms et l'a communiquée au centre Wiesenthal.

Plusieurs dizaines de dirigeants nazis responsables de l'Holocauste, dont le docteur Josef Mengele et le SS Adolf Eichmann, responsable de l'acheminement des juifs dans les camps de la mort, se sont réfugiés après-guerre en Argentine, majoritairement sous de fausses identités pour tromper les enquêteurs.

afp/ats/oang

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Réaction de Credit Suisse

"Entre 1997 et 1999, une commission d'experts indépendante dirigée par Paul A. Volcker a mené une enquête sur le Credit Suisse et une soixantaine d'autres banques suisses dans le but d'identifier les comptes ayant pu appartenir ou ayant probablement appartenu à des victimes des persécutions nazies", a indiqué la grande banque dans un communiqué transmis à l'AFP.

Unique en son genre, cette enquête qui avait été le fruit d'un travail long et approfondi d'un grand nombre de spécialistes avait "permis de dresser un tableau aussi complet et exhaustif que possible des comptes suisses des victimes", a-t-elle ajouté.

"Nous nous pencherons toutefois à nouveau sur cette affaire", a fait savoir la banque.